L’appétit de la Chine n’a plus de limites…

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Nous vous avons souvent parlé de l’appétit vorace de la Chine pour les matériaux de base. Ces dernières années, les entreprises chinoises avaient d’ailleurs défrayé la chronique en passant avec des producteurs de matières premières des contrats d’approvisionnement à très long terme : de 20 à 30 ans, alors que la norme était jusqu’alors de quelques années seulement. Une demande planifiée qui a contribué à la hausse des cours – et à sa pérennité.

Des matières premières aux valeurs minières
Mais voilà, les Chinois sont passés à la vitesse supérieure : après les minerais, ce sont maintenant les sociétés minières qui sont en ligne de mire. Vous vous souvenez sans doute de la tentative de rachat de la pétrolière américaine Unocal par sa concurrente chinoise CNOOC. L’opposition politique de Washington l’avait conduite à se retirer de la course, et Unocal est finalement passée sous le pavillon d’une major 100% américaine : ChevronTexaco. Quelques mois plus tard, China Minmetals avait envisagé de racheter le groupe minier canadien Noranda pour 5 milliards de dollars. Là encore, le Canada avait mis son veto et c’est une compatriote, Falconbridge, qui avait remporté le morceau.

Tout cela remonte à 2005. Plus près de nous, nous vous avons déjà parlé de la minière géante australo-britannique BHB Billiton et de ses ambitions sur Rio Tinto-Alcan. Alors que l’Australie est un des grands clients de la Chine, proximité et richesses minérales obligent, les métallurgistes chinois ont désapprouvé cette opération à 140 milliards de dollars… Et depuis plusieurs semaines, des rumeurs prêtent à un consortium chinois l’intention de faire une contre-offre sur Rio.

Le PDG de BHPB, Marius Kloppers, a déclaré lors de la dernière assemblée générale « qu’il n’y a aucun risque que cela se produise ». Mais l’idée n’est plus totalement saugrenue aujourd’hui, d’autant qu’il existe des précédents.

On commence par acheter les petites minières…
Le Chinois étant d’un naturel opiniâtre, il n’a pas renoncé à ce genre d’acquisitions. Puisqu’on l’empêche d’entrer par la porte, il a décidé de passer par la fenêtre. Les sociétés chinoises ont commencé à acheter des cibles plus petites, suivant un crescendo qui parle de lui-même.

En février 2007, la minière aurifère Zijin Tongguan Investment Development (ouf !) a lancé une offre à 179 millions de dollars US (137 M€) sur 70% de la junior Monterrico Metals, une société de droit britannique disposant de gisements de cuivre au Pérou. En juin, Aluminum Corporation of China, dont le diminutif est Chinalco – ou Chalco – et Pékin le premier actionnaire, ont lancé une offre amicale sur Peru Copper, basée à Vancouver, pour 792 millions de dollars canadiens (557 M€).

En juillet, deux minières chinoises dont la société d’Etat China Minmetals et Jiangxi Copper, ont conclu un accord de rachat avec Northern Peru Copper, une minière canadienne aux actifs péruviens. A 13,75 $ can. par action, voilà qui offre une prime de 34% par rapport aux derniers cours de l’époque et valorise la société à 455 millions de dollars canadiens (317 M€).

Et ce n’est pas fini. Le 30 novembre, l’actionnaire principal de Chihong Zinc & Germanium, Yunnan Metallurgical, annonce la conclusion d’un « accord stratégique »avec la petite canadienne Ivernia. D’abord, la chinoise entend acheter la moitié du plomb produit annuellement par la société de Toronto. Et elle en profite pour acheter 10% de son capital…

De plus en plus gros
Ces opérations se multiplient et gagnent en importance. Fin novembre encore, le métallurgiste chinois Sinosteel a lancé une offre à 1,9 milliard de dollars australiens (1,1 Md€) sur Midwest Corporation, un producteur de minerai de fer au pays des kangourous. Un peu plus tôt cette année, Midwest avait repoussé l’offre à 1 milliard ($AU) de son compatriote Murchison. L’actionnaire aura bien du mal à résister au doublement de la mise !

Potentiellement, selon le Financial Times (FT, 08/12), ce serait « l’une des plus importantes opérations du secteur pour une société chinoise ». Certes, Midwest n’a pas l’air emballée : dans un communiqué du 7 décembre, elle écrivait qu’« il n’y a pas de certitude que cette proposition conduise à une transaction », tout en recommandant à ses actionnaires de ne pas bouger. Mais l’action Midwest cotait dernièrement 5,40 $AU sur la Bourse australienne, alors que Sinosteel offre 5,60 $AU par titre.

Nécessité fait loi
Selon le cabinet de consultants pékinois Lange Steel, « cela fait quelques temps déjà que les compagnies chinoises réalisent des acquisitions à l’étranger ». « Selon Dealogic », écrit le FT, « les compagnies chinoises ont investi [en 2007, NDLR] 1,14 milliard de dollars dans 11 minières étrangères cotées en Bourse, contre 829 millions l’année précédente », soit près de 40% de hausse. Sans compter, il va sans dire, l’éventuel succès de l’offre sur Midwest.

Lange Steel insiste sur un autre facteur d’importance : « les compagnies chinoises ont maintenant plus d’argent, et surtout plus d’expérience dans la conclusion de ce genre d’opérations ».

Résumons : l’approvisionnement en matières premières est devenu un impératif stratégique pour les sociétés chinoises. Le vaste mouvement de concentration des minières représente, pour elles, le risque de dépendre de fournisseurs étrangers quasi-monopolistiques, comme BHP Billiton avec l’Australie. Mécaniquement, elles passent à l’attaque. Et à force de rachats réussis, elles deviennent des concurrents sérieux.

Une bonne nouvelle de plus pour les actionnaires de valeurs minières !

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Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s'intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l'investissement. Il participe régulièrement à L'Edito Matières Premières & Devises.