Alors que la semaine précédente, les investisseurs voyaient tout en noir, allant même jusqu’à réclamer un nouveau plan de relance massif aux Etats-Unis au risque de ne jamais se sortir de cette crise infernale ; cette semaine, tout va bien dans le meilleur des monde.
Et ce n’est pas l’ombre de la financière américaine CIT, avec ses gros problèmes de liquidité, qui réussira à introduire le moindre doute dans l’esprit des investisseurs. Rose, c’est rose.
Ni même le fort repli des ventes de Sony Ericsson, où la chute de 72% des bénéfices de Nokia… où encore de 50% de ceux de General Electric. Quant à la dégradation des marchés du crédit immobilier et à la consommation aux Etats-Unis, personne ne l’a relevée. Pourtant, et au risque de me répéter, la reprise de la consommation américaine est indispensable à toute sortie de crise. Sans elle, point de salut.
Ainsi, nous avons vécu cinq séances consécutives de hausse. Des hausses d’une proportion incroyable. Pour ne pas dire tout à fait hors norme ! En moyenne, les grands indices gagnent entre 8% et 9% sur la semaine. Eradiquant en une semaine les pertes réalisées sur quelque cinq dernières semaines. Impressionnant.
Il faut dire que nous n’assistons pas tous les jours à un short squeeze de cette taille. A savoir, un rachat panique de leurs positions short par les investisseurs. Or ces positions étaient aussi nombreuses que massives. A l’origine ? L’annonce des résultats étonnamment bons de Goldman Sachs.
Inutile de vous dire que la banque est certainement le grand gagnant de ce mouvement de panique…
1. Energie : le cours du pétrole repasse au-dessus des 65 $
Le Brent revient sur la semaine de 59,52 $ lundi (son point bas) à 65,92 $ vendredi en cours de séance. Plus de 10% de hausse sur la semaine. La volatilité reste de mise.
En faite, les cours du pétrole ont été tirés :
- par le fort rebond des indices boursiers. Les investisseurs croient à nouveau au retour de la croissance économique pour bientôt. Pour l’instant…
- par l’affaiblissement du dollar. Aujourd’hui, l’euro/dollar revient de 1,39 à 1,42. L’appétit pour les investissements risqués et l’optimisme revenant au goût du jour, la valeur refuge qu’est le billet vert est délaissée.
- par l’annonce de la croissance chinoise au second trimestre 2009 qui ressort à 7,9% l’an. Les estimations les plus optimistes ont ainsi été battues. Merci aux plans de relance ! La croissance du PIB avait pourtant chuté à 6,1% au premier trimestre. Belle reprise. Mais n’oubliez pas que la Chine est un des gros consommateurs de pétrole.
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- enfin, le niveau des stocks de brut américain est en repli sur la semaine, ce qui soutient le cours.
Cela dit, les stocks sont extrêmement élevés et la consommation de pétrole américain reste franchement faible. Malgré la période estivale. Selon l’Institut américain du pétrole, la demande de pétrole sur le premier semestre 2009 a reculé de 5,8%.
Livraison août, le WTI affichait vendredi en fin de journée 63,77 $ sur le NYMEX à New York et le Brent 65,77 $ sur l’ICE londonien, livraison septembre.
2. Métaux précieux : l’or repasse au-dessus des 950 $
Cette semaine, très beau rebond de l’or. On aurait pu croire que l’aversion au risque s’atténuant, l’or "valeur refuge" serait moins recherché. Eh bien pas du tout ! L’or, qui était dans une passe difficile, nous surprend.
Ce beau rebond nous le devons à l’affaiblissement du dollar.
Mais, il y a aussi cette perte progressive de confiance dans les actifs financiers américains. Non seulement les investisseurs étrangers abandonnent massivement les Treasuries pour revenir sur les actions. Mais en plus, ils abandonnent les obligations de long terme au profit d’obligations à échéance courte. Quand on connaît les besoins de financement du Trésor américain, il y a de quoi avoir froid dans le dos.
Enfin, le fort rebond du cours du brut, considéré comme "inflationniste" à terme, donne aussi des ailes à l’or.
Comme nous le dit Simone Wapler dans L’investisseur Or & Matières :
"L’or a failli descendre sous les 900 $. Failli… Car finalement, à chaque fois que les grands prêtres de l’analyse technique annoncent LA consolidation, celle-ci ne vient finalement pas. Que se passe-t-il donc ?…
D’un côté : "A minima, c’est 15 milliards de dollars par jour ouvrable, que le gouvernement américain devra trouver sur le marché et ce, jusqu’à la fin de l’année. Qui va financer un tel déficit budgétaire ? Depuis 2001, le stock de bons du Trésor détenu par les non-résidents est passé de 1 000 milliards de dollars à 3 300 Mds$… Si les investisseurs étrangers font défaut, il ne restera plus que la Fed pour sauver le système et pour elle, la faiblesse du dollar… n’est pas un problème".
De l’autre "la Chine craint une dévaluation du dollar. Elle veut diversifier ses réserves de change… Le marché de l’or seul est trop étroit pour être la seule alternative. Mais il n’y a presqu’aucune alternative sans les métaux précieux. Si la Chine augmentait sa part d’or de 5%, cela ferait plus de 3 000 tonnes et le prix de l’or monterait énormément".
"Voilà pourquoi, peut-être, l’or défie l’analyse technique"…
En attendant, l’or revient ce matin au-dessus des 950 $, à 952 $ au moment où je vous écris. [NDLR : Découvrez les stratégies hebdomadaires de Simone Wapler dans son Investisseur Or & Matières – c'est le meilleur moyen de faire profiter votre portefeuille de l'envolée historique des cours de l'or : pour en savoir plus...]
L’argent a suivi l’or dans son rebond, tout comme les platinoïdes, également tirés par le rebond de 2,4% des ventes automobiles neuves sur juin en Europe. Vivre la prime à la casse ! Reste à savoir pour combien de temps…
| Cours à 3 mois |
Vendredi 10/07/2009 |
Vendredi 17/07/2009 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 561 | 1 601 | 2,56% |
| Cuivre* | 4 895 | 4 980 | 1,74% |
| Plomb* | 1 555 | 1 710 | 9,97% |
| Nickel* | 14 730 | 16 205 | 10,01% |
| Etain | 14 370 | 14 400 | 0,21% |
| Zinc* | 1 440 | 1 551 | 7,71% |
| Acier (Méditerranéen) | 373 | 385 | 3,22% |
| Or (spot) | 920,90 | 932,30 | 1,24% |
| Argent (spot) | 12,78 | 13,42 | 5,01% |
| Platine (spot) | 1 117,00 | 1 188,50 | 6,40% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : reprise technique
Mêmes causes, mêmes conséquences.
La reprise de l’activité en Chine, le rebond des indices, la hausse du brut et l’affaiblissement du dollar redonnent des couleurs aux cours des métaux de base qui n’en finissaient plus de baisser depuis deux semaines.
Tout le terrain perdu la semaine précédente a été récupéré cette semaine. Ca "swingue" sur les matières !
La Chine reste au coeur de la problématique. Sa croissance repart (+7,9% sur le dernier trimestre en rythme annuel) ce qui dope nos métaux puisque le pays est le premier consommateur de matières de la planète, et de loin. Mais toute la question est de savoir si la Chine va mettre un terme à ses achats stratégiques de matières ? Achats qui expliquent l’essentiel du rebond des métaux enregistré depuis mars dernier. L’épée de Damoclès pend au-dessus de nos têtes…
Etant donné l’optimisme ambiant, le cuivre est repassé largement au-dessus des 5 000 $ la tonne sur le LME.
Selon l’International Nickel Study Group, la consommation de nickel a augmenté en mai par rapport à avril, alors que la production minière est restée stable, et en repli de 22% par rapport à son niveau à la même période l’an passé. Les investisseurs ont apprécié l’écart…
Même constat pour le zinc : selon WBMS, la demande s’est accrue de plus de 6% sur mai alors que l’offre n’augmentait que de 1,8% sur la période. Ce qui pourrait faire basculer le marché du zinc dans le déficit.
4. Soft commodities : les grains ont évolué en ordre dispersé
Alors que le blé était porté par la hausse du cours du brut et la faiblesse du dollar, le maïs et le soja ont accusé le coup avec un fort repli en milieu de semaine.
Concernant le blé, les pressions à la baisse sur les cours sont habituelles juste avant la moisson. En effet, l’offre arrive massivement sur le marché en cette période. Question de saisonnalité….
Et lorsque la moisson se termine — ce qui est actuellement le cas –, nous assistons bien souvent à un rebond technique des cours. C’était prévisible… les investisseurs l’ont fait.
Livraison décembre, le blé terminait la semaine à 5,69 $ le boisseau sur le CBOT.
Le maïs subit les conséquences d’une météo optimale sur le Midwest américain. Rendements maximum assurés à ce rythme ! Température douce, pluies légères, rien de mieux pour assurer une bonne pollinisation.
A cela s’ajoute les craintes de baisse de la demande de maïs des éleveurs, demande qui pourrait faire défaut. Voilà qui enfonce un peu plus encore les cours du maïs, qui se sont tout de même légèrement repris en fin de semaine.
Livraison décembre, le maïs chutait jusqu’à 3,26 $ le boisseau sur le CBOT mercredi, avant de revenir à 3,48 $ en fin de semaine.
Côté soja, la météo favorable est elle aussi la cause du repli constaté. Mais pas seulement. On s’inquiète du repli des importations chinoises de soja qui avaient largement dopé le cours ces dernières semaines.
Pire : certains pensent que les Chinois ont stocké trop de soja et pourraient se mettre à en vendre à présent ! Les pouvoirs publics n’ont-ils pas annoncé vouloir vendre 500 000 tonnes de soja ? Si. Fort heureusement, le prix de vente de ce soja est légèrement supérieur au prix du marché mondial. Pour l’instant. Le risque est donc contenu.
Livraison novembre, le soja touchait en cours de semaine un point bas à 8,85 $ le boisseau, avant de revenir en fin de semaine à 9,22 $, sur le CBOT.


