Le marché du cacao va-t-il sortir de son état léthargique ?

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Devinez quel est mon vice : la cigarette ? Non. L’alcool ? Non plus. Humm… le cacao ? Oui ! Le plus noir possible. 2 à 3 plaques par semaine au minimum… Brut au saut du lit, ou pour accompagner une tasse de café, c’est tout simplement divin : c’est le dieu aztèque Quetlzalcoatl qui a ramené le cacaoyer du Paradis, selon la légende… (je n’ai jamais réussi à retenir ce nom ! Et pourtant, depuis le temps que je m’intéresse aux civilisations précolombiennes, je devrais l’avoir imprimé !)

Mais revenons aux chiffres, tendances et fondamentaux…

L’Afrique, championne du monde du cacao
Les champions toutes catégories du cacao sont la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui produisent à eux seuls 43% et 21% du cacao mondial. 3 470 millions de tonnes de cacao ont été produites en 2006, dont 71% en provenance d’Afrique. L’Indonésie est aussi un producteur significatif.

Côté consommateurs, ce sont surtout les pays « riches » qui tirent la demande. Et on s’interroge beaucoup sur l’évolution future de la demande chinoise. Elle pourrait bien sortir le marché du cacao de son ronronnement habituel. Mais il va falloir encore patienter… on ne change pas ses habitudes en quelques années. Cela va prendre du temps.

Un secteur très concentré
Le secteur du cacao est en outre très concentré. Cinq entreprises contrôlent 80% du commerce mondial du cacao (Cargill, Callebaut et ADM Cocoa). Cinq multinationales maîtrisent 70% de la transformation du cacao, dont Nestlé. Et six multinationales se partagent 80% du marché du chocolat : Hershey, Mars et Philip Morris (propriétaire de Kraft-Jacobs-Suchard-Côte d’Or), Nestlé, Cadbury-Schweppes et l’italien Ferrero.

Tendance baissière à long terme
Pour ce qui est de la tendance long terme, sachez que le prix du cacao tend à diminuer depuis le début des années 80.
Notez aussi que la production de cacao est caractérisée par son manque d’élasticité, à l’image des mines. A court terme, les producteurs ont peu de marge de manoeuvre pour adapter leur offre à la demande. Si la demande augmente, les producteurs devront planter des cacaoyers qui ne porteront leurs premiers fruits qu’après 6 à 8 ans. Cette hausse de l’offre mène à son tour à la formation de surplus par rapport à la demande quelques années plus tard. D’où la baisse des prix.

Stabilisation récente
Voilà près de trois ans que le marché du cacao stagne, avec une offre et une demande d’environ 3,3 millions de tonnes par an et un cours qui oscille plus ou moins autour des 1 500 $ la tonne à New York. Cela dit, nous sommes actuellement dans une configuration graphique intéressante. J’y reviens tout de suite…

Des tendances difficiles à anticiper
Sachez aussi que l’Organisation Internationale du Cacao prévoit des cours orientés à la baisse jusqu’en 2010 — mais n’oubliez jamais qu’en matière de cacao, les chiffres et statistiques en provenance des pays producteurs sont aléatoires et bien souvent assez éloignés de la réalité. En clair, sur ce marché, on navigue à vue !

Nous assistons à une poussée du cours à la hausse 
En effet, le cours du cacao vient de franchir à la hausse une importante résistance à 1 738 $ la tonne, résistance à laquelle on s’était heurté mi-2006 sans pouvoir passer outre. C’est chose faite et c’est un signal d’achat.

La prochaine résistance se situe à 1 850 $ la tonne. Si nous arrivons jusque-là, la cible visée sera alors les 2 420 $ la tonne.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le rebond actuel du cacao :

1 - Le niveau historiquement élevé des positions courtes détenues à New York au dernier trimestre 2006 par les spéculateurs, qui a poussé pas mal d’investisseurs à se repositionner sur le cacao depuis quelques semaines.

2 - L’incertitude qui plane sur l’offre
En effet, la demande étant très peu élastique à la variation des prix, le cours du cacao est essentiellement fonction de l’offre. Que constate-t-on de ce côté ?
Des problèmes climatiques auxquels doit actuellement faire face le Ghana. Une sécheresse en Indonésie. Et des incertitudes politiques très importantes en Côte d’Ivoire.

3 – Des incertitudes psychologiques :
Il y a les investisseurs qui croient que la Côte d’Ivoire produira toujours du cacao, même si les taxes sont insupportables et les revenus générés rédhibitoires, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’alternative pour les producteurs. Je mets ici un bémol car il existe une alternative : la culture de l’hévéa, très prisée mais qui demande davantage d’investissement que le cacao.
Et il y a ceux qui craignent un effondrement du cacao ivoirien, à l’instar de ce qui s’est passé au Brésil dans les années 1990.

Ces deux forces en présence s’affrontent sur le marché. Et font le cours.

La problématique du stock
Depuis une quinzaine d’années, on a connu plusieurs saisons où la récolte n’a pas satisfait la demande. Pourtant, le prix n’est jamais vraiment reparti durablement à la hausse.
En cause : les stocks de cacao constitués par les pays acheteurs dans les années 1980, au moment où l’offre de cacao était largement excédentaire. Depuis, ils sont toujours restés très importants. Tant que ces stocks considérables continueront à exister, les prix auront du mal à décoller franchement.

Mon avis ?
Pour conclure, je dirai que fondamentalement, il n’y a que deux choses qui peuvent faire bouger le marché du cacao de façon durable : la découverte du cacao par les Chinois, ou des problèmes graves en Côte d’Ivoire.

Pour le reste, les variations que nous rencontrerons sur le marché seront surtout le fait des traders et spéculateurs. Le marché du cacao est caractérisé par une forte instabilité. Et ils y sont pour beaucoup.

Il se pourrait aussi que ces spéculateurs aient décidé de jouer le marché à la hausse. Mais jusqu’à quel point et pour combien de temps encore ? Difficile à dire, les fondamentaux ne suivant pas franchement, tout n’est que psychologie dans ce marché.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.