Dans son article du 11 avril dernier, Isabelle Mouilleseaux se montrait perplexe sur la hausse fulgurante du cuivre, qui a culminé à 8,940 $/tonne le 2 juillet. Les analystes bancaires le voyaient grimper encore et les fonds spéculatifs s’en donnaient à coeur joie. Pourtant, Isabelle écrivait : “je ne vois pas pourquoi le cuivre battrait aujourd’hui un record en direction des 10 000 $ la tonne. La situation économique ne s’y prête pas“. Bingo : le métal orangé a chuté à 3,215 $/tonne aujourd’hui, soit une baisse de plus de 65%. Comment en est-on arrivé là ?

Evolution des stocks du cuivre sur le LME depuis un an
Source : London Metal Exchange LME
Le rôle difficile de “baromètre” métallique
Le cuivre passe pour être le “baromètre” des métaux industriels car il est d’autant plus demandé que la croissance est forte.
On l’utilise principalement dans le BTP, l’électronique, la câblerie et la construction mécanique. Selon la Copper Development Association, une maison moyenne en contient 180 kilos et une voiture 23 kilos. Or les secteurs de la construction et de l’automobile comptent parmi les plus mal en point aujourd’hui. On notera que le prix du cuivre tendait à progresser d’une année sur l’autre depuis 2001, date de la dernière récession américaine. 2008 devrait donc marquer un tournant.
2008 : un tournant
D’ailleurs, dans son bulletin du 20 novembre, l’International Copper Study Group (ISCG) indique que sur les huit premiers mois de l’année 2008, la production mondiale de cuivre raffiné a pris près de 3% en un an. Mais la demande n’a grimpé que de 2,5%, principalement grâce aux Chinois (+13% sur la période !).
Seulement voilà : parmi les quatre grands marchés du métal orangé (Chine, Union européenne, Japon et Etats-Unis, soit 65% du total), seule la demande chinoise a cru, mais elle donne aussi depuis des signes de faiblesse.
Excédent et stocks en hausse
Du coup, le marché du cuivre est devenu excédentaire, affirme l’ISCG, à hauteur de 75 000 tonnes de janvier à août 2008, contre 22 000 tonnes un an plus tôt. Faute de débouchés, les stocks de cuivre s’accumulent.
Voilà un bon indicateur à surveiller : tant que les stocks de cuivre sont orientés à la hausse, difficile d’espérer une stabilisation — et encore moins un retournement — des prix.
Où se trouvent ces stocks ?
Auprès des trois grandes places de marché des métaux industriels : le London Metal Exchange (LME) de Londres, le Nymex-COMEX de New York et le SHFE de Shanghai. Tous trois disposent d’entrepôts (‘warehouses’) qui gèrent les stocks-tampons des différents métaux qu’ils permettent de négocier.
Les statistiques des stocks du COMEX ne sont pas des plus limpides, et ceux de Shangai souffrent d’un défaut de taille : l’état chinois — et certaines régions — disposent parallèlement de stocks stratégiques opaques qui en faussent la lecture.
Autant choisir ceux du LME
Plus transparents, ils sont mis à jour tous les matins. Leur tendance est toujours à la hausse : début décembre, les stocks de cuivre du LME frisent les 300 000 tonnes, contre 120 000 tonnes en mai dernier (voir le graphique). Depuis septembre, ils progressent presque continuellement d’un jour sur l’autre.

Evolution des prix du cuivre sur le LME depuis un an
Source : London Metal Exchange LME
Les mineurs face à la “déflation cuprifère”
Bref, la demande ne suit plus et les acheteurs se retrouvent en position de force. Le 20 novembre, le numéro un des mineurs de cuivre, le groupe public chilien Codelco (11% de la production mondiale en 2007), a baissé ses “primes”.
Des primes ? Pour être sûrs d’être servis, les acheteurs paient à Codelco une prime en sus des prix du LME : pour les Chinois, elle était de 130 $/tonne en 2007 et de 110 $/tonne en 2008 (-15%). Pour 2009, elle vient de tomber à 75 $/tonne (-32%). Même chose pour les primes coréenne et japonaise (-35 et -36%).
L’heure est aux réductions des dépenses tous azimuts
Ceci afin de faire face aux nouveaux prix du métal. Ainsi, le géant du cuivre, l’Américain Freeport-McMoRan a annoncé le 18 novembre le licenciement de 600 salariés, tout en réduisant ses prévisions de production. Le 2 décembre, Freeport a divisé par deux ses investissements prévus en 2009 et suspendu son dividende. L’Allemand Norddeutsche Affinerie, premier raffineur de cuivre d’Europe, a annoncé fin novembre la fermeture d’une tranche de son usine d’Olen en Belgique, et la suppression de 64 postes.
L’espoir des plans de relance…
Certes, les marchés sont également sensibles aux plans de relance budgétaires, illustrant ainsi la force de la relation entre le cours du cuivre et la croissance. 200 milliards en Russie, 600 milliards en Chine, 26 milliards en France…
Mais jusqu’à présent, le succès de ces initiatives est limité.
Et depuis ce matin, des rumeurs font état d’un plan de relance Obama de 1 000 milliards de dollars ! A suivre…
Dans un tout prochain Edito sur le cuivre, j’essaierai avec vous de voir jusqu’où les cours du cuivre peuvent descendre. Vous allez découvrir que c’est très intéressant.


