Les choses se gâtent…

| |

L’inflation grimpe toujours. Les prix à la production en Chine s’envolent de 6,6% et les prix à la consommation atteignent 8,7% en février — contre 7,1% en janvier. La création monétaire chinoise galope à 18,9% !!

Même constat dans la zone euro : l’inflation grimpe, lentement… mais sûrement.

Zola au XIXème siècle ? Non, l’Amérique du XXIème siècle…
Autre gros souci : l’indice de confiance des consommateurs américains est au plus bas depuis 16 ans ! Or depuis huit mois, je vous le dis : le consommateur est le rouage clé de l’économie américaine. S’il s’écroule, tout s’écroule. Au risque de me répéter : les nuages s’amoncèlent méchamment au-dessus de sa tête.

Il est endetté jusqu’au cou, son patrimoine immobilier — et maintenant boursier — s’envole, certes… mais en fumée !! Les destructions d’emplois se multiplient, ce qui le rend anxieux au possible. Bien sûr, je vous rappelle qu’il n’a aucune épargne "au cas où" ! Ce n’est pas le genre de la maison…

Mon fils qui est au CE2 me récite actuellement "La cigale et la fourmi" ; le consommateur US est clairement cigale alors que nous sommes plutôt fourmi !

Enfin, les remboursements d’emprunts le prennent à la gorge et les saisies immobilières vont bon train…

Et maintenant arrive le coup de grâce : c’est lui qui va payer les pots cassés de la crise financière qui s’annonce meurtrière… De sa petite poche, depuis longtemps trouée et vide…

Pourquoi ? Parce que la Fed est exsangue. J’y reviendrai…

Et les affaires Bear Sterns et Carlyle ne font qu’enfoncer le clou. A quand Lehman Brothers et Goldman Sachs ? Le premier pourrait perdre jusqu’à 30% aujourd’hui…

Le CAC perd à l’instant 3,5%. New York va ouvrir en forte baisse. Faites vos jeux…

Une bonne nouvelle tout de même : elle vient de Chine ! — du moins, je l’espère…
Les ventes au détail en février sont en hausse de 20%. C’est du jamais vu depuis 9 ans ; très impressionnant. La demande interne va-t-elle pouvoir effectivement se substituer à la demande externe qui diminue rapidement ? J’espère que ce chiffre ne reflète pas une ruée des Chinois dans les magasins pour constituer chez eux des stocks de nourriture et tenir face à la "tempête de neige" du siècle — à laquelle ils ont été confrontés le mois dernier…

Si cela devait être le cas, ce serait très ennuyeux car le seul moteur qui peut encore atténuer l’onde de choc de la crise qui fonce sur nous est le moteur chinois. Attendons de voir…

Energie : la flambée se poursuivra aussi longtemps que le dollar chutera
Inutile de vous le rappeler, on ne parle que de lui, partout, tous les jours : le brut s’envole. Le light sweet crude oil franchissant les 111 $ le baril et le Brent les 108 $. Je ne compte plus les records, ils sont quotidiens.

La corrélation négative du pétrole au dollar est parfaite. Superposez les graphiques du pétrole et de la parité euro/dollar, vous verrez, c’est impressionnant. Le pétrole continuera de grimper tant que le dollar chutera. Cela ne fait aucun doute.

Heureusement notre facture énergétique est en euros et non en dollars. Ayez une pensée pour nos amis Américains et leurs 4×4 et autres pickup… L’envolée des prix des matières et l’inflation (de 4,5%) réduit d’autant leur pouvoir d’achat, au moment même ou leur patrimoine s’écroule. C’est angoissant… surtout quand on sait que 70% de la croissance US vient de la consommation…

Métaux précieux : l’or au-dessus des 1 000 $ l’once
L’or a franchi les 1 000 $. Pourquoi ?

Le dollar continue de plonger, touchant 1,59 contre un euro ! Le pétrole flambe, entraînant avec lui des risques de récession et surtout d’inflation. La flambée des matières premières va dans le même sens…

La Fed vient de baisser cette nuit son taux directeur et va récidiver certainement demain.

Enfin, l’écroulement du fond coté de Carlyle et de Bear Sterns a permis à l’once de faire voler en éclats le seuil des 1 000 $.

Jamais l’or, dans ces conditions, n’a été aussi prisé : assurance tous risques, protection contre l’inflation, havre de paix… les capitaux affluent sans cesse vers lui. Un magnétisme de plus en plus puissant ; l’anxiété est à son comble sur les marchés et l’or n’a pas fini d’en profiter !

Et pour couronner le tout, l’Afrique du Sud, gros producteur mondial d’or, vient d’annoncer un recul de 7,4% de sa production d’or en 2007. Les teneurs s’affaiblissant… inexorablement.

L’argent a suivi l’or dans son sillage.

Le palladium et le platine, après avoir décroché (enfin !) en début de semaine, ont été soutenus par Eskom, qui a annoncé que les coupures électriques allaient se poursuivre, par roulement, dans les prochains mois.

Comme anticipé, la production effective de platine a fortement chuté en janvier, suite aux coupures électriques. La chute atteint effectivement 16% par rapport au niveau atteint à la même période l’an passé.

Toutefois, le bémol est venu de l’indice de confiance des consommateurs américains, dont je vous parlais à l’instant. Les investisseurs craignent une baisse de la demande automobile outre-Atlantique, ainsi que de la demande en bijouterie. Voilà qui pourrait venir freiner la demande de platine et palladium…

Contrairement à l’or, toute nouvelle inquiétante pour l’économie américaine affectera les cours du palladium et du platine.

Cours à
3 mois

Vendredi
7 mars 2008

Vendredi
14 mars 2008

Variation / semaine
 Aluminium* 3 227 3 088 -4,31%
 Cuivre* 8 545 8 360 -2,17%
 Plomb* 3 090 3 085 -0,16%
 Nickel* 33 350 32 550 -2,40%
 Etain 19 200 20 600 7,29%
 Zinc* 2 650 2 600 -1,89%
 Acier (Méditerranéen) 810 848 4,69%
 Or (spot) 972,77 999,68 2,77%
 Argent (spot) 20,19 20,63 2,18%
 Platine (spot) 2 036,50 2 071,50 1,72%

* cours en $ sur le LME à trois mois

Métaux de base : la spéculation perd son souffle
Concernant les métaux de base : les cours restent très élevés, largement soutenus par les spéculations, au moment même où les Etats-Unis — gros consommateur de métaux — entrent en récession. Où est la logique ? Ne me le demandez pas… je ne la vois pas !

La Chine, qui a mis le feu aux poudres en février dernier ; la tempête ayant massivement fait reculer la production de métaux : la production de cuivre a reculé de 15%, l’aluminium est un peu moins touché avec un recul de 12%. En revanche, le zinc a vu sa production reculer de 25%, le plomb de 39% et l’étain de 26%.

Mais la crise est passée, et il faudrait maintenant ouvrir les yeux et envisager le tsunami qui arrive au loin…

Le cuivre pâtit de la baisse de la demande chinoise, dont les importations ont chuté de 5,2% en février.

Toutefois, le recul du cuivre est resté léger, du fait des grèves en Amérique latine dans les mines de cuivre qui perturbent l’offre et surtout du fait d’une nouvelle baisse du stock sur le LME.

Le cours du cuivre me parait donc très élevé…

Le plomb a cassé sa moyenne mobile à 200 jours, ce qui est un signal baissier — attention…

Le zinc a souffert de la hausse des stocks — aussi bien sur le LME qu’à la bourse de Shanghai.

Le nickel est toujours soutenu par la grève colombienne dans l’énorme mine de Cerro Matoso (BHP Billiton) — 22 jours que cela dure ! Je vous rappelle que c’est l’une des plus grandes mines de nickel au monde. Voilà pour les facteurs techniques.

Fondamentalement, je reste négative sur le nickel. D’ailleurs, la production de nickel a très largement dépassé la demande le mois dernier. Or les stocks sont déjà élevés, nous restons donc dans un marché excédentaire.

Le cours atteint actuellement par le nickel défie les lois de la gravitation… La spéculation reste aux commandes.

L’étain a enregistré un nouveau record absolu, touchant les 20 700 $ la tonne et franchissant pour la première fois de son histoire les 20 000 $.

L’offre est très étroite : les exportations indonésiennes ont chuté de 25% en février ! Le tout alors même que les marchés des métaux sont en ébullition. Et les autres gros producteurs (notamment Chine et Congo) ont du mal à suivre en termes de production. Or les stocks sont au plus bas depuis juin dernier (en recul de 35% depuis août !). Le marché va probablement être déficitaire cette année…

De tous les métaux de base, l’étain est celui qui est de loin le plus solide en terme de fondamentaux. Mais 20 700 $ ! Les spéculateurs n’y vont pas de main morte…

L’aluminium marque enfin une pause ! Il était temps… Car l’aluminium a gagné 30% depuis mi-janvier, du fait des perturbations en Chine et en Afrique du Sud qui ont entraîné une baisse des stocks. Les choses vont mieux. Le stock se regonfle et les spéculateurs se dégonflent…

Le contrat future sur acier gagne plus de 4% sur la semaine, alors que Vale (ex CVRD) avait réussi à imposer une hausse du prix du fer de 65% à ses clients (aciéristes) ; Rio Tinto, deuxième plus gros producteur après Vale, vise une hausse de 71% et plus !

Céréales : une pause salutaire, imposée par la Chine
Les céréales US ont fortement décroché mardi dernier de leurs plus hauts niveaux. Le "coup de vent" est venu de la Chine qui a annulé de très grosses commandes, notamment de soja.

Et comme toujours, la confusion a porté sur les chiffres. N’oubliez jamais qu’il ne faut pas se fier aux chiffres chinois ! Prenez-les toujours avec des pincettes…

Pour l’heure, les investisseurs se battent avec les chiffres des stocks ! A priori, il semblerait que le stock de soja chinois soit plus élevé que ce que l’on pensait…

Depuis mercredi, les cours se stabilisent. Le soja est revenu à 13,52 $ le boisseau, le blé à 11,84 $ et le maïs à 5,59 $. Une pause salutaire…

Author Image for Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.