Le platine fonce ; le brut s’enfonce

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Toujours aussi peu de visibilité. Aux Etats-Unis, le commerce de détail est en repli sur décembre et l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan ressort largement sous le consensus attendu. La situation du marché du travail s’est dégradée sur la semaine. Quant à la production industrielle de décembre, elle s’essouffle.

Et pourtant, "les choses vont un tout petit peu mieux !", nous dit la Fed dans son dernier Beige Book. En s’empressant toutefois de rajouter que la situation reste fragile et l’activité économique anémique.

Face aux incertitudes, sur les marchés actions c’est "chacun pour soi et Dieu pour tous". Le Dax gagne 2,7%, le Nikkei 1,7%, le Shanghai composite 0,9%. En revanche, Paris termine dans le rouge, en repli de 2,24%, et sous la barre psychologique des 4 000 points. Tout comme le Dow qui perd 0,51% et le S&P500 0,78%.

De l’autre côté de la planète finance… en Chine, c’est la surchauffe. Economique, boursière et immobilière…

A tel point que la Chine frappe du poing sur la table, sa banque centrale se mettant à enfoncer la "pédale de frein" des liquidités sans retenue. Relèvement du taux de réserves obligatoires des banques de 50 points de base (à 14% pour les petites banques, 16% pour les grosses – ceci pour réduire leur capacité à faire des prêts). Relèvement du taux d’intérêt sur les bons du Trésor à trois mois et à un an.

La question qui est dans toutes les têtes aujourd’hui étant : à quand le relèvement du taux directeur et la fin de la politique monétaire ultra-laxiste…

Le problème dans tout ça ? Eh bien la Chine est le seul moteur économique que nous ayons sous la main actuellement, capable d’insuffler un peu de vigueur à l’économie mondiale moribonde. Alors si on se met refroidir ce moteur… 10 contre un que l’aversion au risque va finir par refaire surface et les marchés jouer à se faire peur.

L’euro reste toujours sous pression, du fait du manque d’homogénéité des Etats de la Zone euro ; et parce qu’il est le "dindon de la farce" des politiques monétaires chinoise, américaine, suisse, et japonaise…

Petit tour d’horizon de nos matières :

1. Energie : le pétrole dévisse et repasse sous les 78 $
Les mauvais chiffres économiques américains et la politique chinoise ont carrément coupé l’élan haussier des cours pétroliers. Il faut dire que la hausse récente du WTI (de 69 $ à presque 84 $) était loin d’être cohérente avec les fondamentaux du marché du brut.

Voilà donc notre WTI qui retombe à 78 $. Un repli de quelque 7% !

L’AIE vient de réviser une nouvelle fois ses anticipations de consommation de pétrole pour 2010 à la baisse. La hausse de la consommation ne devrait pas dépasser 1,4 million de barils par jour. Le ministère américain de l’Energie table sur une stabilisation de la demande en 2010, après une chute de 4,4% de la consommation l’an passé.

Face à une consommation faiblarde, la production de l’OPEP remonte ! Atteignant selon l’AIE un point haut depuis un an.

A tout cela il faut ajouter la vigueur du dollar (ou plutôt la faiblesse de l’euro).

Tout ceci pèse sur le brut qui repasse sous le seuil psychologique des 80 $ à New York.

Livraison février, le WTI se négociait en fin de journée vendredi à 78,30 $ sur le NYMEX (77,95 $ au moment où je vous écris) et le Brent à 77,4 $ sur l’ICE.

2. Métaux précieux : l’or se cherche mais le platine s’est trouvé !
Forte volatilité du cours de l’or cette semaine encore. L’once évolue entre 1 120 $ et 1 160 $. Et malgré un dollar qui se renforce, l’or réussit à se maintenir au-dessus du seuil psychologique des 1 130 $.

Notez que le dollar n’est plus la seule "monnaie refuge" ces derniers temps. Le franc suisse étant à nouveau plébiscité par les investisseurs.

La dernière étude du GFMS est très claire : c’est la demande des investisseurs qui détermine aujourd’hui le prix de l’or, alors que jusqu’à très récemment, c’était la demande physique des bijoutiers et des industriels. Une nouvelle ère en somme…

Le cabinet prédit une très forte volatilité du métal pour le semestre en cours, avec des variations pouvant aller de 1 000 $ à 1 200 $/1 300 $.

Concernant les facteurs de hausse de l’or, le GFMS est en phase avec nous sur toute la ligne : il y a non seulement la peur d’une rechute de l’économie, mais aussi l’envolée astronomique des déficits des Etats, ainsi que les politiques monétaires débridées des principales banques centrales de la planète (source de dépréciation monétaire et d’inflation à terme).

A plus court terme maintenant, la tendance reste incertaine. "Pour le moment, et d’un point de vue graphique, le rebond constaté au-dessus des 1 100 $ semble rester de nature corrective", selon L’Investisseur Or & Matières. "Aussi, la prudence reste de mise tant que les 1 170 $ ne sont pas dépassés. Une rechute sous les 1 075 $ est loin d’être impossible."

Vendredi, l’or se traitait autour de 1 130 $ sur le COMEX.

Cette semaine, l’argent est ponctuellement repassé au-dessus des 19 $, avant de terminer la semaine autour des 18,50 $. C’est surtout la demande industrielle qu’il faudra surveiller ici. Elle est attendue en hausse sur 2010, si l’économie ne rechute pas, bien entendu.

Carton plein pour le platine qui atteint les 1 627 $ (loin des 900 $ du début d’année 2009). La Chine, qui a annoncé avoir vendu 13,6 millions de voitures l’an passé (soit une hausse de 45% par rapport à 2008 !), est devenue le plus marché automobile le plus intéressant de la planète, avec des perspectives d’expansion impressionnantes. Je vous rappelle que le secteur automobile représente 65% des débouchés du platine et du palladium (présents dans les pots catalytiques).

Les platinoïdes sont également soutenus par la demande d’investissement américain, avec le lancement d’ETF platine et palladium dans ce pays.

Les cours terminent la semaine à 1 596 $ et à 450 $ l’once, respectivement pour le platine et le palladium.

Cours à
3 mois
Vendredi
08/01/2010
Vendredi
15/01/2010
Variation / semaine
 Aluminium* 2 284 2 306 0,96%
 Cuivre* 7 461 7 430 -0,42%
 Plomb* 2 532 2 435 -3,83%
 Nickel* 17 900 18 600 3,91%
 Etain 17 340 18 100 4,38%
 Zinc* 2 521 2 470 -2,02%
 Acier (Méditerranéen) 440 455 3,41%
 Or (spot) 1 128,00 1 128,70 0,06%
 Argent (spot) 18,36 18,41 0,27%
 Platine (spot) 1 562,50 1 596,50 2,18%

* cours en $ sur le LME à trois mois

3. Métaux de base : coupés dans leur élan par la Chine
La semaine avait pourtant bien commencé. Mais la fin de la récré a été rapidement sifflée par la volonté chinoise d’endiguer la surchauffe d’une part, et par les chiffes américains plus que mitigés, d’autre part.

Les métaux  –à l’exception du nickel et de l’étain — marquent une pause. Les investisseurs craignant un repli de la demande de métaux, notamment en provenance de la Chine qui tire littéralement à elle seule le marché.

Les importations de cuivre chinoises se sont inscrites en hausse de 67% en 2009 par rapport à 2008. Rien que sur décembre, les importations affichaient encore un bond de 27%. La Chine pourra-t-elle tenir ce rythme ?

Côté fondamentaux toujours, les producteurs de cuivre ont annoncé une hausse de leur production de cuivre sur 2009 par rapport à 2008 : +15% pour la Codelco et Rio Tinto. Expansion qui devrait d’ailleurs se poursuivre sur 2010 avec l’ouverture de nouvelles mines.

Parallèlement, les stocks de cuivre sur le LME gonflent. Ils atteignent un point haut de 10 mois sur le LME à 524 000 tonnes. Et gonflent de 2% à Shanghai à 100 600 tonnes.

Bref, sur le cuivre, sachant qu’on est revenu à des niveaux record, je prendrais à titre personnel partiellement mes bénéfices ; en attendant d’y voir plus clair.

L’étain sort du lot, avec des stocks en repli. Les industriels consommateurs d’étain re-stockent.

4. Soft commodities : blé, maïs et soja plombés par l’USDA
Cette semaine, l’USDA et la Chine ont "fait" le marché. Du côté de l’Amérique du Sud, je vous le disais la semaine dernière déjà, la météo reste favorable et les récoltes devraient être bonnes. A commencer par le soja.

La réaction chinoise quant à la volonté de ralentir son économie a jeté un froid sur les marchés. N’oubliez pas que la Chine est le plus gros importateur mondial de soja. Le pays importe également beaucoup de maïs. C’est un pays consommateur clé dans le petit landernau des produits agricoles.

Quant aux Etats-Unis, on a beau dire… le froid, la neige et le retard de la récolte n’y changeront rien. Le ministère de l’Agriculture américain, au travers de son rapport sur la production agricole, a annoncé anticiper une hausse de la production de maïs américain à 334 millions de tonnes. Ce qui est un record. Record qui a fait l’effet d’une douche froide sur les cours du maïs. Le stock américain de fin de saison passerait ainsi de 1,675 milliards de boisseaux à 1,764 milliards (stock to use ratio : 13%).

Un lot de consolation tout de même : au niveau mondial, le stock est attendu en repli à la fin de la saison, de 146 à 136 millions de tonnes.

Livraison mars, le maïs cotait vendredi en fin de journée 3,72 cents le boisseau sur le CBOT.

Le soja, qui s’en sortait jusqu’ici plutôt bien, n’a pas été épargné. Là aussi, la production est attendue en hausse, à 91,5 millions de tonnes — contre moins de 81 millions l’an passé. Le stock de fin de saison américain passant de 255 à 245 millions de boisseaux (stock to use ratio : 8%).

La Chine, de loin le plus gros acheteur de soja américain, a largement pesé sur les cours également.

Livraison mars, le soja cotait vendredi en fin de journée 9,73 cents le boisseau sur le CBOT.

Le blé est relativement épargné, la production américaine anticipée par l’USDA restant inchangée. En revanche, au niveau mondial, elle est réévaluée à 676 millions de tonnes. Le stock de fin de saison américain est révisé à la hausse, de 657 millions de boisseaux l’an dernier, à 976 millions de boisseaux cette année (stock to use ratio : 49%).

La dernière récolte a été exceptionnelle et les stocks sont pleins. Résultat, les prix sont bas, les agriculteurs ayant planté cette année bien moins de blé d’hiver qu’habituellement (-14% par rapport à 2008). Affaire à suivre…

Livraison mars, le blé cotait vendredi en fin de journée 5,10 cents le boisseau sur le CBOT.

Le cacao revient vers ses sommets, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les doutes planent toujours sur la production ivoirienne, alors que la demande de cacao en provenance de l’Europe est bien orientée (aurait-on besoin d’un petit "shoot" de magnésium par temps de morosité économique et sociale ? A croire que oui…)

Et puis, il y a toujours la spéculation qui vient se greffer sur les fondamentaux porteurs du marché du cacao, poussant les cours de plus bel à la hausse.

A Londres, le cacao livraison mars cotait vendredi au-dessus des 2 298 livres la tonne.

Le sucre, toujours porté par la baisse de production anticipée en Inde pour cause de sécheresse, reste non loin de ses plus hauts niveaux. Ven
dredi, son cours cotait autour des 27,50 cents la livre sur le NYBOT.

En ce moment, l’offre est inférieure à la demande ; le marché est déficitaire. Le prix restera donc élevé jusqu’à ce qu’on y voit plus clair sur la prochaine récolte (mi-2010) du plus gros producteur/exportateur de la planète : le Brésil.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.