Alors qu’il y a quinze jours, les matières premières chutaient fortement, la semaine dernière aura été la semaine du "rattrapage".
Les investisseurs ont réalisé des achats à bon compte, ce qui a largement soutenu les cours. Et c’est l’affaiblissement du dollar contre l’euro qui a largement dopé le mouvement… En effet, face à la menace inflationniste, J.C. Trichet maintient le cap et refuse d’abaisser les taux, contrairement à ce que beaucoup espéraient.
Et le chiffre qui tombe à l’instant ne va pas le faire changer d’avis de sitôt : on anticipe pour mars un taux d’inflation de 3,5% dans la Zone euro. Un record !
Autre facteur de soutien aux matières : les données économiques maussades en provenance des Etats-Unis, qui ont globalement pesé sur les bourses américaines.
Conséquence de tout cela ? Les capitaux reviennent sur les matières pour se protéger de la baisse du dollar et de la hausse des risques inflationnistes.
Energie : c’est reparti à la hausse
Retour en force du pétrole cette semaine. Alors qu’il y a quelques jours les cours passaient sous les 100 $, le WTI cotait vendredi à nouveau 105,10 $ le baril sur le Nymex, livraison mai ; après avoir flirté avec les 108 $ en cours de semaine suite à des explosions qui auraient endommagé des pipelines en Irak.
Le Brent coté à Londres affichait 103,27 sur l’ICE vendredi, toujours livraison mai.

Cours du WTI en US$ le baril
C’est l’affaiblissement du dollar qui soutient les cours du pétrole dans un marché qui reste hautement volatil. Car n’oubliez pas que les fondamentaux sont mauvais : le ralentissement US devrait peser sur la demande de brut et donc lever la pression sur les prix. Il n’en est rien car la spéculation reste prépondérante… pour l’instant.
Métaux précieux : rebond après la chute
Forte volatilité aussi sur le marché de l’or qui repartait vigoureusement à la hausse en début de semaine (jusqu’à 955 $ l’once) avant de fléchir à nouveau en fin de semaine.
Les principaux facteurs de soutien sont l’affaiblissement du dollar suite à l’optimisme affiché des chefs d’entreprises allemandes, la hausse des prix du brut et les doutes sur les marchés boursiers.
On a également vu revenir sur le marché les joailliers chinois qui l’avaient déserté précédemment. Ils ont profité de la chute de l’or pour s’approvisionner à nouveau.
Autre élément important : les banques chinoises ont à présent le droit de jouer les contrats futures sur l’or, sur le marché domestique de l’or.
L’argent a suivi la tendance haussière de l’or. Il gagne plus de 5% sur la semaine.
Le platine qui avait chuté jusqu’à 1 803 $ l’once il y a quelques jours, a, entre temps, regagné 13% en revenant à 2 045 $. Mais nous sommes encore loin des 2 301 $ touchés début mars. La situation reste tendue sur l’offre et les incertitudes en Afrique du Sud sont loin d’être levées.

Cours du platine en US$ l’once
Le palladium n’a pas réussi à rebondir aussi fortement que le platine auquel il est corrélé. Il cotait vendredi 444 $ contre 430 $ la semaine précédente, soit un rebond de seulement 3,2%.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 843 | 3015 | 6,05% |
| Cuivre* | 7 840 | 8 410 | 7,27% |
| Plomb* | 2 714 | 2 860 | 5,38% |
| Nickel* | 28 850 | 30 300 | 5,03% |
| Etain | 19 900 | 20 650 | 3,77% |
| Zinc* | 2 270 | 2 329 | 2,60% |
| Acier (Méditerranéen) | 873 | 870 | -0,34% |
| Or (spot) | 920,75 | 931,26 | 1,14% |
| Argent (spot) | 17,00 | 17,88 | 5,18% |
| Platine (spot) | 1 863,00 | 2 019,50 | 8,40% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Métaux de base : rassurez-vous, ils en profitent !
Nos métaux ont adoré la hausse de l’indice de confiance des che
fs d’entreprises allemands. Car cela a fait fléchir le dollar. Cela suggère aussi que la plus grosse économie européenne se porte bien, malgré un euro fort, un baril de brut au plus haut et malgré la crise financière.
Il n’en fallait pas plus pour rassurer les marchés des métaux. N’oubliez pas que les métaux sont inversement corrélés au dollar. Or il est retombé vers les 1,58 contre l’euro !
Après le carnage de la semaine précédente, la semaine passée aura été celle des achats à bon compte. Le rebond est généralisé.
L’aluminium croît moins vite que les autres métaux, probablement à cause de son stock qui atteint des niveaux record sur le LME, au plus haut depuis un an. Mais les tensions au niveau de l’offre électrique en Afrique du Sud subsistent, ce qui soutient les cours de l’aluminium.
Cuivre : L’International Copper Study Group a annoncé que le marché du cuivre est ressorti en déficit de 42,000 tonnes en 2007. Autre facteur de soutien : les stocks de cuivre, au plus bas depuis sept mois sur le LME, et en recul à Shanghai. Le niveau de stock actuel permet de tenir 3 semaines face à la demande. C’est peu… le moindre problème côté offre et le cours s’envole !

Cours du cuivre en US$ la tonne sur le Nymex
La hausse du nickel s’explique par des anticipations de hausse de la production chinoise d’acier pour 2008.
Autre facteur de soutien : l’annonce d’un cas de force majeure par BHP Billiton dont les livraisons en provenance de la mine colombienne de Cerro Matoso sont très fortement perturbées depuis le début de la grève le 27 février dernier.
L’étain s’envole encore et toujours. Le Congo, l’un des trois gros producteurs d’étain mondiaux, a fait cesser la production d’étain dans la région de Walikale. Objectif : faire obstacle à la contrebande armée dans la région. Le problème, c’est que cette région représente 50% de la production d’étain du Congo, et que le marché de l’étain est très très serré. L’ajustement se fait donc par le prix. Et le cours risque de grimper encore.
A cela s’ajoutent les menaces de la police indonésienne qui pourrait bien décider à nouveau de faire obstacle aux livraisons d’étain de PT Koba. Toujours dans le cadre de la chasse à la production illicite d’étain…
Le zinc a souffert de la hausse du stock sur le LME.
Soft Commodities : dans l’expectative…
La spéculation est toujours très forte et la volatilité reste très élevée.
Après un beau début de semaine, soja et blé (qui sont montés à 13,5 $ et 11,25 $) ont fini la semaine en recul. En cause, des prises de bénéfices justifiées et une volonté de se désengager face aux doutes que fait planer la période des semis aux Etats-Unis. Que vont planter cette saison les agriculteurs américains ? Voilà la question que tout le monde se pose…
Pour l’instant, les investisseurs parient sur une hausse de 12% des semis de soja, de 6,7% du maïs et de 6% du blé… Sauf que tout ne peut pas croître en même temps, les surfaces étant limitées ! Attendons donc les anticipations de l’USDA ce soir pour y voir plus clair.
Livraison mai, le soja cotait vendredi 12,70 $ le boisseau et le blé 9,89 $ sur le Cbot. Le maïs s’affiche quant à lui à la hausse à 5,61 $ e boisseau.
Je ne reviens pas sur le riz. La situation devient critique au Sénégal, au Cameroun et aux Philippines qui fait appel à la solidarité entre pays asiatiques pour nourrir sa population…


