Coup de grisou dans le petit milieu des miniers internationaux
L’Australie a décidé de taxer les supers profits réalisés sur son sol par les minières, à hauteur de 40% !
Le pays posséderait ainsi les taxes sur les matières les plus élevées au monde, après la Norvège. A l’annonce de ce nouvel impôt, les grandes sociétés minières étaient partagées entre colère et inquiétude.
Comment en est-on arrivé là ?
Les minières profitaient jusque-là de la forte demande asiatique en minerais
En 2010, les émergents croîtront de 6,3% selon le FMI, principalement en Asie. Cette croissance se fait déjà sentir sur les prix des matières : le nickel est revenu jusqu’à 26 000 $ la tonne, et l’aluminium 2 100 $ la tonne avant la correction de ses derniers jours. Et le fer est désormais vendu par BHP Billiton, Rio Tinto et Xstrata avec une augmentation de 90% par rapport à l’année dernière.
Une décision populaire et opportuniste
Fragilisé par la crise, le gouvernement travailliste australien avait besoin de revenus.
Les revenus générés par cet impôt serviront à financer des projets d’infrastructures et un fonds de retraite.
Les industriels dénoncent surtout une mesure populiste, destinée à acheter le vote des électeurs qui doivent élire un nouveau Premier ministre cette année.
“Une nationalisation à 40%” de l’industrie minière
Cette déclaration du directeur de Fortescue Metals Group, minière spécialisée dans le fer, témoigne de la virulence des réactions des dirigeants de minières.
Le nouvel impôt risque effectivement d’avoir un sérieux impact sur les revenus des sociétés agissant en Australie. La réforme pourrait faire perdre 17% de ses gains à BHP Billiton, le numéro un mondial du secteur, et 21% à Rio Tinto, le numéro trois, en 2013.
La réaction sur les marchés a été immédiate…
Après l’annonce du Premier ministre australien, l’indice S&P/ASX 200 chutait de 7,6% sur cinq jours. Les 14 membres du S&P/TSX Capped Metals and Mining Index ont également tous chuté. L’indice a perdu -3,6%.
BHP et Rio Tinto, premières victimes
Les deux géants sont particulièrement concernés par ce nouvel impôt. L’Australie représente 51% des activités de BHP Billiton. Rio Tinto réalise 35% de son chiffre d’affaires en Australie et en Nouvelle-Zélande.
C’est le secteur du fer qui devrait le plus pâtir de cet impôt. Or c’est ce secteur dans lequel les deux sociétés réalisent la majeure partie de leurs activités.
Rio Tinto contre-attaque
Le numéro trois mondial du secteur a effectivement riposté : la société, qui avait l’intention d’investir 10 milliards de dollars en Australie afin d’augmenter sa production de 65% en 10 ans, a déclaré que cet impôt remettait en cause cette stratégie. Rio Tinto pourrait se tourner vers ses mines de Simandou, Guinée, et Orissa en Afrique.
Impact direct à venir sur les prix
Petit rappel : l’Australie possède 17% des ressources de minerai de fer dans le monde, 11% de l’or, ainsi que les premières réserves d’uranium, de zinc, de plomb et d’argent. Le pays est également le plus gros exportateur de charbon mondial.
Compte tenu de la dépendance mondiale vis-à-vis du minerai australien, une nouvelle taxe aura inévitablement un effet haussier sur les cours (par répercussion sur le prix de vente de la charge fiscale qui vient peser sur le prix de revient).
L’acier, l’inox et l’aluminium sont déjà attendus à la hausse.
Un New Deal minier ?
Fitch, une des trois sulfureuses agences de notation, a pourtant rassuré les marchés en relativisant l’impact de cet impôt sur la santé des minières.
Alors pourquoi cet affolement ?
La réponse est simple. Cet impôt va accélérer les transformations de la scène minière internationale, en modifiant les équilibres précaires de certaines sociétés.
Les fusions et acquisitions contrariées
Les fusions et acquisitions, en chute libre en 2009, pourraient “s’assécher” encore en 2010, selon Citigroup mining. En effet, le nouvel impôt a modifié plusieurs stratégies.
Petit tour d’horizon des projets concernés :
Le rachat de Macarthur Coal par Peabody est en stand-by depuis que le cours de Macarthur a chuté de 9,5%. Alors Peabody pourrait réduire son offre.
La nouvelle taxe pourrait remettre en cause le projet de joint venture entre BHP et Rio Tinto.
A l’inverse, les marchés se sont réjouis de l’offre d’achat de Lihir par Newcrest, compte tenu du fait que Lihir réalise la plupart de son activité en dehors de l’Australie.
L’Australie tue-t-elle la poule aux oeufs d’or ?
Avant tout, c’est la perte de compétitivité qui est dénoncée par les grandes sociétés. Mike Davis, le patron d’Xstrata, a estimé qu’une “taxe punitive pourrait endommager la compétitivité de toute une nation“.
Les dirigeants des quatre premières minières mondiales étaient d’accord pour considérer cette taxe comme un mauvais signal donné aux investisseurs.
L’Australie fera-t-elle des émules ?
PricewaterhouseCoopers l’avait annoncé dès 2009, il est tout à fait possible que les pays se servent de leur marchés captifs pour sortir de la crise. L’Australie pourrait être érigée en exemple.
Pourtant, c’est un pari risqué pour le gouvernement. 50% des exportations australiennes proviennent du secteur minier. 18% de son PIB en est tiré. En remplaçant le système forfaitaire de royalties par un impôt sur les bénéfices, l’Australie gagnera plus aujourd’hui, mais sera dépendante à l’avenir de la volatilité des cours.
Si le monde dépendait du minerai australien, l’Australie est désormais dépendante des importations mondiales.


