Le secret est ailleurs…
Il y a une dizaine d’années, une de mes connaissances vivant aux Etats-Unis avait fait fortune en très peu de temps grâce aux actions technologiques. Oh, je sais bien ce que vous pensez : il a profité de la hausse du NASDAQ…
En réalité, seul un faible pourcentage de ses gains était dû à la progression des marchés : le secret de ses résultats époustouflants résidait ailleurs.
Ses performances ayant piqué ma curiosité, je lui demandai alors sa recette miracle
"Oh, c’est facile", me répondit-il.
"J’habite pas loin de la Silicon Valley ; le samedi et surtout le dimanche, je prends ma voiture et je suis un itinéraire qui passe par toutes les sociétés cotées en Bourse du coin. Quand je vois que, pendant plusieurs semaines voire des mois, le parking est plein chaque week-end, alors j’achète des actions de la société en question. Je me dis qu’en travaillant sept jours sur sept, ils accompliront en moyenne davantage que les autres".
Tout indicateur fiable possède ces trois qualités
Au cours de mon existence, j’ai pu invariablement vérifier un principe. Tout indicateur fiable possède ces trois qualités : il est facile à interpréter, pétri de bon sens et surtout, surtout ignoré par la majorité des acteurs du marché.
L’approche de ce lointain cousin d’Amérique réunissait ces trois critères, et donnait par conséquent des résultats au-delà de tout espoir.
Mieux encore…
Dans la même veine, en août dernier, je m’étais intéressé à des statistiques auxquelles, à ma connaissance, la plupart des investisseurs étaient restés sourds.
Il s’agissait d’une part de la hausse des ventes des tentes de camping aux Etats-Unis, et de l’autre d’une chute des ventes de valises et autres bagages achetés au début de l’an passé.
Conclusion évidente : l’Américain moyen comptait passer ses vacances dans les bois pas loin de chez lui en campant, au lieu de prendre l’avion pour partir au loin.
Là-dessus, je proposais à mes abonnés une transaction neutre
Une transaction avec deux positions (ma spécialité) : l’une haussière sur une société profitant de la hausse des ventes de tentes, et l’autre baissière sur une compagnie aérienne mal en point, leur faisant miroiter un profit garanti de 10% au moins en une demi-année. A ce jour, le gain dépasse 20% malgré une chute de 38% des indices boursiers.
L’idée est bonne, mais…
Le monde des matières premières et des devises regorge également d’indicateurs, dont certains sont moins suivis que d’autres. Pour certaines matières premières, par exemple, de nombreux spéculateurs ne jurent que par l’indice Baltic Dry, qui donne la tendance des prix pour le transport maritime en vrac de matières sèches.
L’idée est bonne, car le coût du fret maritime varie avec les quantités transportées et que le vrac sec concerne des marchandises que l’on utilise tôt dans la chaîne de production — comme le ciment ou l’acier. Malheureusement, le BDI ne réunit que deux des trois conditions susnommées, puisqu’il est largement connu et observé par la majorité des investisseurs.
J’ai trouvé la parade
C’est pourquoi je me suis plus récemment intéressé aux communiqués de l’association des chemins de fer américains, allant jusqu’à m’abonner à leur flux RSS pour être notifié gratuitement de tout nouveau communiqué de presse de leur part.
Ainsi, tous les jeudis, il m’est notamment possible d’être informé de l’évolution lissée sur trois semaines de la quantité de grains, de charbon, de bois, de produits pétroliers et de métaux acheminés par le rail.
Voici comment (entre autres !) je déniche les secteurs porteurs et les secteurs plombés
Aux dernières nouvelles, ce sont les véhicules à moteurs et leur équipement qui connaissent la chute la plus brutale (-51%), suivis des produits métallurgiques (-44%) et du bois (-32%).
Ce qui résiste le mieux sont par exemple les produits fermiers hors grain (stable), le charbon (-3% seulement) et les produits pétroliers (-10%).
L’idée ensuite est simple : vous shortez le secteur plombé et achetez le secteur porteur
Il est bien entendu possible d’affiner tout cela en regardant les pays séparément (l’association regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique) pour arriver à des décisions d’investissement, comme par exemple de parier sur la surperformance d’un producteur d’oeufs par rapport à un constructeur automobile.
Comme quoi le bon vieux "secret" de l’indicateur peu suivi, facile à interpréter et bourré de bon sens n’a pas perdu de sa superbe au cours des 10 dernières années…
Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur Le Coin des Insiders.


