La Suisse vient de frapper un grand coup

Je vous propose un petit détour par la Suisse. Beaucoup d’entre vous m’ont demandé d’aborder le sujet. Allons-y…

Tout d’abord, je voudrais revenir sur l’intervention de la Banque centrale Suisse (BNS)
Les marchés ont été surpris lorsque la Banque centrale helvétique s’est soudainement mise à acheter massivement des devises étrangères contre le franc suisse jeudi. C’est tout de même la première fois que l’institution intervient sur le Forex depuis… 1992 !

L’intervention de la BNS ressemble fort à une dévaluation compétitive. Nul doute que la Suisse va être critiquée. Pas de protectionnisme ni de "chacun pour soi" a-t-on dit ! Le G20 l’a encore réaffirmé ce week-end. Mais la Suisse ne fait pas partie du G20 (une chance !), et je dois bien l’avouer, elle a des "circonstances atténuantes"…

La Suisse "otage" des investisseurs internationaux
Le grand jeu des dernières années ? Les investisseurs empruntaient massivement du franc suisse à des taux proche de zéro. Aussitôt l’argent en poche, ces francs suisses étaient vendus contre d’autres monnaies plus rémunératrices… voilà qui a fait les choux gras des investisseurs, et a déprécié fortement le franc suisse. Mais la crise est passée par là, les funds ont massivement débouclé leurs positions et ont racheté le franc suisse pour rembourser leurs emprunts en monnaie helvète, ce qui l’a poussée à la hausse.

Et par-dessus le marché, la devise est redevenue "valeur refuge", au même titre que l’or ou le dollar. Nombreux sont les investisseurs qui ont acheté du franc suisse pour préserver leur capital de la tourmente actuelle. D’ailleurs, vous remarquerez que l’or et la devise suisse sont totalement corrélés et évoluent la main dans la main…

Ces deux facteurs ont dopé la hausse du franc suisse qui a gagné 8% depuis la mi-décembre contre l’euro.

Mais ce n’est pas tout…

Conséquence numéro un : le moteur de la croissance suisse est à l’arrêt
Les exportations sont vitales pour les Suisses qui sont coincés entre leurs montagnes, tout comme les Japonais sur leur archipel. Voilà pourquoi ces deux économies sont totalement ouvertes et donc très dépendantes des exportations. Les exportations génèrent presque 50% du PIB suisse — contre 22% pour la Zone euro, 12% pour les Etats-Unis – ; or ce moteur de croissance est en panne du fait du renchérissement de la monnaie locale. L’impact est sérieux puisque le pays s’attend à voir son PIB reculer de -2,5 / -3% sur 2009.

Conséquence numéro deux : la Suisse importe de la déflation
Autre conséquence du renforcement du franc suisse : les importations — soit 50% du PIB — deviennent "bon marché", ce qui exacerbe les pressions déflationnistes chez nos amis Helvètes qui s’attendent pour 2009 à un repli de 0,5% des prix à la consommation…

Non seulement la Suisse subit la crise économique et financière mondiale, mais elle est doublement touchée du fait du renforcement de sa monnaie et de sa dépendance au commerce international. Même scénario qu’au Japon…

Pauvre Suisse…

La Suisse a frappé un grand coup
Bien décidée à ne pas se laisser faire. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. L’intervention a été on ne peut plus franche :

Tout d’abord, la BNS a réduit la marge de fluctuation de son principal taux directeur d’un quart de point de base, le ramenant dans une fourchette comprise entre zéro et 0,75% — avec un taux cible à 0,25%. Ainsi, elle a grillé toutes ses cartouches, les taux étant dorénavant incompressibles car au plus bas… à l’instar des Etats-Unis, du Japon ou de l’Angleterre.

Quand vous n’avez plus de marge de manoeuvre pour réduire vos taux et que vous êtes pris à la gorge, il faut bien trouver des moyens d’agir. Voilà pourquoi jeudi, elle a massivement vendu le franc suisse sur le Forex contre les devises étrangères pour lutter contre la hausse excessive de sa monnaie.

L’effet a été immédiat et spectaculaire
L’euro a bondi de 1,47 jusqu’à 1,54 franc suisse. Le dollar est passé de 1,1592 jusqu’à 1,1928 franc suisse ! En deux séances, le franc a reculé de plus de 3,5% contre l’euro et 3% contre le dollar — regardez les graphiques ! Pour le néophytes, cela peut paraître minime, mais pour l’habitué du Forex, c’est énorme : 540 pips en un éclair sur l’EUR/CHF.

Impact de l'intervention de la BNS sur l'EUR/CHF

Impact de l’intervention de la BNS sur l’EUR/CHF

Impact de l'intervention de la BNS sur l'USD/CHF

Impact de l’intervention de la BNS sur l’USD/CHF

Voilà pour les faits…

Demain, je vous donnerai le sentiment de Jérôme Revillier et le mien sur l’évolution à venir du franc suisse.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.