Cher investisseur,
Etes-vous comme moi tout juste de retour de vacances ? Eh bien je crois que nous n’allons pas nous ennuyer : quelle agitation sur les bourses mondiales !
Attention à la pensée unique
Dans mon édito fin juillet, je vous mettais en garde contre le risque de décrochage boursier cet été. Il venait tout juste d’y avoir une secousse sur les marchés, et je prenais alors avec vous le pari de voir tous les journaux financiers prendre la position suivante : ne vous inquiétez pas, rien de bien méchant, les fondamentaux sont solides. Au contraire, c’est le bon moment d’entrer sur le marché pour bénéficier du rebond à venir. En clair : foncez !
Eh bien c’est exactement le parti qu’ils ont pris. Que voulez-vous… la pensée unique (mainstream disent les anglo-saxons) est tellement prévisible…
Vous parlez d’un rebond ! Nous avons depuis assisté à un mini krach en règle sur les marchés, et je ne pense pas que ce soit terminé. En revanche, je constate que, cette fois, les journaux sont plus mesurés dans leurs prises de position ! Comme dirait mon père : un homme averti en vaut deux !
La crise du subprime fait souffrir les marchés.
En effet, la crise du crédit pourrait bien s’étendre et entraîner aux Etats-Unis une baisse généralisée de la consommation. Or qui dit baisse de la consommation, dit risque de contraction de l’activité économique.
Imaginez donc. Ces fameux crédits immobiliers « pourris » ont été divisés et morcelés à l’infini par de savants mécanismes de titrisation. Du coup, il y en a partout, dans tous les bilans. Pour des milliards de dollars ! Toutes les banques, tous les fonds en détiennent. Peut-être même vous, cher lecteur, en détenez sans le savoir dans votre fond obligataire. Car les banques n’ont pas hésité à mettre quelques lignes de ces obligations pourries dans leur offre pour doper les rendements de leurs produits et attirer le client. Demandez donc aux clients d’Oddo ce qu’ils en pensent…
Et comme personne ne sait précisément QUI détient pour COMBIEN de ces titres dans son bilan, vous comprenez la crise de confiance qui secoue les marchés. Les banques n’osent même plus se faire crédit entre elles, sait-on jamais : la voisine pourrait être plombée plus que de raison…
Rachats massifs de positions pour couvrir les pertes
Les fonds qui ont fortement misé sur ces produits, à commencer par les fonds alternatifs, ont essuyé des pertes colossales. Pris à la gorge, ils sont à présent obligés de vendre des positions actions et matières premières bénéficiaires pour couvrir leurs pertes et rééquilibrer leurs comptes. Etant donné les montants en jeu, cela laisse forcément des traces sur les marchés. Surtout en été quand la liquidité est moindre, et alors même que les esprits sont déjà « à fleur de peau ».
La réaction des banques centrales : d’une ampleur sans égal
Face à ce décrochage des marchés et à la perte de confiance des intervenants, la réaction des banques centrales à été d’une vigueur sans précédent : un traitement de cheval, vous dis-je. Avec un seul objectif : contrer la dangereuse réaction en chaîne qui pourrait déclencher la crise du subprime. Le grand jeu de dominos, quoi… grandeur nature !
La BCE à balancé à elle toute seule quelque 200 milliards de dollars sur le marché, 325 milliards toutes Banques Centrales confondues ces derniers jours. Et ça continue… Puis, vendredi dernier, coup de tonnerre : la Fed baissait son taux de réescompte de 0,5% à 5,75%. Du jamais vu depuis la crise du 11 septembre 2001 ! C’est ce qu’on appelle un « cas de force majeure ».
Alors croyez-moi : les Bernanke et autres Trichet on beau vouloir vous rassurer, sourire en coin… ne vous y trompez pas. Je pense que leurs nuits sont agitées en ce moment et leur sommeil bien léger.
Car soyons francs. Ce ne sont pas quelques piqûres de-ci de-là que les marchés se sont vus administrer. Non. Ils sont sous perfusion permanente depuis plusieurs jours, en chambre de réanimation. Et le coup de la Fed vendredi s’assimile ni plus ni moins à un méga-électrochoc ; vous savez, celui qu’on utilise pour ramener à la vie les cardiaques sur le point de rendre l’âme. Pas de quoi être rassuré…
Le point fort des matières premières : il y a toujours de l’argent à gagner quelque part, même quand rien ne va plus ailleurs
Allons-nous éviter la contagion de la crise à l’économie réelle ? Je n’en suis pas certaine. L’avenir nous le dira. Mais c’est en tout cas ce qui nous intéresse : l’économie réelle. Car c’est à elle que réagissent nos matières premières. Notamment celles qui sont actuellement dans la tourmente… à savoir les métaux.
Cela dit, ce que j’aime avec les matières, c’est qu’elles sont décorrélées les unes des autres. Elles ne baissent (ou ne montent) jamais toutes ensemble en même temps pour les mêmes raisons. Jamais. Il y a toujours de l’argent à gagner quelque part, même quand rien ne va plus ailleurs. N’oubliez jamais ce point fort des matières premières.
On est loin des marchés actions. Quand ils chutent, ils chutent tous en même temps et toujours dans le même sens. C’est beaucoup plus difficile de se raccrocher aux branches, croyez-moi.
En revanche, chaque matière réagit indépendamment des autres. Chaque marché présente une corrélation plus ou moins forte aux marchés actions.
Certes les métaux baissent en ce moment, mais prenez les soft : ils n’ont que très peu ressenti les turbulences sur les marchés actions. Je dirais même qu’ils servent pour certains de « valeur refuge » dans la tourmente pour un grand nombre d’investisseurs bien informés.
Et puis il y a des affaires à suivre, peut-être bientôt des occasions à saisir : le sucre est sans doute en train de se retourner, même chose pour le maïs. Vont-ils rebondir ? Je vous le dirai bientôt. Et regardez le caoutchouc : il atteint le nirvana et peut encore monter. Même chose pour le blé dont je vous parlerai dans un instant…
Entrons dans le détail…
Energie
Ces quinze derniers jours, le brut était sous pression ; il a pâti de la crise du marché américain du crédit. Il s’est toutefois maintenu au-dessus des 70 $ le baril à New York.
Il bénéficie toutefois depuis peu d’une tendance soutenue grâce à la réaction massive des banques centrales et de la Fed.
Conséquence : les marchés ont rebondi vendredi et le brut avec ! Ajoutez à cela le risque élevé actuellement d’ouragans sur les Etats-Unis, et vous comprenez pourquoi le brut se s
ent pousser des ailes. On attend de pied ferme vers le 21 août l’ouragan Dean. D’abord sur la péninsule du Yucatan au Mexique, puis sur le golfe du Mexique. C’est là qu’en 2005 les ouragans Katarina et Rita ont partiellement détruit les infrastructures de l’industrie pétrolière américaine.
Le WTI cotait vendredi 71,87 $ le baril sur le Nymex. Le Brent, livraison octobre, affichait 70,86 $ le baril sur l’ICE (future exchange de Londres).
| Cours à 3 mois | Vendredi 10/08/2007 | Vendredi 17/08/007 | Variation/semaine |
| Aluminium* | 2 590 | 2 495 | -3,67% |
| Cuivre* | 7 450 | 7 010 | -5,91% |
| Plomb* | 2 920 | 2 890 | -1,03% |
| Nickel* | 26 650 | 26 000 | -2,44% |
| Etain | 16 650 | 13 500 | -18,92% |
| Zinc* | 3 330 | 3 085 | -7,36% |
| Or (spot) | 672,30 | 657,20 | -2,25% |
| Argent (spot) | 12,90 | 11,80 | -8,53% |
| Platine (spot) | 1 275,50 | 1 237,00 | -3,02% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Métaux précieux
La crise du marché américain du crédit entraîne des réactions en chaîne. Elle pousse les investisseurs à vendre leurs positions bénéficiaires sur actions, mais aussi sur les matières premières.
L’or a pâti de ce scénario, puisqu’il est repassé sous les 660 $ l’once temporairement (alors qu’il flirtait il y a quelques jours avec les 690 $). Mais avec la réaction aussi inattendue que violente de la Fed vendredi, le dollar s’est affaibli à nouveau contre l’euro, ce qui a entraîné le rebond de l’or puisque ces deux données sont corrélées négativement.
L’or cotait vendredi 672 $ l’once, livraison septembre sur le Nymex.
L’argent, toujours aussi fortement corrélé à l’or, suit la tendance. Cela dit, il a très fortement sur-réagi par rapport à l’or. Il cotait vendredi 11,93 $ livraison septembre sur le Nymex. Pour les plus téméraires, il y a peut être là une opportunité à saisir. Cardiaques s’abstenir !
Métaux industriels
La crise de confiance sur les marchés actions s’est, par contagion, répandue sur les marchés des métaux. En effet, les investisseurs craignent que la crise financière ne se transmette à l’économie réelle. Or un ralentissement des économies entraînerait un ralentissement de la demande pour les métaux. Inutile de vous dire que nos matières ont apprécié l’action de la Fed, mais pas les dernières nouvelles en provenance des Etats-Unis vendredi : la confiance des consommateurs est en berne, largement sous les prévisions des économistes, ce qui pourrait se traduire d’ici quelques semaines par un ralentissement effectif de la consommation outre-Atlantique. Affaire à suivre…
Le cuivre continue sur sa pente descendante depuis un mois. Il arrivait toutefois à se maintenir vendredi au-dessus de la barre des 7 000 $ la tonne sur le LME. Fin juillet, il cotait près de 8 000 $ la tonne pour mémoire. Les stocks de cuivre sont en forte hausse cette semaine sur le LME.
Grâce à la Fed, le cours a rebondi vendredi. Le cuivre cotait vendredi 7 010 $ à trois mois sur le LME.
Le nickel a fortement chuté. Je vous avais dit qu’il viendrait toucher les 25 000 $ la tonne. Je pensais que ce seuil serait atteint au début de l’automne. Eh bien, le décrochage des marchés a accéléré la tendance. Nous y voilà déjà. Les incursions sous les 25 000 $ ont été nombreuses…
Plomb : il s’est passé quelque chose de surprenant sur ce marché à la toute fin du mois de juillet. Le plomb, après une spéculation effrénée à la hausse (il cotait alors 3 500 $ la tonne), a violemment chuté à la baisse. Une « vente panique » époustouflante qui l’a propulsé en quelques heures à 1 500 $, pour aussitôt revenir vers les 3 500 $. Les spéculateurs tiennent le marché !
Les choses se sont depuis calmées, et la chute des marchés actions vient de ramener le plomb sous les 3 000 $ la tonne.
Zinc : il a fortement chuté cette semaine sous l’effet de ventes massives de fonds d’investissement.
Etain : il a décroché plus violemment que les autres métaux cette semaine noire. Il faut dire qu’il s’était maintenu au plus haut tout l’été, à des seuils très élevés. Le rattrapage a donc été violent cette semaine.
Pérou : le tremblement de terre au Pérou, terrible pour les nombreuses victimes, engendre aussi des retards de production. Le Pérou est 3ème producteur de zinc. Il détient aussi la 3ème plus grosse mine de cuivre du monde et est gros producteur de plomb. Mais pour l’instant on ne connait pas encore l’état des dégâts… suspens.
Soft
D’une façon générale, les soft n’ont que très peu ressenti les turbulences sur les marchés actions. Ils servent même de valeur refuge pour certains.
Blé : les cours du blé sont toujours au beau fixe. En forte hausse depuis deux semaines.
Rendez-vous compte ! Le blé est passé au dessus des 7 $ le boisseau. Fin juillet, il en était à 6 $, début juin à 5,25 $. Il est impressionnant.
Fin juin, alors qu’il cotait entre 6 $ et 6,20 $, j’écrivais dans mon article consacré au blé : « à moyen long terme, un objectif de cours à 7,15 $ le boisseau dans un premier temps me paraît probable. Le blé est capable de relever ce défi. Mais il n’y ira pas en ligne droite et directe ».
J’avais vu juste. A un détail près toutefois : force est de constater qu’il y est allé en ligne droite, par le chemin le plus rapide ! Epoustouflant.
Cela dit, n’oubliez pas que le blé est inversement corrélé au dollar. Logique ! Plus le dollar est faible, plus les importateurs de blé ont intérêt à importer du blé car il leur coûte moins cher.
Du coup, la hausse vendredi du dollar a entraîné le reflux du boisseau de blé qui repasse sous les 7 $. Sur le Cbot, livraison décembre, le cours affichait vendredi 6,80 $.
Perspectives
Brut : à long terme, mon scénario pour le brut ne peut être que rose, avec des cours qui se maintiennent à des niveaux élevés. Mais à court terme, les cours du pétrole pourraient bien être chahutés par les marchés actions en déroute et la débandade sur le marché du crédit américain. Forcément, les craintes d’un ralentissement de l’activité économique US font craindre un ralentissement de la demande de brut.
Mauvais pour le cours, mais bon pour notre bonne vieille planète Terre qui a de plus en plus de mal à respirer… ;-)
Avec un peu de chance, les cours devraient se maintenir cette semaine à leurs niveaux grâce à l’intervention musclée de la Fed.
L’or : je suis positive sur l’or à long terme. Mais dans les jours qui viennent, il pourrait pâtir de l’évolution du dollar à la hausse. N’oubliez pas qu’il y est corrélé négativement.
L’or pourrait donc ne progresser que modérément cette semaine.
Argent : Dans les jours à venir, et étant donné le fort repli de l’argent (il amplifie toujours les mouvements de l’or), le potentiel de gain sur le marché de l’argent est à mon avis supérieur à celui de l’or.
Cuivre : il pourrait engranger quelques gains dans les jours à venir, avant de consolider à nouveau. Un rebond purement technique en somme…
Blé : J’y crois toujours. Je pense qu’il peut progresser encore fortement cette semaine. Surtout que pas mal d’investisseurs qui ont récemment vendu leurs actions ont acheté des softs pour se protéger des soubresauts des marchés actions.
Il se pourrait bien que l’intervention de la Fed vendredi soit interprétée comme un signal de la banque de « relâcher » sa rigueur en matière de politique de taux, notamment vis-à-vis du risque inflationniste.
Voilà qui va renforcer le sentiment qu’ont les investisseurs qu’il faut se lancer dans une stratégie de verrouillage et de sécurisation du patrimoine… les matières ont ici un rôle à jouer !


