Le diamant : un marché en profonde mutation

| |

Actuellement, les tendances futures du marché mondial du diamant sont claires :

▪ Une demande en progression, essentiellement tirée par les marchés émergents d’Asie et le Moyen-Orient ;

▪ Un recentrage sur la moyenne gamme et la production en volume ;

▪ La fin des monopoles historiques et une ouverture générale du secteur.

Petit tour d’horizon…

La donne change rapidement
60% des diamants achetés dans le monde le sont encore par les Etats-Unis…

Mais la donne change rapidement.

En 2009, le marché américain a fondu de 44% tandis que le marché chinois (désormais le deuxième au monde, avant le Japon) progressait de 16% — à 1, 5 milliard de dollars, contre 12 milliards de dollars pour les Etats-Unis.

Si l’écart semble énorme, la marge de progression de l’empire du Milieu l’est aussi : on estime la classe moyenne chinoise à 300 millions de personnes, jeunes pour la plupart. On sait aussi que dans les grandes villes, 40% des épouses ont reçu un diamant comme bague de fiançailles…

La Bourse des Diamants de Shanghai s’envole
Pas étonnant que la jeune Bourse des Diamants de Shanghai, le SDA, ait gagné plus de 30% l’année dernière.

Nous ne parlons plus ici de "gros cailloux" spectaculaires, mais d’un marché de masse, tourné vers les classes moyennes. Cette dynamique est une manne pour le premier transformateur de pierres au monde : l’Inde, qui dispose elle aussi d’une demande domestique en pleine expansion.

L‘Inde : l’alpha et l’oméga du marché du diamant
Forte de centaines d’années de savoir-faire, de liens historiques avec les marchés les plus dynamiques d’Asie et du Moyen-Orient, mais aussi d’incitations fiscales extrêmement avantageuses, l’Inde devance aujourd’hui en volume les places fortes traditionnelles de la pierre précieuse qu’étaient la Belgique, Israël ou le Royaume-Uni.

A Anvers, les négociants indiens ont rejoint — et pourraient supplanter — les familles ashkénazes qui tenaient cette activité depuis des générations.

L’Inde compte plusieurs grands noms du secteur mondial :
- Jasani Group ;

- Gitanjali Gems (qui cote au National Exchange of India sous le code NSE:GITANJALI, et dont la valorisation a doublé cette année) ;

- ou bien Revashankar Gems.

Aujourd’hui, on estime que 11/12e des pierres taillées transitent par l’Inde
Le pays concentre des activités de transformation de la pierre ("beneficiation"), qui ajoutent une valeur de +66% au diamant brut — tri pour +15% ; polissage (+12%) ; vente en gros (+6%) et montage (+33%).

Si l’on compare ces activités à la vente au détail, qui valorise le bijou de 50%, il semble clair que sur le dynamique segment du moyenne gamme, où les marges sont plus serrées, l’Inde, positionnée en amont de la chaîne de création de valeur, dispose d’atouts compétitifs inégalés.

Compétitifs et ambitieux
Selon le Times of India, la part des exportations indiennes de bijoux est actuellement de 20%, pour un marché global représentant 100 milliards de dollars de ventes à l’année : l’organisation des joailliers indiens, le GJEPC, entend la faire doubler d’ici à 2015.

Le vieil empire de De Beers s’effondre
Le marché du diamant, jusqu’à une date récente, était contrôlé par le géant sud-africain De Beers, qui régnait sans partage sur l’industrie mondiale, mettant en oeuvre un rigoureux contrôle des prix. Cet empire vit ses dernières heures.

Selon un mécanisme que nous ne cessons pas de voir à l’oeuvre dans Matières à Profits, de plus en plus de pays producteurs entendent "relocaliser" la création de valeur, en transformant les pierres sur place et/ou en les commercialisant directement. Au Zimbabwe, les soldats ont récemment accaparé, puis exploité, une mine qui légalement appartenait à De Beers.

Par ailleurs, de nouveaux acteurs sont entrés dans la danse :
C’est le cas d’Alrosa, entreprise d’Etat russe, qui s’est constitué un énorme trésor de guerre au plus fort de la crise, avant de devenir l’année dernière le premier producteur au monde de diamants bruts.

Enfin, la tendance à la redistribution de la valeur se diffuse. En Inde, où De Beers tenait 95% du marché, les diamantaires sont de plus en plus nombreux à contourner leurs anciens fournisseurs : à travers des groupements d’achat, ils passent des accords plus avantageux avec Alrosa ou, mieux encore, directement avec les pays producteurs.

Or vous le savez, qui dit secteur en profonde mutation, dit opportunités !

Author Image for Sylvain Mathon

Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.