Le pétrole hors de contrôle

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1 – Energie : montagnes russes !
Incroyable semaine pour le baril de pétrole. Tout avait pourtant très mal commencé, les bulls dominant largement le marché. D’où le plongeon du light sweet crude oil jusqu’à 121,84 $ mercredi, alors qu’une semaine avant le baril cotait encore 135 $ !

Les causes de cette morosité de début de semaine ?
Le discours de Ben Bernanke qui annonçait mardi clairement vouloir soutenir le dollar avec Henri Paulson, secrétaire d’Etat au Trésor. Son objectif N°1 devient ainsi la lutte contre l’inflation et non plus la récession. Du coup, le dollar a rebondi et plombé le cours du brut.

A cela s’est ajoutée la hausse du stock US de carburant et produits distillés cette semaine.

De plus, la baisse de la demande des consommateurs aux Etats-Unis s’est poursuivie cette semaine. Le gallon vient de dépasser le seuil psychologique de 4 $, ce qui déprime les automobilistes et freine leur ardeur à la pompe.

Les compagnies d’aviation prévoient également des coupes drastiques dans leurs coûts pour faire face à la hausse du cours du kérosène.

Enfin, l’Inde a décidé à son tour de réduire ses subventions au carburant, ce qui constituera un choc pour le consommateur final.

Pourtant, nous avons assisté en fin de semaine à un rebond extraordinaire, jusqu’à 139,12 $ vendredi. Plus de 17 $ gagnés en moins de 48 heures ! Plus de 10 $ en une journée ! Jamais on n’avait vu pareille hausse. C’est tout simplement incroyable. Et dire qu’en 1997 le baril valait moins de 10 $ !

A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord échéance juillet inscrivait lui aussi un record historique à 138,12 $.

Cours du pétrole sur les 3 derniers mois en US$ le baril

Les facteurs de hausse ? Il y en a plusieurs
La baisse du dollar bien sûr. Celui-ci a pâti du discours de J.C. Trichet, qui évoquait une possible hausse des taux dès juillet prochain pour faire face à l’inflation. Ce à quoi il faut ajouter les mauvais chiffres de l’emploi US qui ont continué de déprimer définitivement le dollar : il est repassé sous les 1,57.

Morgan Stanley, dont l’avis est fort respecté sur les marchés, a versé de l’huile sur le feu en annonçant que le baril de brut pourrait atteindre 150 $ d’ici au 4 juillet, fête de l’Indépendance US. Pour cause de summer driving season.

Quant à la saison des ouragans, elle va commencer…

Et puis il y a les menaces israéliennes d’attaques contre les installations nucléaires iraniennes. N’oubliez pas que l’Iran est le quatrième producteur mondial de pétrole. Autre menace : la grève probable au Nigeria (huitième producteur mondial), chez Chevron.

Enfin, des voix (notamment celle de la Barclays) s’élèvent de plus en plus pour dire que la demande de brut asiatique ne fléchira pas, malgré la baisse des subventions au carburant en Inde, Malaisie, Indonésie, Sri Lanka et à Taiwan.

Ce matin, le brut léger coté à New York affichait encore 137,90 $ le baril.

Vous voulez savoir ce qui me fait vraiment froid dans le dos ?
On assiste actuellement à un transfert massif du brut vers le charbon. Rien qu’en Chine, on crée trois centrales à charbon par semaine ! Tout ça sans captation de CO2 (qui augmenterait le prix du charbon de plus de 50%).
On est partis pour se prendre un choc climatique d’une violence inouïe en pleine face…

2 – Métaux précieux : sauvés par J.C. Trichet et les mauvais chiffres américains
L’or a décroché en début de semaine, avec la hausse du dollar et le décrochage du cours du baril de pétrole, atteignant un point bas sur le marché spot à 865 $.
Changement de tendance en fin de semaine, avec un superbe rebond jusqu’à 886 $ grâce à l’incroyable envolée du baril de brut et du fait de l’affaiblissement du dollar.

Les anticipations inflationnistes reviennent en force sur le devant de la scène, et drainent à nouveau vers l’or des capitaux à la recherche d’une protection contre la destruction monétaire engendrée par l’inflation.

L’or cotait ce matin 903,50 $.

L’argent a suivi l’or dans ses baisses et hausses cette semaine.
Léger rebond du platine.

Le cours du palladium est resté quasiment inchangé par rapport à vendredi dernier.

Cours à
3 mois

Vendredi
23 mai
2008

Vendredi
30 mai
2008

Variation / semaine
Aluminium* 2 931 2 957 0,89%
Cuivre* 7 935 8 000 0,82%
Plomb* 1 975 1 950 -1,27%
Nickel* 22 100 22 000 -0,45%
Etain 20 200 22 100 9,41%
Zinc* 2 005 1 968 -1,85%
Acier (Méditerranéen) 1 193 1 200 0,59%
Or (spot) 885,23 895,15 1,12%
Argent (spot) 16,77 17,4 3,76%
Platine (spot) 2 006,50 2 069 3,11%

* cours en $ sur le LME à trois mois

3 – Métaux de base : la morosité domine
Le sentiment baissier l’emporte. La hausse ponctuelle constatée notamment vendredi dans la matinée était davantage le fait de rachat de positions vendeuses que d’achat de positions longues, ce qui est très différent. J’avais déjà constaté cela la semaine dernière.

Le retour des tensions inflationnistes pourrait bien faire remonter les taux, ce qui n’est évidemment pas bon pour la croissance économique. Il est pour moi évident que les métaux de base pâtiront de tout ralentissement de l’économie, la demande pour les métaux refluant en temps de crise.
Comme la semaine dernière, le zinc enregistre un nouveau point bas à 1 930 $ la tonne cette fois, les stocks continuant de grimper.


Cours du zinc en US$ la tonne depuis 3 mois

A noter l’étain qui a fortement rebondi dès le début de la semaine : des achats à bon compte sans aucun doute. Le mouvement haussier a été soutenu en fin de semaine par un recul de 9% des exportations d’étain indonésiennes, de 7 858 tonnes à 7 150 tonnes.
Au sein des métaux de base, le seul marché qui devrait relativement bien résister en cas de choc économique sera sans doute l’étain, tant le marché est étroit.

4 – Soft commodities : repli du dollar et mauvaise météo font rebondir les céréales
Le maïs a été soutenu par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le centre ouest des Etats-Unis, sur les champs du Nebraska et de l’Ohio. Quatre millions d’acres ne sont toujours pas plantés. Conséquence : les semis prennent encore plus de retard et le risque de baisse des rendements s’intensifie. Forcément, les prix grimpent vers de nouveaux records.


Cours du maïs à 3 mois en US cents

Le soja est confronté à des problèmes similaires, puisque seulement 69% des semis ont été plantés contre 81% en moyenne sur les cinq dernières années à la même période. Et seulement 32% du soja a « percé » contre 64% à la même époque l’an dernier. La nature a du retard, et cela risque de nuire au rendement. 23 millions d’acres restent toujours à planter.

Livraison juillet, le maïs cotait vendredi 6,54 $ le boisseau sur le Cbot. Le soja, même échéance, cotait lui 14,68 $ le boisseau sur le Cbot.

Le blé a été soutenu par les éleveurs qui pourraient se tourner davantage vers lui pour nourrir les animaux cette année, tant les prix du maïs sont élevés. Autre facteur de soutien des cours : l’Australie a revu à la baisse sa production de blé, de 3,1 millions de tonnes, pour cause de sécheresse.
Livraison juillet, le blé cotait vendredi 8,15 $ le boisseau sur le
Cbot. Quel rebond !

Le riz remonte à 20,30 $ la livre sur le Cbot. Les importations repartent de plus belle étant donné la faiblesse du dollar.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.