Le sucre : un trade prometteur, mais risqué

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Je termine aujourd’hui mon étude sur le sucre, après vous avoir longuement exposé ses fondamentaux et sa complexité dans mes deux précédents Editos.

Quel avenir pour le sucre ? Quelles sont les perspectives du marché ? Comment évolue le cours du sucre ? Est-ce le moment d’y investir ? Voici quelques éléments de réponse.

Un marché à deux vitesses
Si l’avenir à court terme est incertain, la tendance de fond ne laisse guère de doute : le protectionnisme ne disparaîtra pas entièrement sur le marché du sucre, mais il devrait se trouver contraint.

A ce jour, le libre-échange ne représente que 30% environ du marché mondial du sucre. C’est tout de même deux fois plus qu’il y a 20 ans… Et c’est un facteur de stabilité – relative — pour les prix.

La volatilité du marché est liée à son étroitesse
En effet, le problème de ce régime à deux vitesses, c’est qu’en deçà d’une masse critique qui permette d’amortir les facteurs exogènes, l’espace plus restreint du marché libre a tendance à amplifier le moindre événement, à commencer par un événement politique. Par exemple, une décision gouvernementale peut alors avoir des répercussions considérables.

La spéculation sur ce marché a toujours existé
C’est à ce jeu que jouent les spéculateurs depuis plus de deux siècles. Souvenez-vous que le prix de la livre de sucre est passé de 1,4 ct en 1966 à… 66,5 cts en 1974 ! Déclenché par une pénurie passagère, le phénomène s’est trouvé amplifié par une spéculation effrénée sur les marchés futures : un bon exemple d’une bulle sur les matières premières.

Des fondamentaux positifs
Selon les derniers chiffres du ministère américain de l’Agriculture (septembre 2008), les stocks de sucre aux Etats-Unis pour 2009 sont attendus à leur plus bas depuis 1944.

Concernant les récoltes à venir, l’impact des cyclones sur les cultures en Louisiane et à Cuba reste à évaluer. Un cabinet spécialisé, Kingsman, vient de publier des projections pour le marché du sucre en 2008/2009 : le déficit attendu de 3,8 Mt (millions de tonnes) y est relevé à 4,7 Mt.

Ce n’est pas énorme, mais cela semble indiquer une offre tendue face à une demande que l’on considère, sur ce marché, comme inélastique (c’est-à-dire résistante à la récession).

La récession impactera-t-elle le sucre ?
A moyen/long terme, je reconnais que ces arguments fondamentaux se tiennent ; pourtant, je ne suis pas sûr que le rebond soit pour tout de suite, car il faut compter avec le contexte exceptionnel que nous connaissons en ce moment.

D’une part, l’inélasticité de la demande a des limites : il me paraît assuré que celle-ci devrait tout de même se ressentir d’une récession mondiale. Dans ce cas, un déficit de quelques millions de tonnes n’offrirait pas un facteur de soutien suffisant.

Par ailleurs, le récent "boom du sucre" avait beaucoup à voir avec la demande croissante d’éthanol – un phénomène qui devrait s’essouffler étant donné la violente correction des cours du pétrole.

Un coup risqué, mais prometteur
En fait, il s’agit d’un marché complexe où les anticipations des opérateurs "jouent" avec la structure réelle de l’offre et de la demande ainsi qu’avec le contexte politique pour engendrer une volatilité significative. Au plan technique, nombre de commodities sont en ce moment en train de dessiner des retours sur leurs bottoms de 2003… Il s’agit d’un scénario qu’on ne peut pas exclure totalement pour le sucre.

Pour en avoir le coeur net, je me suis intéressé au produit de référence sur le marché "libre" du sucre : le contrat "Sugar #11", le plus traité dans le monde, surnommé le world sugar pour cette raison. Le numéro 11 cote à l’ICE depuis plus de 20 ans. C’est un contrat à terme portant sur un sucre de canne d’une polarisation minimum de 96%, qui peut provenir de 30 origines différentes (mais le Brésil s’y taille la part du lion), livrable dans un port du pays de récolte. Il se négocie par lots de 50 tonnes.

Le graphique ci-dessous représente l’évolution du numéro 11 depuis 2002 : chaque barre correspond à un mois de cotations.

Sucre en US</p>
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Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.