Que s’est-il passé la semaine dernière sur le marché des matières premières ? Voyons cela ensemble…
Energie : tous les clignotants sont au vert
Tendance très soutenue cette semaine encore pour le brut.
A ce rythme, les vacances d’été vont coûter cher étant données les migrations estivales induites ! Heureusement, nous avons un euro fort ! Si, si… On n’arrête pas de le critiquer, mais je peux vous dire que grâce à lui, vous ne sentez pas du tout la hausse du prix du brut. La hausse de l’euro neutralise celle du pétrole — ou pour être plus imagé, elle l’annule !
Allez donc demander à nos chers amis Américains ce qu’ils pensent de la hausse du brut. Ils sont assommés – et à double titre ! Par la hausse du pétrole et par la baisse du dollar. Ils se prennent les deux de plein fouet, avec impact direct sur le porte-monnaie, si vous voyez ce que je veux dire…
Le pouvoir d’achat de leurs dollars plonge. Avec un dollar, ils peuvent acheter de moins en moins d’essence. Alors si en plus le prix de l’essence augmente, vous imaginez un peu le tableau… C’est un mortel coup du ciseau.
Je vois venir votre objection – d’accord… Ils n’ont pas les taxes que nous supportons ! Mais croyez-moi, sur ce coup là, mieux vaut être Européen qu’Américain !
WTI : Le WTI coté au Nymex est monté jusqu’à 73,64 $ le baril (livraison août), son plus haut niveau depuis 10 mois. Plusieurs raisons à cela :
Le dernier rapport officiel américain fait en effet état d’une baisse des stocks de brut d’1,5 millions de barils la semaine écoulée.
Ajoutez à cela la capacité réduite de raffinage : les raffineries tournent actuellement à 90,2% de leurs capacités, alors qu’elles devraient tourner en cette saison de forte demande à 94% au moins.
Enfin, c’est le Brent qui a clairement tiré le marché à la hausse — à commencer par le WTI !
Brent : A 77,11 $ le baril livraison août sur l‘ICE, il revient à son plus haut niveau depuis août dernier.
Et pour cause : un pipeline qui amène le brut extrait de la Mer du Nord a du être fermé pour réparation. Donc, forcément, le débit de brut en est aussitôt réduit. Du coup, Chevron et Conoco-Philipps doivent réduire leur production en conséquence… d’où un manque à gagner de 150 000 barils déjà ! Juste au moment où le Brent doit alimenter — non seulement ses clients habituels, mais aussi à titre exceptionnel, le continent américain, en mal de raffinage…
Ajoutez à cela les pressions politiques permanentes liées aux situations en Iran et au Nigeria, et vous comprenez l’envolée du Brent.
"Last but not least" : la corrélation négative entre le dollar et le brut joue à plein. La faiblesse du dollar américain devrait doper les importations de brut de l’Europe, puisqu’elles vont paraître moins onéreuses, car libellées en dollars.
Métaux précieux : on est à nouveau sur une tendance haussière
Or : Alors qu’il hésitait en début de semaine, il est remonté en fin de semaine, cotant vendredi 667 $ l’once sur le Nymex, échéance août.
En cause : encore et toujours la baisse du dollar, qui profite au métal précieux. La baisse du dollar est pour beaucoup signe de ralentissement de l’activité économique américaine. Ce qui sous-entend des anticipations de hausse de la demande d’or pour verrouiller et garantir la valeur des portefeuilles et patrimoines.
Argent : Lui aussi poursuit sur sa lancée. Beau come back. Il est toujours aussi fortement corrélé à l’or, et cotait 13 $ l’once vendredi sur le Nymex, échéance août.
| Cours à 3 mois | Vendredi 6/07/2007 | Vendredi 13/07/2007 | Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 812 | 2 792 | -0,71% |
| Cuivre* | 7 860 | 7 880 | 0,25% |
| Plomb* | 2 860 | 3 030 | 5,94% |
| Nickel* | 35 300 | 32 600 | -7,65% |
| Etain | 14 175 | 14 200 | 0,18% |
| Zinc* | 3 445 | 3 590 | 4,21% |
| Or (spot) | 653,40 | 665,45 | 1,84% |
| Argent (spot) | 12,75 | 13,05 | 2,35% |
| Platine (spot) | 1 293,50 | 1 312,00 | 1,43% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Métaux industriels : le nickel dévisse et le plomb reste au beau fixe
Cuivre : Il est quasiment resté inchangé par rapport au vendredi précédent. Serait-il à bout de souffle ? Il fallait bien que le flux de nouvelles positives qui soutient le cours se tarisse.
La hausse moins forte que prévue des stocks de cuivre de la bourse des métaux de Shanghai devrait normalement être une bonne nouvelle. Eh bien non ! Pas cette fois…
Comme la Chine est le principal driver du prix du
cuivre, tant cette année que l’année précédente d’ailleurs, la bourse de Shanghai est suivie de très près, et les investisseurs ont tendance à sur-réagir aux nouvelles. La hausse moindre que prévue des stocks a aussitôt été interprétée comme une contraction (ou un risque de contraction) potentielle de l’offre cuivre. Comme quoi, on peut tout faire dire aux chiffres, même leurs contraires !
Parallèlement, les nouvelles en provenance du Chili s’améliorent, et donc soutiennent moins le cours du métal rouge. Les mineurs ont mis fin à leur grève. La production reprend, l’offre de cuivre afflue à nouveau.
Plomb : Il continue, encore et toujours, de grimper. Quel beau parcours ! On finirait presque par s’y habituer…
L’Australie aurait trouvé des traces de contamination au plomb dans sept nouveaux ports, qui, à l’image de celui de l’Espérance, pourraient aussi être fermés. Réduisant davantage encore les livraisons de plomb, et du même coup l’offre sur le marché mondial.
N’oubliez pas que la mine de Magellan est fermée depuis mars en raison d’un soupçon de contamination. Or elle représente tout de même 3% de l’offre mondiale de plomb. Ce qui n’est pas rien. [NDLR : Sautez sur l'occasion ! Le rapport spécial de Simone Wapler : "Métaux : les 5 incontournables de 2007", contient des recommandations exclusives et ultra-détaillées pour profiter de l'envolée du plomb... mais aussi de bien d'autres opportunités du secteur des métaux -- à saisir tant qu'il est encore temps ! Pour en savoir plus, il suffit de suivre le guide...]
Nickel : Comme vous le savez, j’avais très largement anticipé la chute du nickel. Et depuis le début de son retournement, je vous dis que la chute sera sévère, et qu’elle n’est pas terminée.
Le métal gris a encore perdu plus de 7% cette semaine à quelques encablures à peine des 32 000 $ la tonne. On est loin des 51 800 $ qu’il affichait clairement en mai dernier !
Je persiste et signe : il continuera de baisser, lentement mais sûrement… vers les 25 000 $.
Et s’il devait remonter, je soupçonnerais une entente entre producteurs !
Soft Commodities : tout va bien
Blé : Tendance soutenue cette semaine pour le blé. Le contrat septembre cotait vendredi 6,20 $ le boisseau sur le Cbot, contre 6,03 $ le vendredi précédent.
Vous connaissez la raison de la hausse du blé : une demande mondiale soutenue pour la céréale, alors qu’en face, l’offre ne suit pas. Prenez la récolte australienne de cette année : elle est en baisse de 57% ! Vous imaginez ce que cela représente ? 57% ! Et l’an passé déjà l’Australie avait vu sa récolte de blé décimée par la sécheresse…
Même son de cloche en Russie et en Ukraine. Sécheresse aussi.
Et vous vous souvenez du grand froid qui s’est abattu en mars sur le Kansas, qui a fortement endommagé la récolte de blé d’hiver américain. Grand froid aussitôt suivi de pluies diluviennes toujours sur le Kansas, ainsi que sur l’Oklahoma et jusqu’au Texas ! Il est tombé quatre fois plus d’eau que normalement. La pourriture s’est développée…
Conséquence : Les stocks US de blé devraient chuter de plus de 6% cette année.
Et comme si cela ne suffisait pas, un rapport du Ministère de l’Agriculture américain a fait état cette semaine d’importants dommages constatés dans les grandes plaines du Sud, suite aux pluies torrentielles… Du coup, les anticipations de récolte ont à nouveau été réduites de 1,4% supplémentaires, à 2,1 milliards de boisseaux !
Maïs : Retournement réussi ? Toujours est-il que le maïs continue de se reprendre cette semaine encore. Il a atteint un seuil plancher il y a quelques jours, à partir duquel il a su rebondir (pour plus de détails, voir l’article sur le maïs paru la semaine dernière). Le contrat septembre cotait vendredi 3,49 $ le boisseau sur le Cbot.
Comme je vous l’expliquais la semaine dernière, ce sont les belles exportations américaines qui dopent les cours. Ce n’est pas tout : il y a aussi les spéculateurs qui misent sur une extrême sécheresse qui devrait s’abattre sur les grands champs de maïs à l’ouest du Mississipi.
Cela dit, je n’y crois pas trop. 70% des pieds de maïs sont actuellement en bonne santé, et ce, malgré la relative sécheresse actuelle.
Enfin, selon le dernier rapport de l’USDA, les stocks de maïs auraient nettement moins baissé que prévu. Et je ne parle pas d’une broutille ! Le stock de fin d’année devrait augmenter de 1,5 milliards de boisseaux. Un chiffre de 32% supérieur aux dernières estimations !
Perspectives
Brut : La hausse va continuer ! Le marché est carrément porteur. On s’attend à un recul de presque 7% des livraisons de Brent de la Mer du Nord pour le mois prochain…
Et comme si cela ne suffisait pas, au moment même où l’offre recule, les autorités internationales de l’Energie s’attendent à une hausse de la demande de brut cette année de 2,5% par rapport à l’an passé.
Ajoutez à cela le problème structurel de l’insuffisance de raffinage aux Etats-Unis, et le refus de l’OPEP d’accroître sa production, et vous voyez un peu le tableau ! Ca va se bousculer au portillon sur le marché du brut !
Or : L’or ne devrait progresser que très modérément : corrélation au dollar oblige.
Argent : Même constat pour le métal argenté.
Cuivre : Le cuivre devrait maintenant entrer dans une phase de consolidation. Les news peuvent peut-être encore le soutenir un peu, mais cela n’ira pas bien loin.
Plomb : Il continuera sur sa superbe tendance haussière. La configuration de l’offre est telle, qu’il est difficile d’imaginer le contraire.
Nickel : Le reste enfermé dans sa tendance baissière.
Blé : La hausse devrait aussi s’imposer pour le blé cette semaine.
Maïs : Malgré les mauvaises nouvelles du rapport de l’USDA, il se pourrait que le maïs gagne un peu de terrain cette semaine. Car ce sont les belles exportations américaines qui donnent actuellement le "la" au marché. Or la baisse du dollar et les prix bas du maïs ne peuvent que renforcer et soutenir cette légère tendance haussière dans les semaines à venir. La demande pour le maïs américain devrait se maintenir, voire croître…


