"C’est l’abondance et la rareté relatives des monnaies des divers pays qui forment ce qu’on appelle le change"disait fort habilement feu Charles de Secondat, plus connu sous le nom de baron de Montesquieu. Des siècles plus tard, il semblerait que cet adage reste absolument d’actualité.
Alors, l’EUR/CHF, c’est quoi, exactement ?
Il s’agit en fait du taux de change de l’euro exprimé en franc suisse, soit la "valeur" d’un euro exprimée en franc suisse. On l’écrit usuellement EUR/CHF et on parle de la parité euro/franc suisse.
Evidemment, cette parité est apparue en même temps que le Vieux Continent avait finalement décidé de passer à la monnaie "unique" — à quelques exceptions près, encore, et justement. Ce phénomène fiduciaire a totalement redéfini la physionomie des marchés sur les devises. A savoir ici que les spéculateurs ne parient pas sur la domination relative d’une monnaie face à l’autre, mais sur l’évolution de l’une par rapport à l’autre.
Autrement dit…
A ma droite, Madame Michu. A ma gauche, Guillaume Tell. Ils veulent acheter au même endroit un kilo de pommes. L’une, avec des euros, l’autre, avec des francs suisses. A pommes égales, qui devra dépenser le plus de sous ? Ou, à sous égaux, qui repartira avec le plus de pommes ? Voilà un peu ce que va déterminer la parité EUR/CHF.
La Suisse face à la Zone euro
Le 2 octobre dernier, le gouvernement suisse confirmait ses prévisions pour l’économie helvète mais, en même temps, annonçait un risque accru de sévère ralentissement. Il est dû au violent retournement du marché clé de l’exportation de la Suisse en Europe et à la crise actuelle des crédits.
Aujourd’hui, cette parité est sujette à de nombreux enjeux et à différents antagonismes. L’Europe (Zone euro) semble en effet plus proche de la récession que la Suisse. Par ailleurs, la hausse actuelle des cours de l’or n’est pas non plus défavorable à la monnaie helvète.
L’euro courbe l’échine…
Particulièrement vif en Zone euro, ce ralentissement a pour effet de peser sur le niveau de change de la devise européenne. D’autant que les cambistes sont plus enclins à parier sur une détente monétaire de part de la BCE, même si celle-ci n’est pas à l’ordre du jour de l’institut d’émission.
… et le franc suisse relève la tête !
Corrélativement, le franc suisse remonte, conforté par des perspectives de croissance meilleures que ses voisins. Ainsi, l’euro est récemment tombé sous les 1,54 franc suisse, pour la première fois depuis trois ans. La monnaie unique, qui avait culminé en octobre 2007 au dessus de 1,68 franc suisse pour un euro, a ainsi perdu près de 10% depuis son dernier record et jusqu’en mars dernier.
Aussi, si vous avez le choix entre Madame Michu et Guillaume Tell, le second nous semble encore en meilleure position avec plus d’une corde à son… arbalète !
Que nous dit l’analyse graphique ?
Nous venons d’assister à un retournement sans précédent
Depuis la création de la monnaie unique européenne, jamais l’euro n’avait subi un revers aussi violent, tant dans l’amplitude que dans l’intensité. Il a ainsi perdu 9% en près de cinq mois. Un tel retournement implique graphiquement un inversement de tendance qui devrait au moins durer quelques mois. Même si, entre temps, une reprise technique en faveur de l’euro devrait avoir lieu.

Evolution du franc suisse pour un euro
En partant du point bas de septembre 2001, le décompte elliottiste de la hausse jusqu’à octobre 2007 confirme notre hypothèse de phase corrective majeure à venir, puisque l’on distingue bien les cinq vagues.
Que devrait-il se passer maintenant ?
Avec la cassure des 1,5440, un retour vers les 1,4900 est attendu : niveau correspondant en fait à la projection classique de 100% de la première jambe de baisse (qui a pris place entre début octobre 2007 et mi-mars 2008) reportée au sommet de fin juillet dernier.
A contrario, seul le passage au-dessus des 1,6370 ferait à nouveau basculer la balance en faveur de l’euro.


