La semaine qui vient de s’écouler confirme très nettement la gravité de la situation ; les indicateurs montrent partout une contraction brutale de l’économie, tant aux Etats-Unis qu’en Europe.
Nous sombrons dans les profondeurs de la crise. Et contrairement à ce qui se passe habituellement, pas une seule zone géographique n’est épargnée, ce qui assombrit davantage encore les perspectives, plus un seul moteur n’étant opérationnel. Les Etats-Unis sont en récession depuis un an, l’Europe le sera l’année prochaine. Partout l’activité industrielle s’effondre. Même la Chine, dont la croissance ralentit fortement, nous a annoncé la semaine dernière un indice des directeurs d’achats (PMI) catastrophique. Cet indice donne la température du secteur manufacturier.
Face à l’ampleur du mouvement, les Chinois ont baissé leur taux d’intérêt de 1%, ont laissé se déprécier le yuan contre dollar et ont massivement diminué les réserves obligatoires des banques afin de soutenir le crédit et de relancer l’économie qui s’enlise.
L’aversion au risque revient en force. Il n’y a qu’à regarder la tendance du dollar contre le yen, véritable baromètre de cette aversion. La monnaie nippone reprend du poil de la bête, le dollar ne valant plus que 92,08 yens ! Le VIX regagne ses sommets et les primes de risque repartent à la hausse, les investisseurs trouvant refuge dans les obligations d’Etat américaines et allemandes dont les taux atteignent des planchers.
Les Banques centrales frappent fort. Très fort. La BCE a fait un geste historique en abaissant son taux de 75 points de base. La Banque de Suède les a baissé de 1,75% et la Banque d’Angleterre de 1%, ramenant ainsi son taux directeur à 2%. Du jamais vu depuis 1939 ! Normalement, les marchés auraient dû fortement rebondir. Il n’en a rien été. Le CAC a perdu plus de 8% sur la semaine. Les investisseurs en veulent plus encore.
Enfin, le coup de grâce est venu vendredi des Etats-Unis où les destructions d’emploi sont massives et en très forte hausse. 533 000 emplois détruits rien qu’en novembre ; 1,25 million depuis septembre ! On n’avait pas vu cela depuis 1974. La récession, qui a débuté il y a an, s’est à présent propagée à tous les secteurs de l’économie.
Quel calvaire pour le consommateur américain : il est surendetté, la valeur de ses actifs s’est effondrée et son taux d’épargne est quasi inexistant. Et voilà qu’on le met à la porte. Je persiste à croire que si la consommation américaine devait s’arrêter, la récession serait d’une violence inouïe.
Il est également de plus en plus probable que les classes moyennes connaissent des difficultés de remboursement sur leurs cartes de crédit. Si ce devait être le cas, nous aurions alors une réplique de ce que nous avons connu avec les subprime.
Inutile de vous dire que les matières premières se sont fortement repliées cette semaine, tant sont fortes les craintes d’une récession mondiale sévère.
1. Energie : le baril perd plus de 20% sur la semaine
Première victime : le baril de brut qui perd 20% dans la semaine ! Il a touché les 39,50 $ pour le Brent et est passé sous les 41 $ pour le WTI coté à New York. Le support des 50 $ n’est déjà plus qu’un lointain souvenir…
Il y a déjà deux mois, la Deutsche Bank avait annoncé qu’elle voyait revenir le prix du baril à 30 $. Merrill Lynch vise à présent les 25 $. Certains Elliottistes ont les 10 $ le baril en ligne de mire, comme en 1997.
Les 30 $ ne sont plus qu’à une encablure ; la probabilité de les toucher est réelle, notamment à la sortie de l’hiver. Et si nous devions les atteindre avant, nous pourrions aller en deçà des 30 $.
La demande mondiale décélère rapidement. Dans les pays de l’OCDE, elle recule déjà. On comptait sur les Emergents pour maintenir un semblant de demande, mais eux aussi sont bien plus fortement touchés par le ralentissement que l’on ne le pensait.
L’Agence internationale de l’énergie a une fois de plus révisé ses perspectives de demande mondiale à la baisse, tablant sur une progression de la demande de 200 000 barils par jour pour 2009 contre 1,5 million en juillet dernier.
Quant à l’offre, même si la Russie et l’OPEP devaient s’allier, je me demande franchement s’ils sont capables de réduire leurs quotas de production au même rythme que la demande décélère. Je suis sceptique…
En dépit des stocks de brut américains en hausse et d’un incendie dans l’une des grandes raffineries européennes, le prix du brut n’a pas cillé ! Il a continué de plonger.
2. Métaux précieux : repli généralisé des métaux précieux
Le cours de l’or est en fort repli cette semaine : il est repassé sous les 750 $ alors qu’il caracolait à 830 $ il y a quelques jours. Débandade économique, chute des cours du baril, faiblesse du dollar, à l’image de l’ensemble de la classe d’actifs, l’or est emporté par le tourbillon baissier. A court terme, les forces déflationnistes font pression sur l’once qui terminait la journée de vendredi à 749 $ à Londres. Ce matin, elle revient à 774 $.
Le cours de l’argent a suivi le mouvement de l’or en repassant sous les 10 $. La demande industrielle et de la bijouterie sont en repli, ce qui devrait faire grimper les stocks. L’argent terminait la journée de vendredi à 9,46 $ l’once.
Le platine et le palladium repartent à la baisse devant les ventes en chute libre du secteur automobile et ses très sombres perspectives. Même l’association des constructeurs automobiles chinois a annoncé une baisse de 10% des ventes automobiles sur novembre par rapport à la même période N-1.
A Londres, vendredi, l’once de platine a terminé la séance à 788 $ et celle de palladium à 164 $.
| Cours à 3 mois |
Vendredi 28/11/2008 |
Vendredi 5/12/2008 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 772 | 1 490 | -15,91% |
| Cuivre* | 3 620 | 3 077 | -15,00% |
| Plomb* | 1 103 | 928 | -15,87% |
| Nickel* | 10 200 | 9 175 | -10,05% |
| Etain | 12 300 | 11 475 | -6,71% |
| Zinc* | 1 210 | 1 100 | -9,09% |
| Acier (Méditerranéen) | 290 | 310 | 6,90% |
| Or (spot) | 819,20 | 749,00 | -8,57% |
| Argent (spot) | 10,34 | 9,46 | -8,51% |
| Platine (spot) | 881,00 | 788,00 | -10,56% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : rechute violente
Semaine noire pour nos métaux. Le cuivre et l’aluminium sombrent vers des plus bas jamais atteints depuis cinq ans devant les perspectives économiques mondiales qui virent de plus en plus du gris foncé au noir encre de Chine.
Il faut que je vous le dise franchement : jamais je n’aurai pensé que les prix pouvaient descendre aussi bas. A commencer par celui du brut qui est passé sous les 40 $.
Partout la production s’arrête, les mines ferment, les hauts-fourneaux tournent au ralenti. Rien y fait. Les prix continuent de plonger. Le coup de massue qui assomme une nouvelle fois les matières vient cette fois-ci de la Chine. Les investisseurs prennent enfin pleinement conscience de la très précaire situation économique de l’Empire du Milieu. Lui aussi s’embourbe et ne sera pas épargné. La dernière planche de salut des matières vacille…
Le cuivre s’est effondré à l’annonce des chiffres de l’emploi américain. Les indicateurs économiques passe au rouge vif, dans l’industrie, le secteur manufacturier, l’immobilier et dans toutes les zones économiques mondiales. Tous les débouchés du métal rouge sont atteints.
Freeport-McMoRan et Vale ont annoncé réduire encore davantage leur production.
L’aluminium rechute lui aussi gravement. Son prix descend jusqu’à 1 491 $, alors même que les stocks reviennent à leur niveau le plus élevé depuis 14 ans. Il faudra des mois et des mois pour l’écouler. Nous sommes en totale surcapacité.
Face à un stock en hausse sur le LME, le plomb est passé sous la barre symbolique des 1 000 $ la tonne vendredi, un plus bas depuis 2006.
Le nickel revient vers ses plus bas niveaux de cinq ans. L’annonce de nouvelles baisses de production par Vale et Xtrata permettra d’éviter la constitution de stocks trop importants, ce qui est une bonne nouvelle.
4. Soft commodities : retour vers les plus bas
Aucune nouvelle fondamentale positive n’est venue supporter le cours de nos céréales, qui rechutent vers leurs plus bas niveaux. Les sombres perspectives économiques font craindre une baisse de la demande. Le repli des exportations américaines de céréales et d’oléagineux ne font qu’enfoncer le clou.
Le facteur psychologique et la spéculation expliquent en grande partie les variations de la semaine. C’est surtout le soja qui a été touché par le sentiment baissier global, son cours revenant à 7,80 $ le boisseau, livraison janvier sur le Cbot.
Le maïs a souffert des anticipations canadiennes de récoltes revues à la hausse, ainsi que de la chute des cours du brut auquel il est corrélé, éthanol interposé. Livraison mars, le boisseau de maïs s’échangeait vendredi à 3,06 $ sur le Cbot.
Même scénario pour le blé. La production canadienne de blé est revue à la hausse pour 2008/2009 à 28,61 millions de tonnes, contre 27,26 précédemment. En Australie, également, on s’attend à une récolte encore meilleure que prévue. Livraison mars, le boisseau cotait vendredi 4,73 $ sur le Cbot.


