Notre blé est originaire de la Mésopotamie et sa culture est l’une des plus anciennes du monde. Il y a 10 000 ans déjà, le blé poussait à l’état sauvage. A l’époque, les hommes le mangeaient cru ! Sain certes, mais difficile à mastiquer tout de même. Vive nos pains spéciaux et délicieuses baguettes !
Mais en attendant de nous délecter de notre pain favori, faisons un point sur le marché du blé en ébullition.
« Vous obtenez un très beau potentiel »
Dans mon édito sur le blé (7 juin dernier), voici ce que j’écrivais au sujet de cette antique céréale :
« Tous les éléments jouent en sa faveur. Une météo peu clémente. Un maïs star qui lui a raflé une bonne partie de ses surfaces agricoles aux Etats-Unis. Et maintenant, l’analyse graphique qui s’en mêle, avec un graphique franchement haussier à court terme. Ajoutez à cela les bons fondamentaux qui expliquent ce trend haussier continue depuis plus de six ans… et vous obtenez un très beau potentiel ».
Au 7 juin, le cours du blé affichait 5,27 $ le boisseau sur le Cbot ; la semaine dernière, il a franchi les 9 $ le boisseau… Plus de 70% de hausse en trois mois.
J’étais franchement très optimiste sur le blé au début de l’été, mais la réalité a battu toutes mes espérances, je dois vous l’avouer.
L’offre n’est pas au rendez-vous
A qui la faute ? A Dame Météo.
Commençons par le premier exportateur mondial de blé. En avril dernier, c’était le grand froid qui ravageait le Kansas, la plus grande région productrice de blé des Etats-Unis. A suivi une invasion de pucerons sans précédent, puis des pluies torrentielles. Voilà qui a détruit déjà une partie de la récolte.
Même chose au Canada qui voit cette année sa production reculer.
Régime sec
L’Australie, deuxième exportateur mondial, n’a pas été épargnée. Régime sec ! Et dire que la sécheresse avait déjà détruit de l’an passé 60% de sa récolte. Bis repetita… Que voulez-vous : la mer se réchauffe là-bas, ce qui empêche les nuages de se former (pas de condensation). Or sans nuages, pas de pluie !
Mêmes causes, mêmes effets pour notre grenier à blé européen l’Ukraine, et la Russie sa voisine. Le soleil a brillé plus que de raison et la pluie s’est faite trop rare. Du coup, avec des rendements en baisse de 30%, l’Ukraine va baisser fortement ses exportations pour refaire ses stocks et protéger son marché local. Elle a annoncé qu’elle exporterait 58% de grains en moins cette année. C’est énorme.
La production brésilienne est également en chute libre ! Il fait trop chaud là-bas aussi. Pour combler son déficit, le pays devra faire appel au blé argentin.
Même tableau en Roumanie et Bulgarie, où les rendements sont en baisse de 25% en moyenne. Et je ne parle même pas du Maroc où la récolte n’a été que de 2 millions de tonnes contre 9 millions précédemment. Une baisse de 80% de la récolte ! N’a-t-on jamais vu cela ? Trop de sécheresse partout. La pluie a manqué.
Justement, parlons-en de la pluie. En Chine et en Argentine, ce sont les pluies qui abîment la récolte (pourriture du blé sur pied) ! Quant à la France, gros producteur de blé, je n’ose même pas vous parler de l’été qui vient de passer…
Bref, une hécatombe. Inutile de vous dire que la production mondiale de blé est en forte chute cette année. De semaine en semaine, les organismes spécialisés revoient leurs anticipations de production à la baisse. Où cela va-t-il s’arrêter ?
Jamais on n’aura produit aussi peu de blé depuis… 1981 !
Autre responsable : le maïs
La météo n’est pas seule responsable. L’envolée des cours du maïs en janvier dernier, suite à l’allocution du président Bush sur l’éthanol, a participé à la pénurie actuelle de blé.
Souvenez-vous. Le cours du maïs avait flambé, gagnant 70% en cinq mois et atteignant en janvier son cours le plus haut depuis dix ans. Du coup, les agriculteurs américains ont massivement planté du maïs au détriment du blé — dont le cours était alors fort peu sexy, il faut bien l’admettre.
Une demande en forte hausse et des stocks en péril
N’oubliez pas que le blé est la céréale de base de l’alimentation de la moitié de la population de la planète.
Prenons l’Inde par exemple, habituellement autosuffisante (c’est le 2ème producteur mondial de blé). Cette année, elle a dû importer du blé, la météo faisant là aussi des caprices. Elle anticipait au printemps dernier des importations de l’ordre d’un million de tonnes ; elle en a déjà ponctionné cinq millions !
L’Egypte, l’un des plus gros importateurs au monde de blé, accroît également sa demande, avec des volumes de l’ordre de 7 millions de tonnes. L’Algérie, importe elle aussi la quasi-totalité de ses besoins en blé de meunerie. Il y a aussi le Maroc, le Vietnam, la Jordanie, l’Irak, le Japon… et bien sûr la Chine.
Mais là, c’est plus confus. Quelle sera la demande réelle chinoise cette année ? Surprise… La Chine, les chiffres économiques et les prévisions… tout un poème !
Heureusement l’éthanol n’en n’est qu’à ses balbutiements en Europe
Je ne parle même pas de la demande grandissante (mais encore embryonnaire pour l’instant, ouf !) de blé pour la fabrication de l’éthanol. Plusieurs usines ont été ouvertes cette année en Europe. Les ponctions vont donc être plus fortes d’année en année. Essence ou baguette, quand faudra-t-il choisir ?
Les niveaux des stocks n’étaient déjà pas très élevés. Cette année, ils vont être décimés ! Ils sont à leur plus bas niveau depuis 25 ans.
Où va le blé ?
Regardez un peu ce parcours. Impressionnant.

Cours du blé sur le Cbot en cents le boisseau
La situation est encore plus tendue sur le Liffe à Paris, où un record de 285 € la tonne a été touché le 6 septembre, soit 10,60 $ le boisseau ! Les prix du blé ont gagné 85% sur le Liffe depuis le début de l’année.
Et maintenant ?
La spéculation s’est emparée du marché
Regardez bien le graphique. Le cours du blé grimpe tranquillement d’avril à début août. Ce qui est tout à fait normal puisque les fondamentaux sont très porteurs.
Mais que constatez-vous à partir du milieu
du mois d’août ? La pente de la hausse devient soudainement beaucoup plus escarpée. C’est très net.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les fonds et investisseurs qui ont massivement retiré leur argent des actions lors du chaos boursier d’août se sont repositionnés (entre autres) sur le blé. Accentuant d’autant l’envolée. Eh oui, il faut bien placer son argent quelque part !
Les fermiers américains sont en train de répéter les mêmes erreurs
En janvier dernier, ils ont planté du maïs (dont le cours s’envolait) en masse, au détriment du blé. Les cours du maïs ont chuté du fait de la hausse de la production, et ceux du blé se sont envolés.
Que vont faire les agriculteurs maintenant, au moment de la plantation du blé d’hiver ? Ils vont à coup sûr planter du blé en quantités considérables, au détriment d’autres cultures. J’en suis persuadée. On constate déjà un fort ensemencement à la hausse.
Que nous dit le graphique ?
Après le pic atteint la semaine dernière à 9,07 $ le boisseau, le marché est clairement suracheté. A très court terme, le cours a besoin de marquer une pause vers les 7,25 $ le boisseau. Ce serait sain pour le marché qui pourrait ensuite rebondir jusque vers les 9 $ et passer ce seuil.
L’heure est à mon avis à la prise de bénéfices
Mais autant j’étais très positive en juin dernier, autant je vous recommande la plus grande prudence aujourd’hui. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! Et à mon avis, l’heure est plus à la prise de bénéfices, l’essentiel du potentiel de gain étant aujourd’hui largement derrière nous.
Certes, le blé peut encore monter un peu. Mais le couple risque/rendement joue largement en notre défaveur.
En revanche, je pense qu’on n’est plus très loin du sommet. L’idéal ne serait-il pas de guetter le retournement du blé ?
Certainement.
Et l’objectif ?
Jouer bientôt le blé à la baisse !
C’est du moins mon humble et personnel avis.


