La RFID contribuera-t-elle à augmenter la demande d’argent ?

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La RFID, Radio Frequency Identification ou identification par radiofréquence en français, a le vent en poupe et surtout des implications majeures pour le marché de l’argent.

De quoi parle-t-on ?
Qui dit RFID dit “radio-étiquette” (ou tag) : il s’agit d’une puce électronique reliée à une antenne, qui est identifiable et contient un mémoire ré-inscriptible. Sollicitée à une certaine fréquence radio par un récepteur — le lecteur, connecté à un système informatique, qui l’alimente en énergie –, l’étiquette peut échanger des données. Bref, c’est un outil bien pratique de traçabilité sans contact.

De multiples applications…
Illustrons par l’exemple. Si vous êtes abonné aux transports en commun de Paris (ou de Londres) et que vous êtes dotés d’un pass Navigo (ou Oyster Card), vous utilisez la RFID. C’est pourquoi il ne faut pas trop malmener votre carte, sauf à en casser l’antenne…

Il est bien d’autres secteurs où la RFID est utilisée : gestion de CD, DVD, livres, colis, objets de location, jusqu’aux chevaux de concours. En France, une puce RIFD est injectée dans l’encolure des “meilleurs amis de l’homme” afin de déjouer les vols ou les fraudes… Même chose pour le bétail aux Etats-Unis. La Chine a lancé un programme RFID à six milliards de dollars, dont la moitié remplacera les tickets de chemins de fer, et l’autre ira à une logistique industrielle retardataire. Les groupes pharmaceutiques sont également intéressés, afin de lutter contre les médicaments contrefaits.

Des applications sont plus contestables : dans certaines boites de nuit d’Ibiza, les clients qui acceptent d’être traités comme des chevaux de selle peuvent payer leurs consommations grâce à un tag sous-cutané. Ce genre d’usage “humain” ne nous enthousiasme guère… à l’inverse des patrons de bars, car plus le paiement est facile, plus le client consomme — surtout quand il est éméché.

La RFID, successeur du code barres ?
Sans surprise, c’est dans la logistique et la gestion des stocks que la RFID connaît le plus grand succès. Il suffit de coller une radio-étiquette sur un objet pour pouvoir le suivre très facilement, et à moindre coût. La puce RFID est un concurrent direct du fameux code barres, principal acteur du marché de l’identification. Mais comme ses capacités sont supérieures, le potentiel de la RFID est plus important. En effet, la puce interagit avec le terminal qui la sollicite, et les informations qu’elle contient peuvent être modifiées.

En termes de prix, la RFID est accessible : 10 à 15 cents de dollars le tag, selon les consultants de Virtual Metals, et cela baisse rapidement. Ce qui fait de la RFID la technologie d’identification la moins chère après le code barres. Un autre catalyseur de succès pour ce marché tout neuf…

Et l’argent dans tout ça ?
Une puce, me direz-vous, est faite de silicium. Quant à l’antenne, si vous supposez que le métal le plus indiqué est le cuivre, vous avez tout à fait raison. Mais en partie seulement : pour fonctionner au mieux, la puce sans contact a non seulement besoin du principal conducteur électrique — le cuivre –, mais aussi du meilleur qui soit — et c’est l’argent.

Demande émergente d’argent
Selon le bureau d’études ID TechEx, chaque étiquette RFID contient aussi 10,9 milligrammes d’argent. En 2007, 1,91 milliard de radio-étiquettes ont consommé 21 tonnes de métal blanc. Et la consommation devrait passer à 47 tonnes en 2008. La RFID représente donc une nouvelle demande d’argent — elle était inexistante en 2002 –, ainsi que la plus dynamique.

Certes, relativement à la consommation mondiale d’argent (27 600 tonnes), c’est peu. L’usage dominant de l’argent reste l’industrie (47% de la demande en 2007, en croissance rapide), suivi de la bijouterie (33%, en stagnation), et enfin l’usage photographique (16%, en déclin).

Le recyclage, responsable de l’excédent d’argent
L’argent des bijoux, de la photographie et d’une partie de l’industrie est recyclable. Plus du tiers de l’offre de ce “métal latino” — le Pérou, le Mexique et le Chili comptent parmi les quatre premiers producteurs, avec la Chine — provient du recyclage, d’où un large excédent de 6 100 tonnes en 2007.

Il y a peu de risques que la RFID y contribue : par nature jetables, ces étiquettes se prêtent mal au recyclage. L’argent ne craint pas non plus les substituts : s’il existe de meilleurs conducteurs à base de polymères, ils restent hors de prix — 200 $/g contre 0,56 $/g pour l’argent.

Le bel avenir de la RFID
De plus, les projections d’ID TechEx sont éloquentes. D’ici 2017, le bureau d’études s’attend à ce que la demande d’argent de la RFID s’envole à 281 tonnes. Ce serait 13,5 fois plus que l’année passée et représenterait l’équivalent de 1% de la demande 2007. Et les estimations d’ID TechEx comptent parmi les plus conservatrices…

Bien évidemment, tout dépendra du succès effectif de la RFID. Mais elle semble bien partie, ce qui devrait soutenir un marché terne. A 17,7 $ l’once, l’argent est le moins cher des métaux précieux, le palladium cotant quelque 383 $ l’once, l’or plus de 913 $ et le platine 1 756 $.

Bref, la RFID illustre de nouveau l’importance croissante des métaux rares et fins dans les innovations technologiques. Ce qui n’est pas de mauvais augure pour le cours du métal blanc, qui suscite d’ailleurs les paris des investisseurs.

Saviez-vous que l’ETF américain iShares Silver Trust (NYSE, code : SLV), lancé en 2006, rassemble 6 100 tonnes de ce métal ? Autant que l’excédent 2007 ! Mais c’est sans doute un hasard…

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Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s'intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l'investissement. Il participe régulièrement à L'Edito Matières Premières & Devises.