Les banques chinoises à l’assaut des marchés occidentaux

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Ces dernières années, la Chine a fait le plein de matières premières. Pétrole, gaz, minerais…tout y est passé. L’Afrique a été son principal terrain de jeu.

Aujourd’hui, Pékin amorce un nouveau virage.

La Chine regarde vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle vient d’envoyer ses meilleurs éclaireurs : ses banques.

Elles viennent de poser le pied à Paris, Madrid ou encore Los Angeles.

En s’implantant à l’étranger, ces banques vont servir de plate-forme aux investissements chinois.

Pour nous, l’opportunité est majeure. Désormais, nous avons un accès direct au marché chinois. Et au premier d’entre eux, le marché monétaire…

L’arme secrète de la Chine
La Chine-Afrique… un mot qui en dit long.

Dans sa stratégie de “captation des matières premières” en Afrique, la Chine avait une arme secrète : ses banques.

En 2008, la plus grande banque chinoise de prêts, l’Industrial & Commercial Bank of China (ICBC), est arrivée en Afrique du Sud. Elle a investi 5,5 milliards de dollars pour acquérir 20% de la banque sud-africaine Standard Bank. Celle-ci était la plus grande institution prêteuse du continent.

Les deux banques ont ainsi formé des dizaines de joint ventures, et accordées de multiples prêts sur tout le continent.

Ce précédent servira de modèle pour le prochain rapprochement entre les banques occidentales et chinoises.

Désormais, la Chine veut faire son marché dans les pays développés
Ivre de matières premières, la Chine veut passer au stade suivant : les marchés développés.

C’est la course aux matières premières qui a poussé les premiers groupes chinois à s’internationaliser. Les énergéticiens comme CNOOC sont ainsi devenus des champions de taille internationale.

Aujourd’hui, la Chine monte en gamme, ce qui accroît ses besoins. Toutes les compagnies chinoises sont donc prêtes à investir sur nos marchés.

La Chine mise sur la croissance de l’Europe…
Pékin a commencé à dévoiler ses centres d’intérêt. Draka, Volvo ou le port du Pirée en savent quelque chose. Et le mouvement ne fait que commencer…

Ne vous laissez pas aveugler par le pessimisme ambiant, la Chine croit en l’Europe. Car :
▪ Le continent européen est son premier partenaire commercial.
▪ L’Europe paraît plus rigoureuse que les Etats-Unis. Par exemple, Pékin apprécie le scepticisme européen devant le QE2 américain…

La stratégie chinoise, en deux temps
Mais pour que les groupes chinois déferlent sur l’Europe, leur financement doit être assuré. Les banques se préparent donc déjà à l’assaut.

Voici la stratégie chinoise :
Phase I : implanter localement ses banques.
Phase II : envoyer ses entreprises s’implanter localement à leur tour, grâce aux financements rendus possibles par les banques chinoises déjà en place.

La vague I commence à déferler, au moment même où les banques européennes ont besoin d’argent !
Une véritable aubaine pour les Chinois : leurs banques ont actuellement une fenêtre de tir idéale pour s’implanter en Europe. De nombreuses banques européennes sont en difficulté. Pékin pourrait choisir d”’aider” ces banques.

L’opportunité est d’autant plus grande que les banques européennes ne bougeront pas. Elles ont trop besoin de rassurer les marchés et de se rassurer sur leur solidité.

Du coup, la Chine occupe le terrain. Et la voie est libre. La banque ICBC vient d’ouvrir des représentations à Paris, Bruxelles, Amsterdam, Milan et à Madrid.

Mais Pékin pourrait aller plus loin encore…

La Chine pourrait carrément mettre la main sur certaines banques européennes
Les Chinois s’intéressent de près au mouvement de consolidation bancaire européen. La banque West LB serait dans l’optique de Pékin.

De même, la Chine pourrait profiter de la prochaine privatisation des banques anglaises Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking.

Les Chinois avancent avec précaution
Ils savent qu’ils marchent sur des oeufs.

Les Chinois sont terrorisés à l’idée de reproduire l’affaire Unocal. En 2005, la Chine avait voulu racheter un énergéticien américain. Le Congrès américain avait alors bloqué l’opération, dénonçant une menace contre la souveraineté du pays.

Mais les mentalités ont évolué. Les Européens et les Américains voient d’un meilleur oeil l’arrivée des investisseurs chinois. Désormais, la Chine ose même racheter des banques américaines.

Les banques chinoises s’installent également aux Etats-Unis
Le leader ICBC a mis la main en janvier sur 80% des parts de la banque américaine Bank of East Asia. ICBC rejoint donc Bank of China, déjà bien implantée dans le pays.

Comme en Europe, le contrôle de Bank of East Asia est stratégique. Il servira avant tout de tête de pont pour les entreprises chinoises voulant s’implanter aux Etats-Unis.

Le yuan, bientôt disponible dans les meilleurs banques
Ces mouvements dissimulent une ambition bien plus importante : l’internationalisation de la monnaie chinoise.

Pékin a clairement montré des signes forts allant dans cette direction. En 2010, une première étape a été franchie avec la régionalisation du yuan, au sein de l’ASEAN.

Depuis janvier, on est rentré dans la deuxième étape. Désormais, Bank of China permet d’ouvrir un compte en yuan aux Etats-Unis.

On est ici face à l’enjeu majeur des années à venir : l’internationalisation du yuan.

ICBC et Bank of China seront en première ligne lorsque Pékin décidera d’ouvrir les vannes monétaires.

En attendant, nous guettons attentivement les prochains mouvements de la Banque centrale chinoise.

D’ici là, surveillez les banques chinoises !

Florent Detroy, pour l’Edito Matières Premières & Devises

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Florent Detroy

Florent Detroy est diplomé de Science Po Grenoble, où il s'est spécialisé sur les problématiques énergétiques et les transformations de l'espace post-soviétique.

Sa spécialité, ce sont les matières premières et en particulier dans le secteur de l'énergie.

Cela fait des années qu'il réalise des veilles stratégiques pour orienter les entreprises françaises à se développer dans des pays riches en matières premières...

Florent Detroy a une connaissance de l'ensemble de la chaine industrielle, de la prospection à la commercialisation – ce qui en fait un conseiller très précieux.

Après avoir travaillé dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities... il est parti à la découverte des plaines inhospitalières d'Asie Centrale et de leurs fabuleuses ressources minières et énergétiques...

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits.

Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites lui confiance.