En mai dernier, je consacrais dans les colonnes de notre Edito un article au platine. Et je vous disais alors que « si le platine réussit franchement à passer au-dessus des 1 338 $, ce sera alors un signal d’achat fort pour ensuite viser un objectif à plus long terme de 1 580 $ ».
A l’époque, le platine flirtait avec les 1 338 $. Aujourd’hui il cote 1 460 $ l’once. J’étais fondamentalement optimiste sur le marché du platine à long terme. Je le reste.
Ce métal précieux, deux fois plus précieux que l’or, est aussi 35 fois plus rare que l’or. Ses fondamentaux ? Excellents à mon avis.
Voyez plutôt…
L’offre n’arrive pas à suivre le rythme de la demande
C’est l’Afrique du Sud qui est de loin le premier producteur de platine avec… 79% de la production mondiale ! Vous parlez d’un marché hyper concentré !
Qui sont les autres élus ? La Russie, avec 12% de la production mondiale, le Canada 6%, les Etats-Unis 2%.
La production mondiale de platine est entre les mains des Sud-Africains. Et ils ont beau piocher et creuser toujours plus profondément pour accroître leur production, ils n’arrivent pas à faire face à la demande. La demande croît tout simplement plus vite que l’offre.
Depuis 1997, le marché était déficitaire
Certes, en 2006 nous étions quasiment à l’équilibre. L’offre a dépassé la demande de… 10 000 onces seulement ! Fragile équilibre. Dès cette année, et l’an prochain également, nous devrions être à nouveau en déficit.
Comment s’en sort-on, alors, me demanderez-vous ? Eh bien l’ajustement se fait par la joaillerie asiatique dans un premier temps (Emmanuel vous détaille cela dans son article ci-dessous). Ils sont friands de platine, particulièrement la Chine… Et si cela ne suffit pas, par le prix !
Les Chinois veulent s’offrir des voitures
Deux tiers de la production de platine sont absorbés par l’industrie automobile dans la construction des pots catalytiques afin de limiter les rejets de CO². Le reste est utilisé dans la joaillerie. Or…
Vous avez certainement en tête le dernier chiffre du PIB chinois qui vient de tomber : une fois de plus ce trimestre (Q 3), le taux de croissance frise les 12% à 11,5%. Alors certes, ce sont des chiffres chinois, difficilement contrôlables, peut-être approximatifs, mais la réalité est là.
Maintenant, avez-vous une idée de la taille du marché de l’automobile là-bas ?
Alors qu’il y a 700 automobiles pour 1 000 habitants aux Etats-Unis, il y en a 24 pour 1 000 en Chine. Or ce taux devrait atteindre 40 dès 2010. Soit presque un doublement du parc auto en 2 ans !
Tous les constructeurs se ruent sur ce marché. VolkswagenetGeneral Motors y ont vu leur chiffre d’affaires croître de 25% l’an passé !
Quel rapport entre la Chine et le platine ?
Le platine est pour la Chine un métal de plus en plus stratégique. En effets, les pots catalytiques sont généralisés là-bas.
Conséquence ? La demande de platine y a augmenté de 60% en 2006. Et ce n’est qu’un début…
L’atout du platine ? La lutte contre les rejets de CO²
Partout dans le monde, on prend conscience (enfin !) du risque que fait peser le réchauffement climatique sur notre planète. Même en France, nous avons eu droit à notre Grenelle de l’environnement. Alleluia !
Les législateurs interviennent ainsi de plus en plus pour limiter les rejets de CO².
Taxation, interdiction, quotas… tout est bon. En outre, la réglementation se resserre davantage encore dans les pays en avance dans ce combat. Or chaque nouvelle contrainte entraîne une hausse de la demande de platine et met à mal le fragile équilibre du marché.
Et voici la petite goutte qui fait déborder le vase !
Comme je vous le disais, 79% du platine est extrait d’Afrique du Sud.
Deux minières se partagent l’essentiel du magot sud-africain :Anglo Platinum, de loin le premier extracteur de métal blanc au monde, etImpala Platinum.
Or les accidents mortels pour cause de conditions de sécurité défaillantes se multiplient dans les mines et provoquent des fermetures. La menace d’une grande grève se précise.
En effet, la National Union of Mineworkers a lancé un préavis de grève générale !
La production de platine sud-africain pourrait bien être fortement perturbée. Et comme elle représente 79% du marché… il y a de quoi faire flamber le platine !
Emmanuel vous en dit plus ci-dessous…
Que nous dit le graphique ?
Il est franchement haussier depuis l’été 2002. A l’époque, le cours du platine évoluait un peu au-dessus des 400 $ l’once. Il est à 1 460 $. Une hausse de plus de 250% en cinq ans !
Regardez un peu ce canal haussier ! Sa partie basse est hyper-solide. Presque infranchissable !

Cours du platine en $ l’once
En mai 2006, le platine a atteint un point haut historique à 1 338 $ l’once, avant d’entamer un reflux à l’image de la plupart des matières premières.
Cela dit, jamais le platine n’aura franchi la ligne basse de son grand canal haussier. Systématiquement, il rebondira dessus. Elle est solide comme un roc !
Retournement en décembre dernier. Le cours repart à la hausse, fait sauter toutes ses résistances et tente l’assaut des 1 338 $. En vain, ça ne passe pas…
Le platine reprend son élan et part à nouveau à l’attaque de sa résistance en septembre. Cette fois, c’est réussi ! Les 1 338 $ sont pulvérisés. D’une traite, en quelques jours à peine, le cours passe à 1 469 $. Sans pullback !
Et maintenant ?
On vise le haut du canal haussier, c’est à dire les 1 660 $ l’once. Voilà pour le long terme.
Pour le court terme, il faudrait tout de même penser à souffler. Une consolidation serait bienvenue pour asseoir le mouvement et rebondir de plus belle. Les 1 338 $ constituent maintenant une résistance solide sur laquelle vous pouvez vous reposer.
Je vous laisse en compagnie d’Emmanuel Gentilhomme, qui va approfondir le sujet avec vous.


