La météo se montre aussi incertaine pour les marchés que pour le ciel estival… Décidément, nous vivons un été mouvementé.
Je vais tâcher de vous expliquer la situation telle que je la vois. La crise du subprime suit son cours… Et le secteur des matières premières continue d’en souffrir. Il y a trois raisons à cela :
1) La crise de crédit peut s’étendre à tous les ménages américains — qu’ils soient solvables ou non. Et cela risque d’avoir des conséquences sur la consommation et donc sur les importations américaines.
2) Les opérateurs qui subissent des pertes sur le marché des crédits ont besoin d’équilibrer leurs comptes — et leur niveau de risque, le fameux « gamma » cher aux gestionnaires d’actifs structurés. Ils sont poussés à vendre leurs positions sur des marchés où ils enregistrent pourtant des bénéfices, comme ceux des matières premières.
3) L’aversion au risque bat son plein. J’ai déjà mentionné dans les précédents numéros de ma lettre, Matières à Profits, le retour en grâce de l’obligataire auprès des investisseurs inquiets. A la recherche de placements sûrs, ils pourraient bien rapatrier les capitaux placés dans des pays réputés volatils.
C’est déjà ce qui semble se produire du côté des devises concernées par le carry trade. Tandis que le yen s’envole… que les Bourses d’Asie, de Nouvelle-Zélande ou du Brésil plongent… Le Telegraph britannique écrit : « Les spreads des obligations argentines, vénézuéliennes et équatoriennes ont bondi de plus de 40 points de base sur les deux derniers jours… Hier, le rand sud-africain a rejoint un plus-bas de cinq mois contre le dollar… »
Le retrait des investisseurs étrangers de ces pays à fort développement pourrait entraver leur croissance — et provoquer par contagion une baisse de la demande mondiale en matières premières.
Il faut toutefois modérer ces risques.
Depuis cinq ans, l’économie américaine a perdu son rôle majeur dans l’économie mondiale. Un ralentissement prévisible de l’activité aux Etats-Unis ne devrait pas avoir de conséquence catastrophique sur une économie internationale qui croît de plus de 5% par an. La sortie précipitée de certains fonds du secteur des commodities est salutaire pour ces marchés. Cela les rend plus sains, moins sujets à la spéculation.
Reste l’impact d’une éventuelle fuite — massive — de capitaux hors de Chine ou d’Inde. C’est une hypothèse beaucoup plus préoccupante. Mais elle me paraît peu crédible : ces pays ont désormais de quoi entretenir eux-mêmes leur croissance. Si cela se confirme, la crise actuelle pourrait bien entériner le « changement de paradigme ».
On découvrirait alors que l’Amérique du Nord peut trembler sans ébranler le reste du monde. Et les émergents s’imposeraient comme les nouveaux leaders économiques du siècle.
Il en résulterait un véritable coup de fouet pour le secteur des matières premières, lequel dépend largement de leur croissance.
[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Sylvain Mathon, accompagnées de conseils d'investissement et de recommandations concrètes, dans Matières à Profits : les matières premières -- et tout leur potentiel de gain -- n'auront plus aucun secret pour vous ! Pour tout savoir...]


