Le brut va-t-il enfin lâcher prise ?

Cela ne vous aura pas échappé, le brut a dégringolé hier de 133 $ à 126 $ le baril à New York. Il cote en ce moment 125 $, soit une baisse de 10 $ le baril en moins de 24 heures ! Un record…

Va-t-on enfin pouvoir souffler ? Est-ce la fin de la hausse ? Doit-on se positionner à la baisse sur le brut ?

La demande d’essence recule aux Etats-Unis
Premier point important : le ministre de l’Energie américain a annoncé que la demande d’essence sur les quatre dernières semaines était en repli de 1,3% comparé à la même période l’an passé. Pas étonnant, me répondrez-vous, vu le prix du baril et sachant que le consommateur américain est pris à la gorge…

Et comme si cela ne suffisait pas, MasterCard en rajoute une couche. Selon cette entreprise, sur la dernière semaine, la demande américaine d’essence aurait reculé de 5,5% ! Le prix du gallon a atteint 4 $ à la pompe (soit 1,05 $ le litre).

Alors certes, on peut argumenter… tous les Américains n’achetent pas leur essence avec une carte de crédit. Mais une chose est certaine : la demande est en train de baisser.

Pas grave… nous disent les haussiers
Jusqu’ici, les bulls avaient un argument choc : même si la demande américaines devait diminuer, la demande mondiale s’inscrit à la hausse car la demande asiatique est explosive et fait bien plus que compenser la baisse américaine.

Justement ! Parlons-en de la demande asiatique. Se pourrait-il qu’elle se mette à vaciller ?

L’Asie réduit ses subventions au carburant
Un véritable pavé dans la mare ! Les gouvernements indonésien, taïwanais et sri lankais ont décidé de réduire les subventions sur l’essence. En clair, cela veut dire que le consommateur payera son carburant plus cher qu’avant, l’Etat réduisant sa prise en charge. L’Inde et la Malaisie pourraient à leur tour envisager de telles mesures.

Se pourrait-il que la demande des pays asiatiques recule au fur et à mesure que le prix du baril grimpe ? Jusqu’à maintenant, le marché était persuadé du contraire…

Une chose est certaine : ce serait un changement fondamental dans l’équilibre du marché. Car, jusqu’ici, rien ne semblait pouvoir arrêter la demande qui semblait totalement inélastique au prix.

L’OPEP a maintenant une nouvelle carte en main
Depuis sa douloureuse expérience consécutive à la crise asiatique (l’OPEP s’était alors laissée convaincre d’augmenter sa production), l’organisation résiste envers et contre tous : pas question d’augmenter sa production. Comme dit le proverbe : "chat échaudé craint l’eau froide !".

Cette fois-ci, elle tient en main une carte supplémentaire qui la conforte dans son opinion. Contrairement aux haussiers qui mettent en avant l’inexorable hausse de la demande asiatique de brut (malgré la crise aux Etats-Unis), il semblerait que nous ayons touché un point de douleur à partir duquel la demande asiatique pourrait décélérer : les 135 $ !

Un signal fort.

Baisse du stock hebdomadaire de brut américain : le brut s’envole
Hier s’est passé quelque chose d’assez intéressant. Les stocks hebdomadaires de brut américain ont été annoncés à la baisse, en recul de 8,8 millions de barils — le marché s’attendait à un chiffre stable.

La réaction du marché a été immédiate : achat massif !

Les futures ont aussitôt bondi jusqu’à 133,12 $.

Et après ? Surprise… le brut chute d’un coup à 12  $ !
Nouveau caprice des marchés ? Hyper spéculation ? Réaction épidermique ? Pas sûr…

Car en lisant entre les lignes du rapport du ministère de l’Energie américain, le doute transparaissait. Pourquoi le recul est-il qualifié de "temporaire" dans le rapport ?

Les visages des traders se crispent ; les analystes froncent les sourcils
Les capitaux en jeu sont énormes. Le premier qui trouvera la solution à l’énigme emportera la plus-value…

La tension est palpable, les rumeurs qui contredisent l’annonce du ministre américain de l’Energie vont bon train… Soudain, le contrat juillet sur le Nymex dérape et plonge en un peu plus d’une heure de plus de 133 $ à 126,40 $. Une baisse de 5% en un temps éclair.

Le marché vient de se rendre compte que les chiffres étaient faussés par des retards dans le transport des superpétroliers. Au lieu d’être dans les entrepôts, le pétrole est resté bloqué dans les navires.

Ceux qui étaient short sur le brut ont empoché le jackpot ! Regardez ce que cela donne pour le Brent :


Cours du Brent en US$

Est-ce le début de la consolidation ?
Alors là, je ne vous dirai rien !

Pourquoi ? Parce que le marché a perdu la raison et fait tout et n’importe quoi.

La seule chose que je puisse vous dire, c’est que fondamentalement, le baril devrait se situer autour des 80 $, à mon humble avis en tout cas…

Mais la spéculation étant ce qu’elle est, la période des ouragans s’ouvrant, sans oublier la summer driving season qui débute et les tensions géopolitiques, le champ des possibles est grand. Très grand. 150 $ ? Jusqu’à 200 $ ? Qui sait…

Pour souffler réellement, il faudra peut-être attendre la fin de la saison des ouragans, au début de l’automne.

Cela dit, l’équilibre entre l’offre et la demande pourrait être sensiblement modifié avec la réduction des subventions au carburant en Asie. Ce serait un changement fondamental qui devrait calmer momentanément le marché du brut. Du moins je l’espère…

Mais ce ne sera que temporaire. Parce qu’à long terme, la hausse est une certitude pour tout le monde.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.