La tactique du lit "cache-misère"
Peut-être avez-vous des enfants, ou des petits-enfants ? Ils sont toujours prompts à sortir tous leurs jouets. Et lorsqu’il est l’heure de tout ranger, il n’y a plus personne.
Les miens ont imaginé une parade imparable : ils cachent toute la misère sous le lit, et en deux temps trois mouvements, la chambre est "nickel" ! Le problème est résolu… ou presque !
Force est de constater que Wall Street a adopté le même genre de stratégie. Si si, vous allez voir…
Devant les risques de plus en plus nombreux, le doute s’était immiscé…
Les investisseurs étaient dans le doute depuis la fin du printemps. Et ce n’était pas trop tôt ! Je commençais à me féliciter de leur réalisme "primeur".
Et pour cause, les "épées de Damoclès" se multiplient méchamment au-dessus de nos têtes : hausse des taux d’intérêt mondiaux, premiers "profit warnings" à Wall Street, crise immobilière — et du subprime aux Etats-Unis, dégradations en masse des émissions obligataires, hausse du prix du brut, dépréciation du dollar, consommation US qui risque de flancher, et possible impact de tout ceci sur l’activité économique américaine (et j’en passe !)…
Les problèmes avaient tendance à s’accumuler, à l’instar des jouets dans la chambre des enfants.
Les investisseurs commençaient à ouvrir les yeux…
A tel point que jeudi dernier, le mot correction n’était plus tout à fait politiquement incorrect !
Les acheteurs se battaient en duel sur les marchés actions qui habituellement croulaient sous les volumes. Les spéculateurs s’étaient rués sur les ventes à découvert pour profiter de la baisse anticipée. Les institutionnels s’étaient massivement allégés ces dernières semaines, dégageant des montagnes de cash pour ne pas prendre trop de risques… Tous étaient dans les starting blocks. Les ours sortaient de leurs tanières, pour reprendre l’image de Wall Street…
Et d’un coup de baguette magique : "poom" !
Volatilisés tous les problèmes. Parties en fumée les craintes de récession. Au diable les mauvaises nouvelles économiques. Tout a été caché sous le lit à la vitesse de l’éclair pour faire place nette… comme à la maison !
Wall Street s’est refait une beauté vendredi, comme rarement auparavant. Faisant fi de toutes les ombres au tableau. C’est tout l’art d’un maquillage réussi ! Cacher les horreurs et réussir par des artifices en tout genre, à rendre beau ce qui ne l’est pas…
On est reparti de l’avant comme en quarante !
Vers des records toujours plus astronomiques, jamais égalés historiquement. Les spéculateurs qui avaient massivement "shorté" le marché ont du racheter leurs positions au prix fort, amplifiant d’avantage encore, le mouvement haussier.
Le Dow Jones a gagné 300 points dans la séance (chose extrêmement rare ! Vous imaginez l’amplitude que cela représente !), explosant au passage toutes ses résistances et tous ses records. Même son de cloche pour le S&P et dans une moindre mesure, pour le Nasdaq.
Et en Europe, c’est le Dax qui a littéralement "disjoncté", affichant un record lui aussi historique, à 8 150 points. L’Allemagne plane !
Pourtant, les problèmes sont toujours là… quelque part, cachés sous le lit !
Fascinant, non ?
On ne fait pas traverser un torrent en cru à un cheval, sauf s’il a des œillères qui lui cachent tous les risques ! Les marchés ont cette incroyable capacité à se mettre des œillères pour aller de l’avant, envers et contre tout. Etonnant.
Cette hausse va-t-elle continuer ? A court terme, je crois que oui.
Tout simplement parce que les institutionnels vont devoir réinvestir leurs montagnes de cash pour générer les performances qui leurs sont imposées. Ceux qui n’ont pas encore débouclé leurs positions courtes vont devoir le faire. Et le petit investisseur "non averti" qui en a "plein la vue" va vouloir participer au festin.
Et par-dessus le marché, malgré les hausses record enregistrées vendredi, il n’y a pas eu vraiment de prises de bénéfice comme on aurait pu s’y attendre.
C’est qu’ils croient à la poursuite de cette hausse ! Ils ne veulent pas se dégager trop tôt pour ne pas en perdre une miette…
Une dernière fuite en avant – et puis la chute fatale ? Qui sait…
La "fuite en avant" est un phénomène typique des fins de cycle haussier. Quand les marchés actions n’en finissent plus de monter, lorsqu’ils sont surachetés, que les ombres s’amoncellent et qu’envers et contre tout ils arrivent à trouver les ressources pour aller encore plus haut, encore plus vite, encore plus fort… oubliant au passage tous les problèmes, c’est qu’on n’est pas loin du début de la fin.
C’est souvent ce type de phénomène qui préfigure aux grands retournements de tendances. Un emballement généralisé, un dernier sursaut intense, un élan inconsidéré avant le retournement.
Voilà. Je vous ai dit ce à quoi cette situation me faisait penser. Que sera la réalité ? Je n’en sais rien. Soyez prudent !
En attendant, vive les actifs tangibles
Tout cela me ramène à mes matières premières.
Les obligations, actions, les dollars qui inondent la planète… tout cela n’est que papier, actif intangible. Et n’oubliez jamais : le papier a cette capacité bien connue de tous, de pouvoir partir en fumée en quelques secondes. Rappelez-vous le dernier krach boursier. En un temps record, des dizaines de milliards de dollars d’actifs financiers se sont évaporés.
Les matières premières seront peut-être secouées. Mais le cuivre, le plomb, l’argent, le platine, l’or, le blé, le maïs, le brut… tout cela c’est du solide. Cela ne part pas en fumée. Ce sont des actifs TANGIBLES.
Il faudra toujours du maïs pour nourrir les bêtes, et du blé pour nourrir les populations. On ne va pas s’arrêter de manger !
Il faudra toujours des métaux industriels pour construire des routes, immeubles, usines, aéroports, écoles, ordinateurs… en Chine, en Inde et ailleurs dans le monde. Et je ne parle même pas du brut, incontournable.
Les grands gagnants seront peut être l’or … et l’argent. Quand rien ne va plus, ils résistent en général assez bien. Un roc dans la tempête ? L’avenir nous le dira.


