Le platine flambe ; le palladium va-t-il suivre ?

Dans mon dernier Edito sur le palladium datant du 6 novembre dernier (le métal cotait alors 370 $), je vous livrais mon opinion : “le palladium est entré dans une phase haussière. L’objectif (de cours terme) est clairement son dernier point haut de 404,5 $. Puis les 438 $”.

Nous y sommes… Le palladium cote actuellement plus de 440 $.

Comme vous êtes nombreux à me demander des nouvelles du palladium, faisons ensemble un petit tour d’horizon…

A quoi sert le palladium ?
L’industrie automobile est la plus grosse consommatrice de ce métal précieux, indispensable à la fabrication des pots catalytiques (50% de la demande). Suivent la joaillerie et l’électronique (chacun 15%), la dentisterie (12%) et l’industrie chimique (5%). Le palladium sert à la fabrication des fertilisants et des engrais. Un secteur qui a le vent en poupe !

Vous l’aurez compris, la demande de palladium dépend donc fortement de l’évolution des politiques environnementales, tout particulièrement en ce qui concerne les pots catalytiques. Or les normes ont tendance à se durcir toujours plus en la matière, ce qui ne peut être que bénéfique au palladium, ainsi qu’au platine, son grand concurrent.

D’où vient-il ?
Le palladium est un métal précieux très rare. Dans la nature, on le trouve dans le sous-sol avec d’autres métaux, notamment les platinoïdes (platine, rhodium, ruthénium, iridium…) et avec le nickel.

Sa production est très concentrée puisque la Russie maîtrise 51% de l’offre (Norilsk Nickel étant le numéro un), l’Afrique du Sud 33% et de l’Amérique du Nord 13%.

Depuis six ans, l’offre dépasse la demande. Mais les choses pourraient bien changer. Voici pourquoi…

La grande inconnue est russe
Un des obstacles majeurs à la généralisation de l’emploi du palladium a longtemps été la Russie. Car non seulement elle domine la production de palladium (via Norilsk Nickel) mais surtout elle dispose d’un stock stratégique de palladium constitué dans les années 70-80.

Pendant des années, ce stock stratégique lui a permis de faire la pluie et le beau temps sur le marché du palladium. Sa politique de gestion des réserves faisait le prix. En effet, comme le marché du palladium (hors Russie) est très tendu, toute restriction de la part de la Fédération de Russie influençait fortement le marché.

Bien sûr il était impossible d’anticiper cette politique qui entraînait une très forte volatilité des prix. C’eut été trop facile !
Souvenez-vous de la fin des années 90 ; le prix du palladium était passé de 80 $ l’once à 1 094 $ ! Soit une hausse de 1 200% en huit ans ! Regardez :

Bien sûr, le niveau actuel des stocks russes de palladium est un secret d’Etat très bien gardé. Reste-t-il beaucoup de palladium en stock ? La Russie peut-elle encore influencer les prix ? Difficile à dire.

Retenez ceci : les spécialistes s’accordent à dire que ces stocks seraient à l’heure actuelle à un niveau très faible. Le cas échéant, ce serait un facteur très fort de soutien au cours du palladium.

Autre facteur stratégique ? L’Afrique du Sud
Vous le savez si vous lisez régulièrement notre Edito, le pays est en proie à une terrible crise, son réseau électrique étant totalement obsolète. Les coupures électriques sont quotidiennes et cela pourrait encore durer des années.

La demande de courant électrique s’accroît sans cesse avec l’explosion des activités minières dans ce pays — l’offre ne peut plus suivre, résultat d’un sous-investissement chronique depuis des décennies.

Et comme les minières sont par-dessus le marché de très grosses consommatrices d’électricité, l’insuffisance de l’offre électrique entraîne actuellement de fortes chutes de production de métaux précieux. D’où la flambée des cours des platinoïdes ces dernières semaines. Or cette situation ne peut que perdurer. Un pays grand comme deux fois la France ne peut tout simplement pas remplacer son réseau électrique vétuste en un claquement de doigt ! Eskom (l’EDF local) a du pain sur la planche…

La force du palladium ? Il est substituable au platine !
Vous le savez déjà, la demande de platine ne cesse de croître en raison du développement du marché automobile en Asie et des pots catalytiques afférents. Les cours du platine sont ainsi passés de 400 $ l’once en 2000 à 1 300 $ il y a quelques semaines.

Or l’Afrique du Sud produit 80% du platine. Ses déboires électriques ont propulsé les cours du platine en un temps record de 1 300 $ l’once à presque 1 954 $ aujourd’hui ! Son cours a donc été multiplié par cinq en sept ans ! Mieux, cette croissance suit une tendance exponentielle.

Voilà qui réveille les cours du palladium. Car ce qu’il faut savoir, c’est que le palladium est souvent substituable au platine. Vu les prix atteints récemment par le platine, je ne serais pas étonnée de voir une partie de la demande de platine se tourner vers son petit frère, le palladium. En clair, la hausse du prix du platine pourrait bien tirer celle du palladium. Regardez :

 

Nous venons de voir ensemble que les fondamentaux du palladium étaient actuellement tendus. Que nous dit l’analyse graphique ?

Revenons sur son parcours
Le palladium a commencé un grand trend haussier durant l’été 2005, il y a donc deux ans de cela, avec un point haut atteint en mai 2006 à 404,5 $ l’once.

Après cette performance, le cours a fortement reculé avant d’entrer à nouveau dans un long canal tranquillement haussier. A la recherche des 404,5 $ perdus…

Comme je l’écrivais en novembre dernier : “le palladium est entré dans une phase haussière. L’objectif (de cours terme) est clairement son dernier point haut de 404,5 $. Puis des 438 $”.

Or justement, il vient de sortir par le haut du canal dans lequel il était coincé depuis deux ans et demi. Exactement à l’image de l’or le 6 septembre dernier. Un signal d’achat extrêmement puissant qui a pulvérisé l’or à plus de 900 $ en l’espace de six mois.

En sera-t-il de même pour le palladium ?
Le signal d’achat est clair — cela ne fait aucun doute. Quelle sera sa puissance ? C’est plus difficile à dire, mais on peut faire des hypothèses.

En novembre dernier, je vous disais que “s’il réussissait à franchir ce cap (des 404 $), ce serait alors un signal fort e
n direction des 500 $ à moyen terme puis des 650 $ à plus long terme.”

Ces objectifs de cours à moyen long terme sont plus que jamais d’actualité. J’y rajouterais même celui des 800 $ l’once, tant la situation sud-africaine est grave et les métaux précieux ont le vent en poupe.

A très court terme, une pause serait bienvenue
Etant donné la rapidité de la hausse enregistrée depuis le début de l’année (+18% depuis début 2008), une pause serait salutaire. Elle permettrait de consolider la tendance haussière et de rebondir de plus belle vers des plus hauts dans un second temps.

Idéalement, le cours pourrait revenir vers les 404 $, voire 384 $. Ce serait alors une opportunité à saisir. Le scénario restant haussier tant que les cours ne reviennent pas sous les 375 $.

 

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.