Les prix du charbon ne sont pas près de fondre

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Par Ryadh Benlahrech (*)

Les inondations bibliques font flamber le charbon
En plus d’avoir provoqué des pertes humaines et des dégâts matériels qui se chiffrent à plusieurs millions de dollars, “les inondations bibliques” qui se sont abattues dans la région du Queensland, au nord est de l’Australie, sont en train de pousser les prix du charbon à la hausse.

En Asie, le prix de référence de la tonne de charbon à vapeur a atteint 126,10 $, fin décembre, au plus haut depuis vingt-sept mois.

D’après de nombreux analystes tels ceux de Daiwa Group et de Morgan Stanley, la tonne de charbon à coke pourrait augmenter de 33%, pour se négocier entre 270 et 300 $, alors qu’elle s’établissait à 225 $ avant les pluies torrentielles.

Le charbon est indispensable
Or cette énergie fossile est indispensable à de nombreuses industries de l’économie mondiale.

▪ Le charbon à coke entre dans la composition de l’acier (1 tonne d’acier est composée d’environ 420 kilos de coke).

▪ Le charbon à vapeur (ou thermique) sert à produire de l’électricité dans de nombreux pays émergents, à l’instar de la Chine ou de l’Inde, mais aussi en Allemagne, qui utilise près de 50% de charbon à vapeur pour ses besoins en électricité.

L’Australie est le plus gros exportateur mondial de charbon à coke
Les conséquences des inondations sur l’activité économique du Queensland sont terribles. En effet, la plupart des mines de charbon australiennes y sont concentrées et ce pays fournit la moitié des exportations mondiales de charbon à coke.

Les trois quarts de toutes nos mines ne peuvent plus travailler et ne peuvent donc plus approvisionner le marché. Il devrait y avoir un effet significatif à long terme, pas seulement au niveau national mais aussi à l’international, a affirmé le Premier ministre de l’Etat du Queensland, Anna Bligh. Les pertes sur les recettes d’exportation pour cette région sont estimées à 480 MAUD (370 millions d’euros) par Australia and New Zealand Bank.

Force majeure
Ces aléas climatiques ont même obligé les grands producteurs du pays comme BHP Billiton et Rio Tinto à activer une clause légale de force majeure, qui les autorise à suspendre les livraisons sans pénalités financières. Selon la banque Macquarie, 37% des échanges mondiaux de charbon à coke sont affectés.

D’après le conseil des ressources du Queensland, le retour à une situation normale n’est pas attendu avant février.

Pour rappel, en 2008, le prix spot (livraison immédiate) du charbon à coke avait atteint 400 $ la tonne, en raison d’inondations beaucoup moins violentes dans la même région.

L’offre est à la peine, mais la demande ne faiblit pas !
▪ En 2010, la Chine a consommé 3,3 milliards de tonnes de charbon, qu’elle utilise pour faire tourner ses usines, produire de l’électricité et chauffer sa population.

Même si l’empire du Milieu est le plus important producteur mondial de charbon (tous types confondus), il est contraint d’importer d’énormes quantités pour satisfaire ses besoins.

▪ Cette année, l’Inde prévoit un accroissement de 10% de sa consommation d’acier, fabriqué à partir de coke. En octobre dernier, l’Association mondiale de l’acier a estimé la demande pour cet alliage à 1,34 milliard de tonnes en 2011, un record !

Au Japon, les aciéristes s’inquiètent de la flambée actuelle des prix, car le pays est le plus gros importateur de charbon à coke.

▪ Enfin, en Allemagne, un porte-parole du plus grand fournisseur d’énergie E.ON, George Oppermann, estime que les inondations en Australie auront un impact sur les prix du charbon en Europe : “La demande asiatique influence fortement les prix du charbon.” Et d’ajouter : “S’il y a une pression à la hausse sur les prix dans cette région, les clients asiatiques se tourneront vers d’autres fournisseurs comme la Russie, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis ou la Colombie, qui vendent traditionnellement à l’Europe.

Misez sur les gagnants
L’Indonésie (deuxième exportateur mondial) et la Mongolie devraient profiter de ces inondations pour exporter plus de charbon à destination de la Chine.

Les groupes miniers, à l’exception des australiens, vont également être avantagés par des prix soutenus, notamment le canadien Tech Ressources (voir MoneyWeek numéro 106).

Première parution dans le numéro 114 de MoneyWeek.

(*) Ryadh Benlahrech est diplômé d’un master 2 Information et Journalisme économique. Après avoir travaillé à La Tribune, au service Finances, il a rejoint la rédaction de MoneyWeek. Il suit notamment l’actualité financière et macro-économique.

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