Toutes les catégories d’actifs sont à la hausse : l’énergie, les métaux précieux, les céréales ainsi que les métaux de base. Dollar en berne, brut en hausse, retour de l’inflation, chute des marchés actions et tensions internationales sont (entre autres) à l’origine de ce regain d’intérêt.
1. Energie : tous les feux restent au vert
Le marché reste toujours marqué par une volatilité extrême et largement dominé par les bulls, avec une tendance globalement haussière sur la semaine.
Livraison juillet, le WTI cotait 135 $ le baril sur le Nymex et le Brent 135 $ sur l’ICE londonien vendredi.
A noter le pic atteint par le light sweet crude oil lundi dernier, à 139,32 $. Le point bas de la semaine se situe autour des 131,79 $ le baril. Pas de doute, la spéculation est intense. Dès que le cours tombe sous les 132 $, les investisseurs se ruent dessus.
La faiblesse du dollar a soutenu le mouvement haussier, l’euro revenant jusqu’à 1,5623 $. Les investisseurs ont bien compris qu’étant donné le risque de récession, une hausse des taux de la part de la Fed n’était pas pour tout de suite… Idem quant à une éventuelle intervention coordonnée du G8. Je vous ai déjà fait par de mon scepticisme sur la question.
En revanche, les spéculateurs prennent beaucoup plus sérieux la BCE lorsque celle-ci dit vouloir monter ses taux. Cette dernière dispose encore d’une marge de manoeuvre dans son combat contre l’inflation, contrairement à la Fed. D’où l’a faiblesse de la devise américaine.
Les cours du brut ont également été soutenus par les tensions israélo-iraniennes. A noter les affirmations parues dans le New York Times, selon lesquelles Israël aurait l’intention de bombarder les cibles nucléaires iraniennes.
Enfin, le marché refuse de tenir compte des facteurs baissiers.
L’annonce d’une hausse de la production de 200 000 à 500 000 barils/jour par l’Arabie Saoudite est pour ainsi dire passée inaperçue !
De même, la demande de pétrole actuelle, étant donné le cours élevé du brut, reste relativement faible. Et surtout, la Chine va réduire ses subventions sur le pétrole, comme l’Inde et d’autres pays asiatiques l’ont déjà fait. Le consommateur chinois voit ainsi le prix de l’essence et du diesel grimper de 18%, ce qui pourrait bien restreindre sa consommation.
Cela dit, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Selon les experts, la demande intérieure chinoise de pétrole est attendue à la hausse, les raffineries voyant leurs marges augmenter. Elles vont donc accroître leur production, au détriment des importations.
2. Métaux précieux : retour en grâce
Les métaux précieux ont repris des couleurs cette semaine, l’or revenant de 866 $ l’once jusqu’à 910 $ l’once.
Plusieurs facteurs expliquent ce rebond :
Les cours élevés du brut bien sûr, qui renchérit d’autant l‘inflation. Elle est à la Une de tous les journaux et sur toutes les lèvres. La voilà qui atteint 3,7% en mai en Europe contre 3,2% le mois précédent. Du jamais vu depuis 17 ans.
Et comme les marchés actions chutent, que l’obligataire n’est pas plus attirant, que l’immobilier se retourne progressivement dans tous les pays, forcément, l’or attire à nouveau les investisseurs qui veulent en outre se prémunir des effets ravageurs de l’inflation.
De plus, la Fed n’a pour ainsi dire aucune marge de manoeuvre pour faire remonter rapidement ses taux afin de soutenir le dollar. Ce qui réduit d’autant le risque baissier sur l’or.
Autre facteur de soutien : le dollar, plombé par les mauvais chiffres économiques US, continue de donner des signes de faiblesse qui profitent à l’or (rendu plus attractif pour les non résidents US, l’or étant libellé en dollar). Le sommet du G8 a une fois de plus prouvé son incapacité à faire quoi que ce soit pour faire remonter le cours de cette devise.
Autre point : la hausse du prix de l’électricité par Eskom (en Afrique du Sud) renchérit les coûts de production des minières, ce qui pourrait impacter négativement la production de métaux précieux, or et platine en tête.
Le tumultueux gouvernement iranien, qui refuse toujours tout compromis sur le nucléaire, a participé cette semaine au soutien à l’or, les tensions refaisant surface.
Pour finir, les investisseurs ont profité du repli sous les 880 $ pour acheter de l’or à bon compte et se positionner à la hausse. Ce qui a dopé le cours d’autant plus.
Livraison juillet, l’once cotait 903,70 $ sur le Nymex vendredi et 900,80 $ au comptant.
L’argent a suivi la tendance haussière, profitant en plus de la hausse de la consommation indienne en mai. Consommation qui devrait continuer de croître durant l’été.
Le platine pâtit de la mauvaise tenue du marché automobile US.
Le palladium se porte bien, à plus de 475 $ l’once vendredi. Regardez, il rebondit de 15% depuis début mai :

Cours de palladium en US$ l’once à trois mois.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 945 | 3 140 | 6,62% |
| Cuivre* | 7 980 | 8 435 | 5,70% |
| Plomb* | 1 775 | 1 880 | 5,92% |
| Nickel* | 24 000 | 22 400 | -6,67% |
| Etain | 21 000 | 22 750 | 8,33% |
| Zinc* | 1 900 | 1 952 | 2,74% |
| Acier (Méditerranéen) | 1 200 | 1 205 | 0,42% |
| Or (spot) | 869,65 | 903,70 | 3,92% |
| Argent (spot) | 16,55 | 17,45 | 5,44% |
| Platine (spot) | 2 033,50 | 2 062,15 | 1,41% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : belle semaine !
Baisse du dollar, hausse des cours du brut, chute des marchés actions… voilà qui plait à nos métaux !
Le cuivre a été soutenu par des grèves dans les mines en Amérique du Sud, par des inondations en Chine — qui perturbent la production dans la région de Guangdong — et surtout par la bonne tenue de la production industrielle chinoise en mai, qui ne ralentit pas.
Le cuivre a rebondi de plus de 8% en quinze jours. Regardez :

Cours du cuivre en US$ la tonne à trois mois
Concernant l’aluminium, la consommation russe devrait croître de 10% dans les deux à quatre prochaines années selon Rusal. Voilà qui n’a pas manqué de doper les cours du métal gris.
Autre facteur de soutien au prix de l’alu : le renchérissement du prix de l’électricité en Chine (l’industrie est très énergivore) qui se répercutera sur les prix à la production tôt ou tard.
D’après l’institut international du zinc, la production minière aurait continué de croître, la demande restant atone et le marché étant excédentaire depuis cinq mois. Le stock atteint un niveau record depuis 21 mois, à 152 000 tonnes !
Cela dit, je commence à voir des mines qui arrêtent leur production de zinc, les cours du zinc ne suffisants plus à amortir les coûts d’extraction et les marges s’érodant à vitesse grand V. Si cela continuait dans les mois à venir, cela pourrait exercer une réelle pression à la hausse sur les cours.
Autre facteur potentiellement haussier : la taxation par la Chine des exportations de zinc. Affaire à suivre…
Le marché du nickel était excédentaire de 14 000 tonnes en avril contre 5 400 tonnes le mois précédent. D’où les récents signes de faiblesse constatés.
Le stock de plomb continue de grimper fortement cette semaine, à près de 100 000 tonnes sur le LME. Mais étant donné le point bas atteint par le cours du plomb à 1 760 $, les investisseurs sont de retour, avec la multiplication des achats à bon compte.
Le marché du plomb aurait été déficitaire en avril 2008 de 6 800 tonnes, grâce notamment à la reprise de la consommation, après un premier trimestre 2008 désastreux. Il est probable que la hausse de cette consommation se poursuive, surtout que le prix du plomb est actuellement bon marché.
Concernant l’étain, retenez la chute de la production chinoise en mai, ce qui ne fait que renforcer les tensions sur ce marché très étroit.
4. Soft Commodities : les inondations américaines propulsent les prix à la hausse
Tendance toujours très soutenue et haussière pour le maïs et le soja et pluie de records : 7,91 $ le boisseau pour le maïs et 15,75 $ le boisseau pour le soja, sur le Cbot livraison juillet.
Ecoutez, ce qui se passe aux Etats-Unis est exceptionnel. La météo sur la corn belt (région du maïs) est à ce point exécrable qu’on parle "d’inondations du siècle" !
Pluies intenses, crues, inondations… c’est une catastrophe. Le Mississipi déborde et inonde les régions productrices de céréales de l’Iowa et du Missouri.
Non seulement les récoltes de céréales sont menacées, mais surtout les populations. 24 personnes sont décédées suite aux intempéries et 148 sont blessées. Les évacuations se multiplient.
Les prix ont tellement grimpé que la demande n’arrive plus à suivre. La semaine dernière, les exportations US étaient en repli de 35% pour le maïs et de 37% pour le soja. Trop cher !
Vendredi, les cours revenaient à 7,21 $ le boisseau pour le maïs et 15,33 $ pour le soja, à trois mois.


