La spéculation bat son plein sur les mines d’uranium depuis le début de l’année

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Hier, je faisais un point avec vous sur le secteur de l’uranium, ses fondamentaux et ses potentiels. Aujourd’hui, je veux vous parler des minières et des supports d’investissement.

La spéculation bat son plein sur les mines d’uranium depuis le début de l’année
Le prix du combustible nucléaire tient pour les trois quarts dans son enrichissement : divisez-le par quatre pour obtenir le prix maximum au sortir de la mine. Malgré cela, l’augmentation des cours du yellowcake offre nombre d’opportunités aux extracteurs…

Pas étonnant que la spéculation batte son plein sur les mines d’uranium depuis le début de l’année ! Longtemps à l’abandon, les sites du Canada ou de l’Ouest américain repoussent à nouveau comme des champignons… On assiste au même phénomène que dans l’industrie aurifère ou pétrolifère : les particuliers — mais aussi les grands groupes — se battent pour entrer au capital de juniors agressives, dopées par la flambée des cours, et misant tout sur la prospection. Un pari risqué, mais sacrément payant pour les vainqueurs. Voilà pourquoi la Canadienne STRATHMORE MINERALS, par exemple, a choisi de dissocier sa prospection uranifère du reste de ses actifs, par l’intermédiaire d’un spin-off appelé Fission Energy. L’objectif est de créer un pure player des mines d’uranium… Et d’attirer le plus de capitaux possibles.

L’afflux de capitaux a transformé le secteur en véritable Far West
Je vous ai déjà décrit ce type de répartition des tâches (concernant l’or, notamment) : d’un côté, de petites "têtes chercheuses" font le pari de la prospection ; de l’autre, les majors, réticentes face au risque, se tiennent à l’affût, prêtes à rafler la mise en cas de trouvaille — mais au prix fort.
Seulement, des juniors, il y en a légion : plus de 50 cotées en Amérique du Nord en 2007 ! Depuis que le nucléaire est revenu au premier plan, l’afflux des capitaux a transformé le secteur en véritable Far West… Ces start-ups sont fragiles : elles attirent des capitaux spéculatifs prompts à se désengager, surtout dans le contexte actuel. Et les gros prédateurs sont aux aguets…

Enrichissement : rares sont ceux qui maîtrise la technologie
Enrichir de l’uranium — l’étape où se concentre l’essentiel du prix du combustible –, cela suppose des moyens et un savoir-faire qui ne sont à la portée que d’une poignée de leaders : le Français Areva, le MINATOM russe ou encore, l’Américain USEC (US90333e1082 — USU), que je suis avec attention.

Bref, dès que l’on passe l’étape du yellowcake, ce sont à nouveau les majors qui mènent le bal. Les petits poissons ne peuvent tenir face à ces Léviathans. Les secousses actuelles des marchés actions découragent les amateurs de profits rapides et les privent de financement. Sans parler de la chute des cours, qui va contraindre plus d’une junior à mettre la clé sous la porte.

La consolidation sectorielle est inévitable
Tout cela sur un marché qui, je le répète, reste une véritable aubaine. Les gros acteurs de l’uranium jouent sur du velours. La consolidation sectorielle était inévitable — et il semble bien qu’elle ait commencé. Les explorateurs voudront grossir pour obtenir la taille critique, afin de pouvoir négocier leurs tarifs avec les transformateurs. Quant à ces derniers, ils voudront garantir leurs sources d’approvisionnement.

C’est exactement ce qui s’est passé le 15 juin dernier, quand le Français Areva s’est payé le producteur canadien UraMin, n°3 mondial, pour près de 2 milliards d’euros, ce qui devrait lui permettre d’augmenter sa production de 10%. Le Canadien CAMECO CORP (ca13321l1085), n°1 mondial de la production d’uranium, a renforcé lui aussi ses partenariats au Kazakhstan pour la même raison.

C’est cela que j’appelle le "second souffle" du boom de l’uranium. A l’euphorie des années précédentes va maintenant succéder une phase de défiance, dont les plus avisés, ceux qui ont les reins les plus solides, profiteront pour se renforcer à bon compte.

Les nouveaux véhicules servent de catalyseur
L’envolée des cours depuis deux ans a suscité des convoitises : et l’on a vu émerger en 2007 une série de nouveaux produits financiers sur le marché de l’uranium.
En mai dernier, le NYMEX de New York, en partenariat avec Ux Consulting, a ainsi lancé les premiers contrats de futures "uranium", cotés en équivalent U3O8 pour une quantité minimum de 250 livres. Pour plus de détail sur la mécanique de ces marchés, je vous renvoie à la présentation que j’en donnais dans Matières à Profits N°5, à propos du CBOT.

Par ailleurs, les premiers quasi-ETF ont fait leur apparition. Un fonds "Market Vectors — Nuclear Energy" a été lancé cet automne aux USA ; il réplique les performances d’un nouvel indice publié par la Deutsche Börse, le DAXglobal Nuclear Energy Index. Attention, il ne suit pas l’évolution de l’Uranium à proprement parler mais d’un panier d’actions du secteur.

Dans le domaine plus restrictif de l’uranium, le Toronto Stock Exchange propose depuis quelques mois un quasi-ETF appelé URANIUM PARTICIPATION CORP. Son titre a beaucoup corrigé et se maintient aujourd’hui au contact d’une solide zone de support.
Enfin, à Londres, la société NUFCOR URANIUM (GB00B16L0B41) s’est spécialisée dans les investissements pure play.

Les fondamentaux restent solides comme le roc
Tous ces véhicules, arrivés un peu tard, subissent en ce moment le regain de défiance des spéculateurs : c’est un phénomène classique. Néanmoins ils sont là, vont contribuer à fluidifier les échanges et servir de catalyseur au second souffle de la filière mondiale du nucléaire. Pour éclaircir le rapport des forces en présence, rien de tel que la perspective d’effets de levier fabuleux. Lancées en mai dernier, les "futures uranium" ont déjà fait et défait quelques millionnaires…

La consolidation n’est pas achevée : nous allons guetter le bon moment pour placer nos billes dans le secteur. Mais les temps sont mûrs pour que nous tournions à nouveau nos antennes radar vers le secteur du nucléaire. Ne vous y trompez pas : même si les cours de l’U3O8 ont enregistré une correction impressionnante, les fondamentaux restent solides comme le roc… L’uranium à 20$ la livre ne devrait pas revenir de sitôt.

 

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Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.