Le sacre de l’or physique

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Quelle rétrospective peut-on tirer de l’année 2008 pour le marché de l’or ?

C’est la question à laquelle s’efforce de répondre le dernier numéro de la revue Gold Demand Trends publiée le 18 février 2009 par le Conseil mondial de l’or, sur la base des données des consultants de GFMS.

Résultats ? Une offre qui se tasse toujours, mais moins, et une demande financière décidément très en forme. Surtout sur le Vieux Continent.

L’offre est à la peine, à commencer par les mines
Gold Demand Trends (GDT) rapporte que du côté de l’offre de métal jaune, le déclin se poursuit, même s’il ralentit : après -2,4% en 2007, l’offre a presque reculé de 1% en 2008 à 3 468 tonnes.

Première composante (70% de l’ensemble) : la production minière recule constamment depuis 2001. En 2008, elle a encore cédé 3% sur un an à 2 407 t, dont il faut encore retirer 363 t de rachats de couvertures d’un dehedging qui tire à sa fin.

L’Afrique du Sud et l’Australie ont dû faire face à des accidents, à un manque de main-d’oeuvre et d’énergie, et… à des filons fatigués. Avec les Etats-Unis et le Canada, ces deux pays sont, ou plutôt étaient, les Grands de l’or. C’est terminé : à eux quatre, ils ne concentrent plus que 32% de l’offre minière.

Gare au barycentre aurifère !
Eh oui, le centre de gravité de cette dernière se déplace. Par exemple, vers la Chine — premier mineur d’or au monde depuis 2007 –, la Russie ou l’Indonésie.

Moins stables, ces acteurs émergents sont aussi moins bien disposés vis-à-vis des compagnies minières, voire des clients occidentaux. Retenez ce point.

Contraste sur le marché de l’occasion
Sensible au prix et à la dureté des temps, la production d’or recyclé a progressé de 17% à 1 146 t l’an passé.

Toujours dans l’occasion, les reventes d’or des banques centrales se raréfient. L’an dernier, de septembre 2007 à septembre 2008, les grandes vendeuses que sont les banques centrales d’Europe n’ont pas atteint leur quota maximal de 500 t. D’habitude, elles y parvenaient toujours. Mais pas l’an dernier, où le produit de ces ventes s’est effondré à 279 t (-42,5%).

Néanmoins, d’autres banques centrales achètent de l’or, comme les Philippines, et des rumeurs récurrentes prêtent à la Banque centrale de Chine la même intention.

Côté demande : la bijouterie détrônée
La demande, elle, ne déprime pas : l’an dernier, elle a grimpé de 4% à 3 659 t, la hausse se concentrant sur les deux derniers trimestres. Imaginez qu’en 2000, elle était de 3 813 t et que la bijouterie en représentait 84% (3 200 t).

La donne a changé, au point qu’en 2008, la demande bijoutière n’est plus que de 2 138 t (-11% sur un an, et 58% seulement du total), son plus bas niveau depuis 1989.

En Italie ou au Royaume-Uni, elle s’est contractée d’environ 30% en un an, et même de 15% en Inde, le plus gros marché qui soit.

Depuis sept ans, la hausse des cours pesait sur la demande de bijouterie. La récession, qui n’épargne pas les pays émergents, a accéléré le mouvement.

L’investissement dans l’or en 2008 : presque 1 100 tonnes !
Si la principale composante de la demande d’or s’est effondrée et que le cours de l’or progresse, c’est qu’une autre composante a pris sa place. Ce n’est pas l’industrie, elle aussi pénalisée par les prix et la récession, mais l’appétit des investisseurs.

"La première source de croissance de la demande (…) est l’investissement", note GDT, soit 1 091 t en 2008 et plus de 64% sur un an. La ruée s’est accélérée au quatrième trimestre 2008 (+182%). Sur tout 2008, cette demande financière représentait 30% de la demande totale d’or, contre… 4,4% en 2000 !

En clair, sur le marché de l’or, l’investissement mène la danse et fait la tendance. Nous nous en doutions, mais une confirmation n’est jamais malvenue.

"Demande déduite" incluse
Si vous êtes observateur, vous aurez remarqué que notre demande d’or (3 659 t) excède l’offre (3 468 t) de 191 t. Ce déficit résulte d’un phénomène appelé "demande déduite" par le Conseil mondial de l’or, et composé des restes — "divers et inclassables" — planqués dans les tableaux Excel de GFMS.

Il s’agit surtout de la demande d’investissement résiduelle, et des positions spéculatives en produits dérivés qui furent liquidées massivement au troisième trimestre 2008 (-355 t !) par des opérateurs en mal de cash. Seul le troisième trimestre a été touché par des décaissements, mais si fortement que toute l’année en a souffert. Sans pour autant désorienter un marché de l’or décidément très absorbant !

Le sacre de l’or physique : 70% du total !
Si les spéculateurs ont vendu, quel est donc cet or si prisé des autres investisseurs ? Les ETF et assimilés, que vous connaissez bien car tout le monde vous en parle, ont ajouté 321,4 t de métal jaune l’an dernier (+27%). Il y a fort à parier qu’on vous en parle trop : ils ne pèsent que 30% de la demande financière.

L’an dernier, l’or physique a littéralement laissé sur place l’or papier : 70% de la demande d’investissement s’est d’abord portée sur des lingots (près de 380 t, +60%), puis sur ces pièces de première frappe (198 t, +44%), ainsi que des médailles et des produits d’occasion (193,3 t, +… 420% !). Cette dernière appellation recouvre les pièces et les lingots de seconde main, surtout aux Etats-Unis et en Europe. On y trouve sans aucun doute des napoléons bien français.

Et l’Europe est aux premières loges !
Ce n’est pas tout. Certes, en 2008, la demande d’investissement de détail a décollé de 71% au Vietnam (à 96 t), de 169% en Chine (à 69 t) et de 370% aux Etats-Unis (à 78 t).

Mais c’est l’Europe qui est en tête, et de très loin. "Des pénuries de lingots et de pièces ont été rapportées dans le monde entier",note Gold Demand Trends, "bien que la plus forte progression ait été enregistrée en Europe, où la demande de pièces et de lingots est passée de 9 t au quatrième trimestre 2007 à 113,7 t au quatrième trimestre 2008".De 2007 à 2008, la demande du Vieux Continent en pièces et en lingots est passée de 9,6 à 173,8 t, soit +1 710% !

Allemagne, Suisse et Autriche sont en tête. La France n’est pas loin : au troisième trimestre, comme nous
vous l’avions alors rapporté, l’Hexagone avait mis fin à plus de 20 ans de "déthésaurisation" aurifère. Cette tendance s’est poursuivie au dernier trimestre 2008.

En étiez-vous ?

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Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s'intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l'investissement. Il participe régulièrement à L'Edito Matières Premières & Devises.