Le marché des matières premières n’est plus ce havre de paix sur lequel venait se réfugier les victimes des marchés actions et les déçus du Bernankisme.
Le mois d’août nous avait pourtant donné quelques raisons de rester optimiste, alors que les marchés actions avaient expérimenté un mini-krach. Dans l’inquiétude générale, les matières avaient bien résisté. L’indice des commodities de S&P n’avait cédé que quelques points de pourcentage alors que le CAC 40 perdait plus de 25% en trois mois.
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Désormais, l’espoir n’est plus d’actualité
Les métaux et les matières agricoles ont décroché la semaine dernière, en phase avec les marchés actions. Désormais, la résilience de la demande des pays émergents, Chine en tête, est mise à mal.
Or, cuivre, blé… quand tous les totems de notre économie basculent, que faut-il faire ?
Quelques lignes pour essayer de dégager une stratégie pour les mois à venir…
Une vague de défiance envahit la planète matières
Les mots ont décidément gagné la bataille contre les faits. Il n’aura suffit que d’une petite phrase de la Fed exprimant les “risques baissiers significatifs pesant sur les perspectives économiques” pour faire plonger les marchés de manière globale et sans nuance. Aussi contagieuse qu’une bonne grippe dans la salle d’attente d’un médecin, la fébrilité américaine s’est alors transmise au secteur des métaux.
Autre petite phrase mortelle : celle du patron de Rio Tinto, Tom Albanese. Celui-ci a annoncé la semaine dernière le report de plusieurs contrats dans le charbon.
Et comme les marchés sont davantage gouvernés par l’émotion que par la raison des chiffres, il n’en fallait pas plus pour faire faillir le secteur.
Retour à des plus-bas d’un an
En rang serré, les métaux ont tous décroché violemment, poussés dans leur chute par un raffermissement du dollar.
Ainsi le cuivre a violemment chuté de pratiquement 10%, l’étain de 9%, l’aluminium de 7%. C’est simple, ces matières retrouvent leur niveau d’il y a un an. São Paulo ou Sydney, indices actions lourdement pondérés en valeurs matières ont également chuté jeudi dernier, alors que ces places profitaient jusque-là de la bonne tenue du secteur des métaux.
A Londres, le FTSE350 MINING perdait 12% en une seule journée, alors qu’il était installé sur un trend légèrement haussier depuis le décrochage des marchés actions début août (+5%).
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La Chine s’enrhume, la bourse attrape une pneumonie
La petite phrase d’Albanese n’aura été qu’un déclencheur.
Le gros grain de sable est venu d’ailleurs. Alors que les Etats-Unis et l’Europe désespèrent de trouver une issue favorable à la crise de la dette, ce sont les doutes sur la robustesse de la Chine qui sont venus accélérer le décrochage du secteur des métaux.
En août, et pour le troisième mois consécutif, l’indice manufacturier chinois calculé par HSBC était en baisse. Quand on sait que Pékin consomme 40% du cuivre mondial et est le premier consommateur de pétrole au monde, on a de quoi s’inquiéter.
Un ralentissement aurait des conséquences dramatiques sur l’économie mondiale…
Depuis quelques temps déjà, les banques locales chinoises sont un sujet d’inquiétude. Criblées de dettes, une baisse de l’activité économique — et surtout un retournement de l’immobilier — leur serait fatale et entraînerait tout le secteur financier chinois à la baisse. La dégradation des finances chinoises empêcherait Pékin d’organiser un plan de relance aussi massif qu’en 2008.
Le grand big bang financier en Europe et aux Etats-Unis ne pourrait plus être amorti par le moteur chinois. On comprend un peu mieux la panique des marchés…
Vers le big bang des métaux ?
Les perspectives pour les métaux ne sont pas brillantes pour le reste de l’année.
La panique s’étant désormais emparée des matières, les cours pourraient continuer à chuter encore un peu plus. Symbole de la déroute du marché, le cuivre a cassé le seuil des 8 000 $ la tonne à Londres, et s’approche dangereusement des 7 000 $.
Cette chute est due d’abord à un retrait des liquidités du marché des matières (les investisseurs fuient les actifs risqués) et à un pessimisme sur les perspectives de croissance mondiale.
Pourtant, le ralentissement chinois n’est pas certain. Aurons-nous droit à un soft landing ?
Pékin tient entre ses mains l’avenir des métaux
Les investisseurs s’attendaient à un redémarrage des achats de métaux, de cuivre notamment, à partir de septembre. En effet, Pékin avait fini de déstocker son cuivre cet été, et s’apprêtait à acheter du cuivre sur le LME pour profiter du spread avantageux avec Shanghai.
Cette stratégie va devoir être revue depuis que les marchés ont décroché.
La santé du secteur dépendra ainsi de la vigueur de la demande intérieure chinoise. Si celle-ci arrive à se maintenir, Pékin pourrait procéder à des achats un peu plus tard dans l’année.
Pour l’instant, le pays est probablement en attente. Mais une stabilisation prochaine des cours autour des 7 000 $ pourrait être un signal positif d’achat pour Pékin.
La réaction du secteur métaux sera alors intéressante.
Guetter les opportunités
Avec la stabilisation du marché, des opportunités pourraient apparaître. Des matières ou des compagnies sont actuellement en train de se faire laminer, alors que leurs fondamentaux restent sains. Un retour à un peu plus de raison permettra éventuellement de rentrer sur des valeurs sûres.
Mais d’ici là, gardons un oeil sur Pékin et le LME. Le risque de double dip est latent, mais il n’est pas certain.





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