De la part d’un ami…
Un ami américain vient de m’envoyer un graphique impressionnant. Ce graphique détonne parce qu’il rapproche le poids du marché des dérivés (abstrait et dématérialisé) de deux grandeurs bien réelles :
1. Le PIB mondial, c’est-à-dire la richesse générée par tous les pays de la planète en un an.
2. La capitalisation boursière mondiale, c’est-à-dire la valeur de toutes les actions et obligations (d’Etat et d’entreprises) cotées sur toutes les places, partout dans le monde.
Regardez : ça se passe de commentaires…

Trouvez l’erreur !
La valeur des produits dérivés pèse 10 fois plus lourd que la richesse réelle créée par l’économie mondiale dans sa totalité !! Et plus de 5 fois la valeur les actions et obligations cotées sur les marchés mondiaux ! Trouvez l’erreur…
Le volume des marchés de produits dérivés sur les six dernières années a explosé de 500% ! Pouvons-nous continuer ainsi ?
Couvrir ses positions est une chose, faire des arbitrages en est une autre. La spéculation est nécessaire, elle fluidifie les marchés. Ce qui ne va pas, c’est le rapport de 1 à 10 entre la richesse réellement produite et les dérivés. La dérive est là.
Le sage d’Omaha l’a vu venir…
L’arme financière de destruction massive est à l’oeuvre
Comme le disait Warren Buffett : les dérivés sont une "arme financière de destruction massive" ("financial weapons of mass destruction"). La bombe à retardement est sur le point d’exploser. Le rejet du plan Paulson sera l’étincelle qui mettra le feu aux poudres s’il n’est pas adopté jeudi ou vendredi.
Il va falloir inventer un nouveau modèle de croissance
J’échangeais des mails avec Thomas Chaize (que vous connaissez) jusque très tard dans la nuit. Son analyse est la suivante : "les banques ont fabriqué la croissance que l’économie ne pouvait plus donner, personne ne s’est posé de questions parce que, directement ou indirectement, cela arrangeait tout le monde. Que la croissance soit artificielle ou pas, cela importait peu, tout le monde voulait en profiter."
Il va falloir inventer un nouveau modèle de croissance : la croissance par l’endettement et la créativité financière pour doper les gains financiers, c’est fini !
Début de la grande purge ?
Hier soir vers 21h, j’apprenais le rejet par le Congrès américain du plan Paulson, sur lequel pourtant Bush et le Congrès s’étaient mis d’accord ce week-end.
Dans l’heure qui a suivi, j’ai vu les bourses américaines plonger violemment. A 22h, le Dow plongeait de 7%, le Nasdaq de 9% et les futures sur CAC (octobre 08) s’effondraient de quasiment -10% à 3 765 points ! Les cours du brut étaient eux aussi en fort recul. L’or s’envolait à 920 $ l’once. Les matières d’une façon générale résistaient relativement bien.
Ce spectacle m’a tétanisée
Je voyais noir depuis longtemps, tant sur l’économie que sur la bourse. Et j’ai eu l’occasion de vous prévenir à plusieurs reprises, sans ambiguïté. Mais là, ce qui n’était que pure spéculation (une vue de l’esprit, diront mes détracteurs !) est en train de devenir réalité !
Ça craque de partout côté banques… et plus rien ni personne ne sera capable d’arrêter cette machine infernale si le Congrès persiste dans son refus jeudi.
Franchement, je ne peux pas imaginer l’échec de ce plan
Nous avions un "accord cadre" autour du plan Paulson. Ce qui manque pour qu’il soit adopté maintenant, ce sont les détails.
Et sur ce point, la question clé sera : à quel prix racheter les actifs toxiques des banques ? Cette donnée permettra à toutes les banques de réévaluer leurs actifs au "juste prix". On connaîtra alors — enfin ! — la vraie valeur des banques. Sera-t-elle en-dessous ou au-dessus des valorisations boursières actuelles ? Toute la question est là !
C’est le premier pas indispensable pour stabiliser le système bancaire. Le retour à la confiance entre banques en dépend. La confiance reviendra lorsqu’on connaîtra la valeur réelle des actifs des banques.
La planète finance retiendra son souffle jusque là.
La contagion à l’économie réelle sera rapide
Si le plan Paulson n’aboutit pas, le crédit crunch sera violent. Et la récession qu’on espérait "rapide" pourrait alors bien être profonde et durable.
En attendant, pour éviter la crise de liquidité, la Fed a injecté 150 milliards de dollars hier et la BCE 120 milliards sous forme de mise à disposition de fonds. Et déjà, les analystes tablent sur une baisse de 50 points de base du taux directeur de la Fed !


