Le pétrole est suracheté ; il va se retourner

Faites vos jeux messieurs dames, faites vos jeux…

Rien ne va plus…
… et c’est le NOIR qui sort !
Voilà à peu près trois ans que la production de pétrole n’augmente plus et stagne.

Nous plafonnons à 85 millions de barils jour.

En 2005 et 2006, la demande de brut n’a atteint les 85 millions de barils jour que durant les trois mois d’hiver. On a eu chaud !

Mais selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande de brut sera cette année supérieure de 3 millions de barils jour à l’offre cet hiver. 88 pour 85, aïe !

Voilà ce qui fait (entre autres) courir les marchés…

Comment faire pour passer le cap ?
Consommer moins ! Et la hausse des prix y aidera sans doute. A presque 1,50 € le prix du litre à la pompe, on y réfléchit à deux fois… mais tout le monde ne peut malheureusement pas enfourcher son vélo. L’idée de Mme Lagarde est excellente, mais en pratique souvent difficile à mettre en œuvre.

Je suis la première à user et abuser du vélo. Mais j’habite à Paris, pas la campagne! Et quand je dois me déplacer avec mes trois enfants, le vélo est fort peu adapté, vous en conviendrez ! Idem lorsque je fais le plein de course pour 5 personnes !

Bref, tout cela pour dire que l’élasticité de la demande au prix est faible… très faible. Donc inutile de rêver, la demande ne refluera que de façon très marginale.

Et à moyen long terme, le prix du brut est clairement orienté à la hausse.

A quand les 100 $ le baril ?
On n’en est pas loin : le WTI a touché hier les 98,62 $ et le Brent franchi les 95 $…

Pendant que j’y suis, dans les records : l’or est passé hier au-dessus des 835 $ l’once et l’argent au-dessus des 15,30 $ l’once. Et pour cause ! Le dollar caracolait gaiement à 1,4731 $ pour un euro.

Reprenez votre souffle, nous continuons…

Quid de la saisonnalité ? L’exception qui confirme la règle
Le saviez-vous ? Le marché du brut réagit de façon saisonnière si on analyse les dernières années.

Les prix grimpent en cours d’année pour atteindre un point haut en août, avec la saison des ouragans qui bat alors son plein. Puis les prix refluent les six mois qui suivent ce point haut, pour atteindre un plus bas à la sortie de l’hiver. Disons que c’est le schéma habituel de l’évolution des cours du brut sur l’année.

Seulement voilà, cette année est une exception. La fameuse exception qui confirme la règle, sans doute… Alors que le prix du baril devrait refluer logiquement depuis août, il grimpe, grimpe et grimpe encore, vers des records absolus. Sans jamais reprendre son souffle. Quelle endurance !

Une belle bulle comme le marché sait si bien les faire…
Je vous le dis depuis quelques semaines déjà, les fondamentaux actuels du marché du brut et le cours du brut ne sont plus en phase. Un brut à 80 $ reflète la réalité.

Un cours à 100 $ est pure spéculation. Tout ce qui est entre les deux n’est pour moi rien d’autre qu’une bulle. Une belle bulle spéculative comme les marchés savent si bien les faire. Et comme toutes les bulles, celle-ci implosera tôt ou tard.

Pourquoi cette bulle ? La faute au subprime ! Il faut bien que nos fonds d’investissement placent leurs billes quelque part. Et pour l’instant, ils ont jeté leur dévolu sur l’or noir qui flambe.

L’effet « moutons de Panurge » aidant, nous voilà frisant les 100 $ le baril
Reste à savoir si le mur des 100 $ aura sur nos moutons l’effet du précipice dans le beau conte de Panurge ?

Le premier mouton va-t-il passer outre ? Un peu ? Beaucoup ? Ou va-t-il se poser la question de faire demi-tour ? Les spéculateurs n’étant pas des moutons, Dieu merci, je penche pour la seconde option.

Il suffit juste de quelques-uns.  Les autres suivront… en masse !

Une chose est certaine : mieux vaut être le premier à reprendre ses billes à ce jeu-là que le dernier. Donc l’effet boomerang pourrait être aussi rapide que fort.

Mais ce ne sont que des suppositions et intuitions. Monsieur le Marché décidera en son âme et conscience. Seul. Comme toujours. Et toutes mes suppositions n’auront sur lui aucun impact !

Revenons à nos moutons…

Le brut est suracheté : voici pourquoi
Je m’attends  pour ma part à un retour de balancier. Outre mon intuition, les indicateurs techniques militent eux aussi en ce sens !

Premier signal de vente : le canal
Regardez le cours du brut. Il est clairement enfermé dans un beau canal haussier.

Or le cours du pétrole touche actuellement le haut de ce canal. Graphiquement, c’est un premier signal de vente.

Second signal de vente : le momentum
C’est l’un des indicateurs de tendance les plus utilisés sur les marchés en matière d’analyse technique. Il donne à court terme des signaux d’achat et de vente.  Cet indicateur évolue autour de la ligne de 100. Il est positif quand le marché est en accélération haussière et négatif dans la situation inverse.

L’idée est la suivante : il faut acheter quand le momentum est très bas et se retourne à la hausse, et vendre quand l’indicateur forme un pic et se retourne à la baisse. Or si vous regardez le momentum ci-dessus, vous voyez que nous sommes dans cette seconde configuration.  Le momentum est à un point haut.

Combien de temps peut-il s’y maintenir ? Je n’en sais rien. Mais il peut probablement difficilement aller beaucoup plus haut !

Troisième signal de vente : le Macd
Je n’entrerai pas ici dans le détail car cela devient plus technique, mais disons qu’il nous donne lui aussi un signal de vente.

Que faire ?
Résumons-nous. Militent en faveur d’une baisse court terme des cours du brut :

- mes intuitions,
- certains indicateurs graphiques clés,
- et (je ne vous en ai pas parlé aujourd’hui mais vous connaissez ma position sur la question) le ralentissement économique américain.

Le brut doit reprendre son souffle. Il est fort probable qu’il marque une pause.
Si vous êtes positionné sur le brut dans une optique de long terme : conservez. Il va baisser à court terme, mais de toutes les façons  il ne peut que grimper dans les années à venir. Et bien au-delà des 100 $.

C’est une certitude pour tous les experts de la planète ! Conservez-le au fond de votre portefeuille et dormez dessus. C’est une valeur sûre.

Si vous êtes positionné à court terme, prenez vos bénéfices ; vous vous replacerez sur le brut d’ici quelques semaines, lorsque raison il aura retrouvé.

Ce sera alors aussi le moment de se positionner si vous n’avez pas encore de pétrole en portefeuille. Profitez
-en… la fenêtre de tir pourrait se refermer rapidement !

Si vous êtes un joueur invétéré, avec le cœur bien accroché, jouez le baril à la baisse dans les 3 mois qui viennent. Mais attention ! Jouez avec de l’argent dont vous n’avez pas besoin et que vous pouvez vous permettre de perdre ! Et dans ce cas, faites-vous conseiller par un expert.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.