Les chiffres en attestent, l’économie mondiale s’embourbe. Des pans entiers de l’économie s’effondrent, les uns après les autres. Après l’immobilier et la finance, le secteur automobile, où les risques de faillites sont de plus en plus latents, nous fait craindre le pire. Et après ? Peut-être l’industrie lourde…
Les plans de relance en tous genres suffiront-ils à redresser la barre ? Pas évident. On n’a pas fini d’injecter de l’argent dans le système et donc de faire tourner la planche à billets, en surchauffe quant à elle ! Citigroup a été renfloué in extremis, General Motors finira pas l’être également, croyez-moi.
Face à la débandade économico-financière, les indices plongent vers de nouveaux points bas (déjà 32 milliards de dollars partis en fumée !) et entraînent avec eux toute la classe d’actifs des matières premières, à l’exception notoire de l’or.
1. Energie : Le brut s’effondre ; le gaz maintient le cap envers et contre tous
Ayant déjà abordé la semaine dernière le pétrole avec vous, je vais être rapide.
La volatilité reste extrême. La demande de brut décélère toujours, notamment à cause du ralentissement de l’activité industrielle et économique de la plupart des pays.
Mais cette forte baisse du cours du baril est à mon avis exacerbée par la spéculation, qui accentue la tendance fondamentale. Quelle est sa part dans l’effondrement du baril ? Difficile à dire…
Quoi qu’il en soit, le baril WTI touchait jeudi un point bas à 48,69 $.
Face à cet effondrement, l’OPEP voudra sans doute réduire rapidement ses quotas de production. Cela suffira-t-il pour calmer la spéculation ? Attendons la réunion qui se tiendra dans les tous prochains jours…
Sous les 50 $ le baril, nous entrons dans une zone à risque. Mais comme je vous le disais, les marchés sont capables de pousser le brut jusque vers les 40 $. Un rebond technique fort pourrait alors s’en suivre. Une opportunité pour les investisseurs actifs… [NDLR Pour profiter du rebond du baril de pétrole : quelques jours suffisent ! Découvrez les recommandations détaillées de notre spécialiste et accumulez des gains à deux chiffres en toute sécurité : il suffit pour cela de suivre le guide...]
Voici ce qu’écrivait Marc Dagher à propos du baril de Brent dans l’Investisseur Or & Matières : "Après le test des 47,25 $, une poursuite de la chute est attendue jusqu’aux 37,57 $ le baril…"
Le gaz naturel, lui aussi soumis à une forte volatilité, réussissait à se maintenir en fin de semaine par rapport à la clôture du vendredi précédent, contrairement au brut qui décroche. Notamment grâce au grand froid qui règne actuellement sur les Etats-Unis.
Si on élargit le champ à toutes les énergies, Laurent Gosse (qui a étudié de près l’indice RICI Energy) s’attend à un rebond de l’indice : "je sens qu’il est probable que nous assistions à quelque chose de spectaculaire avant la fin de l’année de ce côté-là".
Vendredi, le WTI terminait la journée à 49,93 $, le Brent à 49,19 $ et le gaz naturel à 6,48 $ à trois mois.
2. Métaux précieux : retour en grâce de l’or en tant que valeur refuge
Face au nouvel effondrement généralisé des bourses la semaine dernière (le Dow Jones touchait jeudi un point bas de cinq ans), l’or bénéficie à nouveau de son statut de valeur refuge et attire les capitaux. Voila pourquoi il rebondit fortement, revenant vendredi jusqu’à 800 $ l’once, et cote ce midi 818 $.
Le rebond de l’or oblige les spéculateurs qui détenaient des positions vendeuses à se racheter, ce qui dope davantage encore le mouvement.
Enfin, le seuil des 800 $ atteint, l’or devrait s’affranchir momentanément des pressions vendeuses. Ce qui lui laisse le champ libre.

Cours de l’once d’or en US $
Le cours de l’argent est resté stable sur la semaine. Pourtant, les prévisions pour 2009 du cabinet spécialisé GFMS font ressortir un recul de la demande d’argent à cause de la baisse de quelque 10% de la demande industrielle. GFMS s’attend à un marché excédentaire l’an prochain.
La situation désastreuse de l’industrie automobile et le risque bien réel de faillite de General Motors ont fait pression un peu plus encore les cours du platine et du palladium. Le Congrès américain va-t-il sauver GM et injecter massivement du cash dans l’entreprise ? Je pense que oui.
Ce matin, l’once de palladium et l’once de platine cotaient respectivement 190 $ et 837,50 $.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 935 | 1 750 | -9,56% |
| Cuivre* | 3 820 | 3 540 | -7,33% |
| Plomb* | 1 345 | 1 182 | -12,12% |
| Nickel* | 11 000 | 10 000 | -9,09% |
| Etain | 13 900 | 11 505 | -17,23% |
| Zinc* | 1 200 | 1 175 | -2,08% |
| Acier (Méditerranéen) | 358 | 315 | -12,01% |
| Or (spot) | 746,40 | 800,20 | 7,21% |
| Argent (spot) | 9,60 | 9,60 | 0,00% |
| Platine (spot) | 845,00 | 816,00 | -3,43% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : plongeon, à l’unisson des indices boursiers
Très mauvaise semaine pour nos métaux qui ont suivi les marchés boursiers dans leur plongeon. Comme je vous le disais, le CAC a enfoncé son point bas d’octobre et le Dow touche un point bas de cinq ans et demi…
Les derniers chiffres du marché immobilier américain montrent qu’il ne cesse de s’enfoncer. Voilà qui fait plonger les cours du cuivre comme jamais.
L’aluminium en est la première victime du très fort ralentissement du secteur automobile et du risque de faillite de General Motors. Mais pas seulement, car cette industrie représente une part importante des débouchés de nos métaux. Selon les analystes de la BNP, le ralentissement du secteur automobile réduirait la demande américaine et européenne de cuivre et de plomb de respectivement 2% et 1,5% cette année.
A noter également l’opinion de Laurent Gosse : "l’indice RICI portant sur l’évolution des métaux industriels est en tendance baissière assez modérée, mais semble rester à un niveau qui ne donne pas vraiment envie de rentrer actuellement : une marge de baisse autour de 30% pourrait bien ramener les prix autour du niveau de départ de l’indice."
Le cuivre, métal phare qui donne habituellement la tendance, n’en finit plus de s’enfoncer. Il a ainsi touché un nouveau point bas de trois ans jeudi, à 3 330 $ la tonne. En cause, les mauvais chiffres de l’immobilier aux Etats-Unis, les craintes qui pèsent sur la demande chinoise et la panique sur les indices boursiers qui voient noir quant aux perspectives économiques.
Ajoutez à cela les statistiques de l’ICSG (Groupe international d’étude du cuivre) qui annonce un excédent du marché du cuivre de 75 000 tonnes sur les huit premiers mois de l’année, et vous comprenez le décrochage de ce métal.

Cours du cuivre sur le LME à trois mois en US $ la tonne
Voilà qui offre sans doute des opportunités de rebond technique de court terme. Selon Nicolas Rémy : "la pression baissière s’amenuise. Les cours ont atteint le ratio de Fibonacci de 1,618 (projection du mouvement baissier ayant donné le signal majeur sur le métal début septembre). Du côté des indicateurs, le RSI valide une divergence haussière. Tant que 3 350 n’est pas enfoncé, j’attends un rebond technique".
L’aluminium a lui aussi touché un nouveau point bas de plus de trois ans à 1 770 $ la tonne vendredi. Les stocks continuent de grimper sur le LME (ils touchent un point haut à 1,7 million de tonnes !).
Comme je vous le disais, je n’arrive pas à savoir ce qui baisse le plus vite : la demande ou la production d’aluminium ? Une situation extrême…
Les analystes anticipent un marché très largement excédentaire pour l’an prochain. Il faudrait donc encore réduire bien plus la production pour que l’aluminium s’en sorte.
A noter aussi le fort repli de l’étain, les nouvelles en provenance de la Chine étant mauvaises.
Le zinc a été soutenu par les très nombreuses baisses de production annoncées cette semaine et également par des rachats massifs de positions vendeuses
Sachant qu’il s’est déjà bien plus effondré ces dernières semaines que les autres métaux, son potentiel de baisse s’amoindrit. D’où une certaine forme de résistance, voire une stabilisation possible.
4. Soft : les céréales prises dans la spirale baissière des marchés
Mauvaise semaine également pour les grains aux Etats-Unis : blé, soja et maïs sont en repli sur le Cbot, non loin de leurs plus bas niveaux.
Le risque de ralentissement de la demande a certes pesé, quoique dans une moindre mesure (on ne peut pas arrêter de manger !). Mais c’est surtout la chute du cours du brut, auquel ces céréales sont corrélées, qui les a tirées à la baisse.
A 50 $ le baril, inutile de vous dire qu’il devient impossible ou presque de rentabiliser les biocarburants, réalisés à partir de soja et de maïs notamment. La baisse de la demande de brut se répercutera donc sur la demande de ces céréales, une partie de leurs débouchés étant l’industrie des biocarburants.
A cela s’ajoute la persistance des ventes des hedge funds qui n’en finissent pas de liquider leurs positions pour faire face à leurs besoins en liquidités.
Face à cela, les fondamentaux ne pèsent pas lourds. La sécheresse qui menace l’Argentine, alors même que la période des semis s’ouvre, n’a pas l’air d’émouvoir les investisseurs…
Notez également la baisse des exportations de soja américain qui ont pesé sur les cours.
Vendredi, le blé, le maïs et le soja s’échangeaient respectivement en fin de journée à 5,32 $, 3,72 $, et 8,57 $ le boisseau à trois mois sur le Cbot.


