Le secret de l’incroyable réussite allemande

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur la croissance fulgurante du PIB allemand au deuxième trimestre : +2,2%.

Soit +8,8% l’an en rythme annuel.

Du jamais vu pour une économie de l’OCDE. Un taux de croissance digne d’un pays émergent !

Le secret de cette réussite ? Le "Made in Germany" et la machine-outils…

Merci au business modèle allemand
▪ L’essentiel de la création de richesse vient des exportations (plus de 50% du PIB). Le "Made in Germany" fait vendre, encore et toujours… Les Allemands ont l’exportation dans le sang, croyez-moi.

Et le repli de l’euro contre le dollar depuis le printemps a permis au pays de regagner des parts de marchés en renforçant sa compétitivité. Les exportations s’envolent de 29% sur un an !

▪ Mais surtout, le secteur clé qui fait la force allemande est la machine-outils. Or la machine-outils est en quelque sorte la "colonne vertébrale" de l’activité manufacturière. Ces machines (fraiseuses, perceuses, foreuses, tours…) coupent, percent, travaillent, forment les métaux pour en faire des composants. Composants qui seront ensuite utilisés dans tous les équipements de tous les secteurs d’activités.

Un secteur très cyclique
Le secteur de la machine-outils est donc un gros fournisseur de l’industrie manufacturière mondiale.

La corrélation entre les deux est donc très forte :
▪ lorsque l’industrie manufacturière ralentit, la machine-outils est la première touchée ;
▪ mais quand l’activité redémarre, les constructeurs de machines-outils sont les premiers à en profiter.

Inutile de vous dire qu’en 2008, les ventes du secteur ont plongé : la chute des commandes a atteint 50% aux Etats-Unis, 66% au Japon, 59% à Taiwan…

Jamais cette industrie n’avait connu une claque aussi sévère.

Aujourd’hui, marche arrière toute !
Après une année 2009 catastrophique, la demande explose.

▪ Les distributeurs américains de machines-outils annonçaient des commandes en hausse de +49,5% en mars dernier aux Etats-Unis (par rapport à la même période N-1).

▪ L’association allemande des constructeurs de machines-outils renchérit : les commandes ont connu un bond de +71% sur les quatre premiers mois de l’année 2010. Et de +58% sur le premier semestre !

La force de rappel vient d’Asie
La demande vient essentiellement des pays émergents. "Gargantua chinois" en tête !

En 2006 par exemple, la part des exportations japonaises du secteur vers la Chine était 50% inférieure à celle des Etats-Unis. Au premier trimestre 2010, le Japon exportait deux fois plus de machines vers la Chine que vers les Etats-Unis !

Goulots d’étranglement et pénurie de composants
Selon le Wall Street Journal, l’offre serait incapable de répondre à la demande tant cette dernière est vigoureuse. D’où l’extension des délais de livraison, goulots d’étranglement obligent.

Alcatel-Lucent ou Ericsson disent avoir des problèmes pour trouver des composants, indispensables pour faire face à la demande de leurs propres clients. Il y a pénurie.

Trop de business
Les entreprises du secteur comme l’Américaine Harding sont submergées. Ses commandes sont en hausse de 75% au premier trimestre !

L’utilisation des capacités de production des constructeurs de machines-outils allemands s’envole et les portefeuilles sont remplis de commandes — jusqu’ à sept mois de commandes.

Un secteur à surveiller
Faire un tour du secteur pour voir où en sont les actions pourrait être une bonne idée. Probablement pas pour investir tout de suite : ralentissement économique en vue… mais pour se positionner une fois le repli avéré, afin de jouer la prochaine vague de hausse.

N’oubliez pas : le secteur est l’un des premiers à rebondir en cas de reprise, et à lâcher prise en cas de repli.

D’ici là, restez à l’écoute.

Et tenez l’euro à l’oeil. En effet, le secteur est fortement corrélé au cours de l’euro, aussi.

Isabelle Mouilleseaux

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
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