Les signes inflationnistes aux Etats-Unis et le ralentissement de son économie entraînent une « fuite vers les matières » — pour le plus grand bonheur des détenteurs de ce type d’actifs.
Energie : le brut au-dessus des 100 $
Le pétrole commence l’année en fanfare. A peine de retour à leur desk, les yeux encore embrumés par la fête de la Saint-Sylvestre, les investisseurs ont assisté à un feu d’artifice : le baril de brut coté à New York s’est propulsé au-dessus des 100 $ une première fois le 2 janvier, une seconde fois jeudi 3 janvier.
Le facteur déclenchant est d’ordre géopolitique, mais la vitesse de propulsion à la hausse est clairement d’ordre spéculative.

Cours du brut en US$ le baril
L’assassinat de Benazir Bhutto, qui représentait l’opposition politique au Pakistan, déstabilise une zone que j’assimilerais volontiers à la « Poudrière des Balkans » qui déclencha la Première guerre mondiale en 1914. La région est extrêmement sensible : Inde et Pakistan se détestent et détiennent l’arme nucléaire. L’Iran est juste à côté, les talibans et Al-Qaïda planent sur Peshawar et l’Afghanistan… Le vrai risque, outre une déstabilisation générale de la région et du monde, serait que ces derniers s’emparent de l’arme atomique pakistanaise… Rien de bien rassurant pour commencer la nouvelle année.
Ajoutez à cela les troubles en Algérie, gros producteur de gaz et pétrole, la nouvelle attaque militaire des rebelles au Nigéria, plus gros producteur de brut africain, et les tensions aux Kenya… et vous comprendrez pourquoi les traders ont les nerfs à vif.
Comme si cela ne suffisait pas, l’OPEP a rajouté une couche en déclarant qu’elle ne pourrait rien faire pour calmer les tensions sur les prix du brut. Même son de cloche du côté des Etats-Unis et de l’AIE : pas question de puiser dans les réserves stratégiques !
Cerise sur le gâteau, les stocks de brut US sont au plus bas depuis trois ans et ont continué de baisser plus qu’anticipé la semaine dernière. [NDLR : Préparez-vous à vivre dans les mois et les années à venir une révolution énergétique sans précédent ! Les réserves mondiales de pétrole diminuent de façon inquiétante -- et en agissant maintenant vous pourriez accumuler des plus-values substantielles... alors n'attendez pas ! Cliquez ici pour en savoir plus...]
Enfin, l’inflation menace toujours les Etats-Unis, et le dollar s’effrite : deux excellentes raisons au brut de pulvériser tous ses records.
Bienvenue dans le monde du pétrole cher…
Vendredi, le WTI cotait 97,62 $ à New York, livraison février, et le Brent 97 $ sur l’ICE, même échéance.
Métaux précieux : l’or pulvérise à nouveau tous ses records
Souvenez-vous : juste avant Noël — le 21 décembre précisément –, l’or entamait un nouveau rally. Il a parcouru bien du chemin depuis, à un train d’enfer ! A Noël, le cours de l’once repassait déjà au-dessus des 800 $. Et dans les tous premiers jours de janvier, il pulvérisait les 850 $, battant son dernier record de 1980.

Cours de l’or en US$ l’once
Il cotait vendredi 866,10 $ sur le Nymex, livraison février et 863,60 $ cours spot à Londres, après avoir touché un plus haut jeudi à 865,80 $ à New York, toujours au comptant.
Les facteurs de hausse ? Vous les connaissez déjà : dollar en berne (il a déjà perdu 14% face à l’euro en 2007), brut au plus haut (il a gagné 57% sur un an !), pressions inflationnistes toujours plus évidentes (qui atteignent 3,5%-4% en Europe et aux Etats-Unis), ralentissement prononcé de l’activité économique américaine, voire risque de récession tout court ! Les raisons ne manquent pas.
Le platine a suivi l’or comme un seul homme, pulvérisant lui aussi son dernier record de 1 545,75 $ l’once (datant de janvier 1980 !) : il s’est envolé jeudi à 1 554 $ l’once.
Les facteurs qui soutiennent l’or soutiennent aussi le platine. Les tensions sont mêmes bien plus exacerbées pour le platine, puisque l’Afrique du Sud est confrontée à un mouvement sans précédent des mineurs qui réclament plus de sécurité dans les mines. Les grèves ont fait chuter la production en décembre. Or le pays produit 80% du platine mondial. L’offre étant absente face à une demande toujours aussi forte, l’ajustement s’est fait par les prix.
Métaux industriels : rebond généralisé après le mauvais dernier trimestre
Regardez, les chiffres parlent d’eux-mêmes.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 416 | 2 497 | 3,35% |
| Cuivre* | 6 545 | 7 030 | 7,41% |
| Plomb* | 2 484 | 2 665 | 7,29% |
| Nickel* | 26 500 | 29 800 | 12,45% |
| Etain | 16 175 | 16 575 | 2,47% |
| Zinc* | 2 325 | 2 550 | 9,68% |
| Or (spot) | 791,75 | 863,60 | 9,07% |
| Argent (spot) | 13,78 | 15,29 | 10,96% |
| Platine (spot) | 1 475,85 | 1 538,00 | 4,21% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Même le cuivre a réussi à se reprendre durant les fêtes de fin d’année.
Le facteur chinois a été une fois de plus déterminant, les prix du cuivre sur le LME suivant ceux de Shanghai qui s’affichaient en forte hausse. Le retour des investisseurs sur les matières lui a certainement profité également.
Pourtant, le cours reculait à nouveau en fin de semaine, et pour cause… les nouvelles économiques américaines sont alarmantes : l’économie ne crée quasiment plus d’emplois. Le taux de chômage repart à la hausse (à 5%). Ce n’est pas comme cela que le seul moteur de l’économie US, à savoir la consommation, va pouvoir se maintenir.
Autre pavé dans la mare : l’indice d’activité du secteur des services (un chiffre clé) s’inscrit en baisse à 53,9% en décembre. Il se rapproche de plus en plus du seuil fatidique des 50, en deçà duquel l’économie est déclarée effectivement en récession.
Mauvaises nouvelles pour le cuivre dont la demande est directement liée à la croissance économique. N’oubliez pas que les Etats-Unis sont le second grand consommateur de cuivre après la Chine.
Soft commodities : toujours plus haut… jusqu’où ?
Les softs et céréales profitent également de l’intérêt accru des investisseurs pour les matières.
Pressions inflationnistes, tant aux Etats-Unis qu’en Europe ou en Chine, baisse du dollar, baisse de l’offre pour des raisons climatiques et maintien de la demande à des niveaux élevés expliquent le port altier de nos céréales.
Les acheteurs essaient depuis des mois de reconstituer un tant soit peu leurs stocks pour faire face à la hausse de la demande.
Le blé a grimpé cette semaine jusqu’à 9,40 $ le boisseau, revenant en fin de semaine à 9,21 $ le boisseau livraison mars sur le Cbot.
Le maïs et surtout le soja ont continué leur hausse, sans reprendre leur souffle. Ils sont soutenus à la fois par un dollar faible et une demande en hausse, mais également par leur corrélation au brut qui s’est envolé à 100 $ !
L’éthanol est issu du maïs, ne l’oublions pas. Il cotait vendredi 4,64 $ le boisseau sur le Cbot, livraison mars.
Le soja a battu vendredi son dernier record datant d’il y a 34 ans… à 12,78 $ le boisseau sur le Cbot, toujours livraison mars.

Cours du soja en US cents le boisseau
Perspectives
Les mauvais chiffres économiques américains publiés vendredi ont fait chavirer les bourses. Elles devraient cette semaine freiner les excès de zèle du brut dont le cours devrait se calmer.
Mais la faiblesse du dollar et surtout la situation du Nigeria devraient ne faire de ce reflux qu’un reflux temporaire. La situation là-bas s’est tendue. Les rebelles (qui veulent l’émancipation du delta du Niger) autrefois divisés auraient mis leurs vieilles rivalités de côté pour lutter ensemble contre l’industrie pétrolière. Les attaques pourraient donc non seulement se poursuivre, mais s’amplifier.
L’or devrait souffler. Ce serait sain pour la suite des évènements, à savoir la poursuite de la hausse.
Les prix du cuivre devraient pâtir de la détérioration de la situation économique américaine.
Etant donné le niveau élevé atteint par les céréales US, il faut s’attendre à un répit momentané — à commencer par le blé qui pourrait légèrement corriger. Soja et maïs repartiront ensuite les premiers à la hausse.


