Parlons de l’étain. Il fait parti des métaux de base dont on entend très peu parler… Début 2007, alors même que nous lancions l’Edito Matières Premières, je me souviens des anticipations des professionnels qui voyaient grimper les cours de l’étain de 4% en 2007. Sa performance réelle ? 40% depuis le début du mois de janvier 2008, 88% depuis un an et 160% depuis janvier 2006 ! Je suis certaine que vous voulez savoir pourquoi ? Et encore plus si cela va durer ! Allons-y…

Cours de l’étain à trois mois, en dollars la tonne, sur le LME
Les termes de l’équation ?
Voici en quelques mots le tableau : forte hausse de la demande ; production qui stagne, voire décline ; stocks très bas. Tous les ingrédients pour faire s’envoler le cours. Qui a mis le feu aux poudres ?
L’Indonésie traque les mines illégales et fait chuter la production
C’est le gouvernement indonésien qui a fait monter le prix de l’étain. Comment ? En luttant de façon acharnée contre les milliers de mines illégales sur l’île. Toutes ces mines sauvages entraînaient une surabondance de l’offre et cassaient les cours de l’étain. Pire : lorsque les cours étaient dans le creux de la vague, impossible de les faire remonter, la production n’étant pas maîtrisée. Les gros producteurs légaux avaient beau réduire leur offre pour faire remonter les cours, les mines illégales en profitaient pour accroître leur offre !
Changement de politique depuis quelques mois : la production sans licence d’exploitation est dorénavant interdite. La police n’y est pas allée de main morte. Les Autorités ont fait le nettoyage dans le secteur, fermant des dizaines de mines et de haut-fourneaux alors même que la demande d’étain augmentait significativement.
Les 2 géants miniers Timah et Koba Tin ont interdiction de recourir aux mines artisanales. Or celles-ci produisaient quelque 60 000 tonnes d’étain par an !
Alors qu’en 2006 l’Indonésie a produit 125 000 tonnes d’étain, sa production 2007 ne devrait s’élever qu’à 90 000 tonnes. On est loin des 240 000 tonnes de 2005…
Cerise sur le gâteau : j’apprends hier que les hauts fourneaux de PT Koba sur l’île indonésienne de Bangka auraient été fermés par la police. L’entreprise est accusée d’avoir eu recours à du minerai trouvé hors de sa concession. Attention, si cette affaire dure, le cours de l’étain qui vient de pulvériser le seuil des 17 000 $ la tonne sur le LME pourrait grimper encore plus haut…
L’Union Européenne fait grimper les enchères avec ses normes sanitaires anti-plomb
Pendant que l’Indonésie réduisait la voilure sur la production d’étain, l’Union européenne interdisait le recours au plomb dans les soudures des composants électronique et informatiques. Et alors, me demanderez-vous…
Sachez que c’est une aubaine pour l’étain dont les caractéristiques sont très proches de celles du plomb — toxicité et nocivité en moins. Du coup, il sert à présent de substitut au plomb ! 50% de la consommation mondiale d’étain part dans les soudures électroniques et informatiques ! Ce qui a fait grimper la demande d’étain en flèche !
Parlons-en de la Chine. Elle aussi participe à l’envolée des cours…
La Chine produit 32% de l’étain mondial. Viennent ensuite le Pérou et l’Indonésie, avec respectivement 26% et 22% de la production, puis la Bolivie.
Vous connaissez son appétit gargantuesque pour les matières premières. La Chine, premier producteur mondial est aussi le premier consommateur d’étain et n’arrive plus à faire face à ses propres besoins. Depuis septembre 2007, la Chine est importateur net d’étain ! Regardez les chiffres de décembre 2007 : les exportations sont en baisse de 52% et les importations en hausse de 28% par rapport à décembre 2006. La demande intérieure est si vigoureuse que les autorités ont décidé de taxer les exportations de 10% depuis le 1er janvier pour dissuader les producteurs d’exporter…
Mieux : l’étain est substituable au plomb, mais aussi à l’aluminium !
Or l’industrie de l’emballage est très grosse consommatrice d’aluminium. Or celui-ci est de plus en plus remplacé par l’étain dans la fabrication des boîtes de conserve dont la demande s’envole ! La population chinoise migre vers les villes et est de plus en plus friande de boîtes de conserve ! Fini le lopin de terre et le potager familial ! Voici un moyen rapide et pas cher de nourrir toute la famille…
Conséquence : la demande chinoise d’étain a ainsi grimpé de 30% en 4 ans. Elle devrait encore croître de 9% en 2007 et de 5% en 2008 selon les estimations.
Où va l’étain maintenant ?
Une légère remontée du stock du LME a quelque peu fait pression sur les prix récemment.
Le graphique est franchement haussier. Difficile en outre de compter sur une baisse significative de la demande. A court moyen terme, elle devrait rester à flot.
Lorsque je vous en ai parlé en février 2007, il cotait alors 13 000 $ la tonne, et j’étais très optimiste, fixant un objectif de 15 000 $. Il est aujourd’hui à 17 000 $.
Nous avons atteint des records. Une bulle ? Peut-être… Je crois pourtant que les cours peuvent encore grimper un peu. 18 000 $ ? C’est possible. Mais tôt où tard elle devra se dégonfler. Et ce pourrait bien se passer d’ici la fin de l’année.
Le ralentissement US impactera probablement les secteurs électronique et informatique dont dépend l’étain.
Mais surtout : l’Indonésie a clairement le cours entre les mains. Et je ne suis malheureusement pas dans les “petits papiers” des hauts responsables locaux ! Ce pays pourrait bien faire crever l’abcès pour des questions de politique intérieure. Frédéric, qui habite sur place depuis 15 ans, va vous dire pourquoi…


