Energie : la pause n’aura été que de courte durée !
Les prix du pétrole ont légèrement reflué la semaine dernière. En cause, la hausse du stock de brut américain et mauvais chiffres économiques US. C’est surtout la morosité du marché de l’emploi américain qui a pesé sur les cours du brut. La menace de récession, et donc de baisse de la demande de brut, s’est faite de plus en plus précises. Vendredi, le WTI cotait 91,17 $ livraison mars sur le Nymex et le Brent 91,59 $ sur l’ICE londonien.
A la fin de la semaine dernière, la situation s’est toutefois retournée — les prix repartant fortement à la hausse.
Les raisons de se retournement ? L’offre en provenance de la mer du Nord et du Nigeria (premier producteur africain) est en repli. Ce à quoi s’ajoute la fermeté de l’OPEP qui persiste et signe : pas d’augmentation de l’offre à prévoir. Pire, certains ministres parlent même de réduire les quotas de production pour éviter que le brut ne repasse sous la barre des 85 $ ! Enfin, on note un regain des tensions au Proche-Orient. Et pour couronner le tout, notre ami Chavez prône un baril à 200 $, histoire de redonner confiance aux marchés déboussolés !
Approfondissons…
Il faut s’attendre pour mars à une baisse de l’ordre de 15% de l’offre de pétrole en provenance de la Mer du Nord. C’est du moins ce qui ressort de la lecture des carnets de réservation des entreprises de fret maritime qui transportent le pétrole. Il est prévu que les tankers livrent 175 000 barils de Brent en mars, contre 185 000 en février.
Autre facteur clé : le recul important de la production au Nigeria. Royal Dutsch a été obligé de diminuer sa production de 130 000 barils de light sweet crude oil. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il faut réparer un pipeline sans lequel le brut ne peut être acheminé. N’oubliez pas que les attaques rebelles contre les infrastructures pétrolières sont chose courante. En deux ans, cela a entraîné un recul de l’offre de 500 000 barils ! D’après les experts, Shell pourrait continuer de pâtir de cette situation dans les semaines à venir, ce qui réduirait l’offre d’autant.
Enfin, l’Iran fait reparler d’elle, en planifiant la construction d’une seconde centrale nucléaire. Voilà qui ravive les craintes d’un conflit entre l’Iran et les Etats-Unis. Encore un facteur de soutien aux prix du pétrole.
Notez que le gaz naturel est en hausse de plus de 7% sur la semaine, à 8,3 $ pour cause de vague de froid aux States.
Hier soir, il faisait plus de 16°C sur mon balcon à 22h ! En plein mois de février ! On pourrait parler d’une incroyable vague de douceur… Mars pourrait bien nous réserver des surprises…
Métaux précieux : toujours des records !
Les prix de l’or sont repartis à la hausse sur la semaine. L’once affichait vendredi 919 $ livraison mars sur le Nymex.
Les facteurs de soutien ? La hausse des coûts des matières qui entraîne un regain d’inflation. Voilà qui dope incontestablement la demande d’or qui fait office "d’assurance tous risques".
Autre facteur fort de soutien : la pénurie d’électricité en Afrique du Sud qui perturbe la production des minières. Un exemple : Anglo Gold évalue sa perte de production à 400 000 onces sur l’année, suite aux coupures de courant.
Notez aussi que l’or a tenu le cap cette semaine malgré les 11 tonnes d’or mise sur le marché par la banque centrale suisse ! Pas de doute, la demande est soutenue.
Toutefois, M. Trichet sera amené dans les mois à venir à baisser ses taux. Du coup, les marchés vont commencer à anticiper un rebond du dollar contre euro, ce qui pourrait peser sur les cours de l’or à terme.
L’argent suit l’or. Clôturant non loin des 17 $ l’once en fin de semaine. A 14h aujourd’hui il affichait 17,30 $.
Enfin, le platine a battu un nouveau record historique à 1 881 $ l’once. La situation en Afrique du Sud est très tendue. Pas une journée ne se passe sans coupure électrique. Le réseau électrique — complètement obsolète — est surexploité. Les minières ont de grosses difficultés à poursuivre leur activité dans ces conditions. Du coup, la production chute. Et comme plus de 80% du platine est extrait d’Afrique du Sud, vous imaginez les tensions sur les cours du platine… A l’instant, il vient de franchir les 1 919 $ l’once !

L’envolée du platine est si puissante qu’elle tire à la hausse les cours du palladium qui atteignent un point haut depuis six ans, à 438 $ l’once. Il en est actuellement à 447 $ !
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 655 | 2 695 | 1,51% |
| Cuivre* | 7 230 | 7 700 | 6,50% |
| Plomb* | 2 825 | 2 970 | 5,13% |
| Nickel* | 28 000 | 28 300 | 1,07% |
| Etain | 16 900 | 17 200 | 1,78% |
| Zinc* | 2 475 | 2 445 | -1,21% |
| Or (spot) | 905,89 | 918,43 | 1,38% |
| Argent (spot) | 16,82 | 17,12 | 1,78% |
| Platine (spot) | 1 766,00 | 1 881,00 | 6,51% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Métaux industriels : net rebond du cuivre !
Première chose à savoir : les Chinois étaient absents des marchés cette semaine pour cause de vacances liées à la nouvelle année. L’année du rat vient de commencer et les festivités sont allées bon train…
Côté tempête de neige, les choses rentrent progressivement dans l’ordre. L’électricité étant rétablie région après région. Je vous rappelle que les usines chinoises ont dû partiellement ou totalement fermer la semaine dernière faute de courant, ce qui a fait chuter la production de matières et flamber les cours !
Commençons par le cuivre qui donne le LA au sein du complexe des métaux de base. Les prix du cuivre ont fortement rebondi cette semaine. Principales raisons : la baisse des stocks sur le LME et les craintes persistantes concernant l’offre, tant en provenance de Chine que du Chili.
En effet, les stocks du LME sont en repli de 6,2% sur la seule semaine, atteignant leur point le plus bas depuis le 30 octobre dernier.
Ceci est dû à la tempête de neige en Chine qui a fait chuter fortement la production des raffineries de métal. Jiangxi Copper par exemple, deuxième plus gros producteur chinois de cuivre, a été fortement touché puisque sa production a chuté la semaine passée de 70% !
Et comme si cela ne suffisait pas, au même moment, Codelco, premier producteur mondial de cuivre (rien que ça !) annonçait un recul de sa production de 5,3% pour l’année 2007.
Du coup, le cours du cuivre est propulsé à la hausse, franchissant coup sur coup sa moyenne mobile à 100 jours et 200 jours. Un double signal d’achat pour les traders ! Le cours est aujourd’hui en forte hausse, à 7 784 $ à l’instant.

Belle remontée également du plomb ! Le plus gros producteur chinois de plomb (Zhuzhou Smelter Group) a fermé ses usines de production la semaine dernière en Chine. Pas d’électricité dans la région du Hunnan pour cause de tempête ! Même chose pour Shuikoushan Nonferrous Metals Group qui produit également du plomb.
Côté analyse graphique, le cours du plomb vient de franchir à la hausse sa moyenne mobile à 200 jours, ce qui donne aux traders un signal d’achat à se mettre sous la dent ! A l’instant, le plomb vient de repasser au-dessus des 3 000 $ la tonne !
Soft Commodities : les céréales flambent toujours. Rien ne pourra les arrêter !
Les céréales sont toujours en hausse. Voilà des semaines, je dirais même des mois que cela dure…
Le scénario haussier est inchangé : stocks mondiaux en chute libre, hausse de la demande et, au mieux, stagnation de l’offre. Tous les ingrédients de la hausse sont là.
Prenons le cas du soja par exemple. D’après le dernier rapport de l’USDA, le stock chuterait à 160 millions de boisseaux au 31 août prochain, soit un repli de 72% comparé à l’année précédente. 72% ! Vous avez bien entendu ! La demande ne tarit pas…
L’USDA corrige ainsi ses anticipations à la baisse de 8,6% par rapport au mois précédent. Et qui nous dit qu’elle ne fera pas de même les prochains mois !
Concernant les exportations de soja américain (donc la demande), l’USDA revoit cette fois les chiffres à la hausse par rapport au mois précédent. A l’en croire, les exportations s’élèveraient cette année à plus d’un milliard de boisseaux. Nous en étions à 995 millions de boisseaux en janvier ! A ce rythme, où allons-nous ?
Le tableau est assez similaire pour le blé : le cours du blé à Minneapolis, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises, affiche un nouveau record à 15,33 $ le boisseau ! De la folie, vous dis-je…
L’intégralité du blé d’été semble avoir été vendue. Pire, il semblerait que le blé d’été de la récolte à venir ait pour ainsi dire été totalement acheté d’avance ! En clair, si vous voulez aujourd’hui acheter du blé d’été l’an prochain, il va falloir chercher beaucoup pour le trouver, et payer très cher le droit de le réserver !
Entre temps, le Cbot annonçait des prévisions de stock au plus bas depuis 60 ans pour le blé d’hiver ! Même son de cloche côté USDA : le dernier rapport anticipe une chute des stocks de blé américain à 272 millions de tonnes d’ici la fin de la saison en mai prochain. Soit un recul de 48% par rapport à l’année précédente. Il faut remonter à 1948, juste après la guerre, pour trouver un stock de blé aussi bas !
Le prix de la baguette et des pâtes n’ont pas fini de grimper !

Concernant le maïs, c’est la prochaine récolte qui retient toute l’attention. L’USDA anticipe un recul de l’offre de maïs en provenance d’Argentine et du Mexique. Ce qui va faire croître significativement la demande pour le maïs américain.
Le blé livraison mars cotait 10,93 $ le boisseau vendredi sur le Cbot. Le soja 13,43 $ le boisseau même échéance. Et le maïs 5,09 $ !
Perspectives : une belle semaine en vue
Fondamentalement, le facteur de récession US devrait peser sur les cours du baril. Mais des évènements ponctuels pourraient entraîner des spéculations à la hausse sur le brut, comme le recul de la production au Nigeria ou les déclarations tonitruantes de l’OPEP par exemple. Attendez-vous à une forte volatilité sur le marché du pétrole. Cette semaine, si repli il devait y avoir, il ne pourra être que très léger…
L’or pourrait se stabiliser cette semaine.
Les prix du cuivre vont probablement continuer de rebondir pour rester à des niveaux de prix élevés.
Quant aux céréales : le tableau reste au beau fixe ! Le rally devrait se poursuivre. Et s’il devait y avoir une pause, c’est-à-dire une correction passagère, elle ne durera pas !
A l’heure où je vous écris, le blé gagne déjà 5,5%, à 1,15$ le boisseau !


