Le dégonflement brutal de la bulle spéculative sur les matières premières a ramené, d’un coup, l’agriculture au-devant de la scène. Au plus fort de la flambée des cours, les organisations s’alarmaient face à l’imminence d’une crise alimentaire globale. Depuis lors, les marchés ont dévissé, entraînant dans leur sillage le cours des commodities…
Mais le retour de manivelle n’a pas vu son élan coupé pour autant. Dans une atmosphère de défiance, où les spéculateurs sont partout montrés du doigt, régulation économique et sécurité alimentaire deviennent des priorités gouvernementales.
Pour la moitié de la planète, le riz représente 50 à 75% des apports nutritionnels
Le cas du riz est exemplaire. Pour une moitié de la planète, le riz représente 50 à 75% des apports nutritionnels. Plus d’un milliard de personnes vivent avec moins d’un dollar par jour, dont 700 millions en Asie : dans ces foyers les plus pauvres, le riz accapare la moitié des revenus. Il est aussi une ressource vitale en Afrique — continent qui importe 30% des volumes mondiaux.
Quand on parle de sécurité alimentaire, le riz n’est jamais loin : cette céréale vitale a vu son prix se multiplier par trois au cours du premier trimestre 2008. La faute aux spéculateurs ? La page du riz cher est-elle tournée ? Les choses ne sont pas si simples : voyez plutôt.
Après la bulle, le krach
Cultivé par les hommes et négocié depuis plus de 6 000 ans, le riz est, à l’instar du blé, une céréale chargée d’histoire…
En janvier 2008, le prix à la tonne du riz thaï sur les marchés internationaux était de 393 $. À la fin du printemps, il atteignait les 1 015 $… C’est à ce moment-là que les questions de sécurité alimentaire ont resurgi avec force dans les discours politiques et en première page des journaux.
Les cours du riz suivaient en fait le boom général des matières premières : dès la fin 2007, les Etats producteurs (la Thaïlande et le Vietnam, notamment) avaient institué des barrières à l’exportation pour préserver leur marché domestique, nourrissant du même coup la hausse.
La détente est survenue non moins brutalement. Alors que les observateurs, au printemps encore, prédisaient des famines catastrophiques, la planète a découvert d’un coup qu’il y avait assez de riz pour tout le monde.
De 1 015 $ à 550 $
A l’été 2008, les premières estimations de la campagne rizicole indiquaient un accroissement de la production mondiale, avec d’abondantes récoltes de paddyen Thaïlande, le premier exportateur mondial ; Bangkok décidait du même coup de libérer pour l’export une partie de ses réserves stratégiques : conséquence, le prix de référence du riz thaï était retombé à 550 $ la tonne début novembre.
Comment expliquer cette flambée passagère ? Par des raisons à la fois structurelles et conjoncturelles. Je vais commencer par ces dernières.
Les facteurs conjoncturels se dégonflent…
Bien entendu, la spéculation sur le riz existe. Pourtant la spéculation apparaît davantage comme un symptôme des déséquilibres structurels que comme une cause.
Plus concrètement, le secteur a vu flamber ses coûts d’exploitation. Il y a eu la hausse du pétrole, essentiel entre autres pour le transport du riz. Il y a surtout eu, la hausse des engrais, que j’ai souvent évoquée dans Matières à Profits. L’urée est une composante vitale pour la rentabilité des rizières asiatiques. On estime qu’elle compte pour 10% dans le prix coûtant du paddy.
Il y a enfin une difficulté d’accès croissante aux ressources telles que la terre ou le fourrage.
Des facteurs écologiques et climatiques ont aussi contribué à relever les prix du paddy. La riziculture mondiale a connu depuis quelques mois son lot de cyclones et d’inondations catastrophiques ; sans compter que les parasites reviennent en force, ayant développé des résistances aux pesticides actuels.
Mais c’est surtout la décision des grands producteurs (Inde, Vietnam, Cambodge) d’instituer des barrières à l’export, en fin d’année dernière, qui a donné le coup d’accélérateur décisif et provoqué l’emballement des cours du riz.
Le dégonflement de la "bulle commos" a douché la surchauffe et, en levant d’un coup la plupart des facteurs conjoncturels, provoqué la glissade enregistrée cet automne.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Les fondamentaux du riz sont orientés à la hausse
Les cours du riz sont donc en passe de se stabiliser sur les marchés mondiaux… Et de revenir à leurs fondamentaux de long terme, une fois les exagérations spéculatives dissipées. Or ces fondamentaux sont orientés à la hausse.
Un mot rapide, tout d’abord, sur la structure de ce marché : 400 millions de tonnes par an en moyenne sont produites à 90% en Asie. A elles seules, la Chine et l’Inde cultivent plus de la moitié du riz de la planète.
La Thaïlande et le Vietnam font le prix
Le commerce international ne compte que pour 7% de la production mondiale (contre 19% pour le blé) : le reste alimente les marchés domestiques, sous le contrôle vigilant des gouvernements. Les grands pays exportateurs sont tout d’abord la Thaïlande, loin devant les autres, avec 7 millions de tonnes par an — soit 40% de sa production. Le Vietnam est le deuxième exportateur au monde, suivi par la Chine, l’Inde, le Pakistan et les Etats-Unis.
Ce groupe de producteurs exporte vers le reste du monde, répondant à des besoins très divers : en Occident, on en consomme moins de 10 kg par habitant en moyenne ; en Afrique et en Amérique du Sud, entre 40 et 60 kg par habitant ; et en Asie, 80 kg par habitant ou davantage. En bonne logique, les plus gros importateurs sont les Philippines et l’Indonésie.
L’aventure moderne du riz a été cruciale pour la diminution des famines, notamment en Asie. La production mondiale a triplé en l’espace d’un demi-siècle ; la rentabilité a connu des bonds prodigieux, notamment dans les années 70-80 – grâce aux progrès accomplis en matière de fertilisants, de pesticides, de sélection des variétés et de génétique. C’est ce qu’on a appelé, dans de nombreux pays comme l’Inde, la "révolution verte". Mais cette dynamique verte semble aujourd’hui se trouver au point mort.
L’offre est insuffisante, les stocks au plus bas
Premier constat, le monde consomme plus qu’il ne produit : et cette tendance se poursuit depuis bientôt une décennie. Les stocks mondiaux de riz sont à leur plus bas depuis les années 70.
Deuxième constat, les rendements stagnent — et ce
, alors que la pression démographique s’accentue. Ils progressent de moins d’1% depuis plusieurs années, alors qu’entre 1970-1990, la norme était à des gains de plus de 2% annuels. Pendant ce temps, les superficies ne progressent pas : +20% seulement depuis les années 60. La surface cultivée n’a quasiment pas changé depuis 1990.
Si bien que les enjeux climatiques et écologiques commencent à peser comme un paramètre tendanciel sur le marché mondial du riz. La population mondiale ne cesse de croître. Le réchauffement climatique est une source d’aléas croissants pour les cultures ; les pesticides actuels sont en fin de cycle ; les variétés existantes apparaissent de plus en plus exposées aux mutations des parasites. L’offre a du mal à répondre à la demande : attention, nous ne sommes pas encore en situation de pénurie, comme vient de le montrer la correction récente des cours. Mais la possibilité s’en rapproche.
Les cours sont proches de leur plancher
En 2007, le "pic des commos" a permis de mieux faire entendre le signal d’alarme que lançaient, depuis longtemps déjà, les spécialistes du secteur. On aurait tort d’oublier ce secteur, en s’imaginant qu’une fois la fièvre spéculative passée, le riz va redevenir une "commodité de base", disponible à volonté.
A court terme, maintenant, il me semble probable que les cours soient proches de leur plancher. Une raison fondamentale au moins milite en ce sens : avec un paddy autour de 500 $ la tonne, nombre de pays (d’Afrique, par exemple) qui s’étaient lancés dans la "production à tout prix" pour des raisons d’autosuffisance alimentaire, vont pouvoir revoir leur stratégie et rationaliser leurs cultures. Un sursaut des prix me semble proche : pour le long terme, c’est une autre histoire, qui échappe à notre perspective d’investisseurs particuliers. Mais il faudra surveiller les sociétés innovantes du secteur dans les années qui viennent.
La semaine prochaine, je vous dirai comment se positionner sur le riz, et nous essaierons de voir si c’est le bon moment pour entrer sur le marché. [NDLR : Pour en savoir plus sur les opportunités ultra-profitables de Sylvain Mathon, découvrez son portefeuille ! Sylvain a quantité de pépites à vous faire partager et notamment une qui profite déjà de la hausse des cours du riz : n'attendez pas pour en profiter vous aussi...]


