En dépit de la dérobade des demandes indienne et de la bijouterie, l’or ne semble pas décidé à baisser. Il faut dire que les investisseurs sont plus présents que jamais. Les plus actifs d’entre eux, les hedge funds, sont mêmes revenus en force, à commencer par celui d’un certain John Paulson…
Histoire de changes
Le 24 février à Londres, l’or faisait une pointe à quelques cents des 990 dollars l’once ($/oz, 768 euros/oz), avant de retomber. Le 1er juin, il cotait 987 $/oz (soit 694 euros/oz), à quelques dollars de son record annuel. En euros, le compte n’y est pas, car en trois mois, l’euro s’est repris de plus de 13% contre le billet vert. C’est l’une des raisons de la hausse de l’or – en dollars du moins.
Aujourd’hui, il cote 930 $ l’once.
Le dernier numéro de Gold Demand Trends, une des revues trimestrielles du Conseil mondial de l’or, apporte des éléments pour mieux comprendre les fondamentaux du marché de l’or.
La demande de métal jaune évolue radicalement
Au premier trimestre (T1) 2009, l’offre d’or a progressé de 34% sur un an à 1 144 tonnes (t), grâce aux mines (un peu) et au recyclage (beaucoup).
Parallèlement, la demande a atteint 1015 t, soit 38,4% de plus qu’au T1 2008 (734 t). Si la demande de métal jaune n’a pas disparu, elle évolue radicalement.
Premier événement marquant du trimestre : l’Inde, qui représentait quelque 20% de la demande mondiale (107 t) l’an dernier, n’en pèse plus que 3,7% au T1 2009 (17,7 t !). Qui disait que les cours du métal jaune ne tiendraient pas sans l’Inde ?
Demande d’investissement : +248%
Ensuite, la demande globale de bijouterie s’est encore contractée de 26% au T1, à 352 t, alors que la consommation industrielle perdait 31% à 80 t.
Enfin, la demande d’investissement a bondi de… 248% à 596 t, et a donc dépassé la joaillerie – deuxième enseignement. Historique ! Sur la période, l’investissement représentait 58% de la demande totale d’or, contre 31% en 2008, et seulement ! Voilà ce qui s’appelle prendre du galon – doré, bien sûr.
Les ETF grillent la politesse au physique
Comment se répartissent ces investissements ? Contrairement au second semestre 2008, le "physique" n’est plus à l’honneur.
La demande de pièces officielles (Gold Eagles, Maple Leaves, krugerrands…) a effectivement décollé de 154% à 73 t au T1, mais la demande de lingots a été négative (-33 t).
D’un côté, l’Allemagne, la Suisse et les Etats-Unis ont vu leur demande d’investissement de détail (pièces et lingots jusqu’à 1 kg) décoller de 216% à 437%, pour un total de 125,6 t. Mais la demande s’est effondrée au Moyen-Orient et en Asie, où certains pays (Thaïlande, Inde, Indonésie) ont même vendu plus qu’ils n’ont acheté.
Bref, l’investissement aurifère s’est déplacé vers les Exchange Traded Funds (ETF) dont la demande a décollé au T1 de 540% (multiplié par 6,4) à 465 t.
Le premier d’entre eux, l’Américain SPDR Gold Shares, disposait d’un encours de 1 127 t de métal à fin mars, en hausse de 347 t sur le trimestre.
Et encore la "demande déduite"
N’oublions pas les résidus statistiques de demande qui traînent au fond des tableaux du Conseil de l’or : la fameuse "demande déduite" ("inferred demand")composée de la demande d’investissement hors ETF, pièces et lingots, et avec les positions dérivées. C’est elle qui explique la différence entre l’offre (1 144 t) et la demande (1 028 t).
Elle était négative durant tout le second semestre 2008, ce qui marquait"un abaissement du niveau de risque alors que les investisseurs liquidaient leurs positions spéculatives [sur l'or] – par choix ou par nécessité de couvrir les pertes sur d’autres classes d’actifs", commente le Conseil. Elle est redevenue positive au T1 2009 à hauteur de 116 t.
Gros investisseurs et gros lingots
Les spéculateurs seraient-ils de retour sur l’or ? En partie seulement.
Le Conseil précise que "la plus grosse part"de ces 116 t était composée "des lingots de plus d’un kilo, qui ne sont pas comptabilisés par la demande de détail". Qui donc peut s’offrir des barres monétaires de 400 onces (12,5 kg ?) utilisées par les banques centrales et les ETF ? Pas de doute : qu’ils aient utilisé les ETF, les "barres" ou les dérivés, c’est en force que les investisseurs sont revenus sur l’or au premier trimestre.
Un initié de taille
D’ailleurs, savez-vous qui a acquis quelque 31,5 millions de parts de l’ETF SPDR Gold Shares sur la période ? Rien de moins qu’un hedge fund de John Paulson, celui qui a vu venir de si loin la crise qu’il y a gagné le surnom de "sultan des subprime".
Pas vraiment un manchot ! A la fin mars, un fonds de Paulson détenait à lui seul 8,6% de cet ETF. Si tel est toujours le cas aujourd’hui, voilà Paulson à la tête de 96 tonnes de métal jaune. Pour un pari, c’est un pari !


