L’or a un très beau potentiel (II)

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Suite de l’extrait de la lettre Matières à profits paru le 28 mars dernier, et dont l’analyse reste plus que jamais d’actualité

Quels acteurs détiennent aujourd’hui l’essentiel de l’or physique mondial ? Vous vous dites que ce sont les banques centrales : ne s’en sont-elles pas servi des années durant pour garantir la stabilité de leur devise ? Et n’est-ce pas ce que proclament les chiffres de leurs réserves, qu’elles communiquent obligeamment ?

Les Banques Centrales, décidées à ne plus laisser dormir leur or
Eh bien, pas tout à fait. Voyez-vous, la plupart des banques centrales, depuis vingt ans, se sont lassées d’un actif qui dormait dans leurs coffres et ne rapportait rien. L’âge des monnaies convertibles était passé depuis longtemps : les états se finançaient à coups d’obligations, ce qui impliquait de trouver des prêteurs complaisants. Par ailleurs, les liquidités manquaient.

Malheureusement, vendre publiquement leur or, pour les Banques Centrales, c’était risquer de déclencher un séisme financier… En revanche, elles pouvaient le prêter – ce qui est beaucoup plus discret : car si une Banque Centrale est tenue de déclarer au FMI ses achats, ses ventes et l’état de ses réserves, rien à ce jour ne la force à préciser quelle partie de ses réserves elle a mis en location.

Voici comment fonctionne le juteux gold carry-trade :
La banque centrale prête une certaine quantité d’or à une banque accréditée («Bullion Bank»), à taux d’ami (jusqu’à 0,1%), pour une durée allant d’un mois à dix ans ; immédiatement, la banque emprunteuse met en vente cet or sur le marché – à découvert, donc – et réinvestit les fonds dans des emprunts d’Etat. Elle se rémunère sur le rendement de ces obligations, moins le loyer de l’or (c’est son «carry return»)… Zéro mise initiale, un rendement de 3% à 4% garanti : qui dit mieux ?

Bien entendu, il y a un revers – tout n’est jamais rose en bourse, même pour une banque ! Ici, c’est le risque : la banque est supposée restituer l’or physique à la demande du prêteur.

350 milliards de dollars d’actifs financiers en contrepartie de l’or
Après vingt ans de ce petit jeu, on estime la valeur de ces emprunts à quelque 350 milliards de dollars au cours actuel ! Cela signifie non seulement que les réserves des banques centrales sont constituées pour bonne partie d’or prêté à des banques qui seraient bien en peine de le rembourser… Mais aussi que tout le marché, à l’heure où la demande s’envole et où l’offre se raréfie, est structuré selon un «short» abyssal – des positions à la vente si gigantesques qu’elles ont maintenu les cours au plancher, bien loin des fondamentaux de l’offre minière et de la demande.

Dans ce cas de figure, et selon mon vieil adage «qui dépend de qui ?», la logique du nombre vous commande de passer «long». Tôt ou tard, le défaut de contrepartie va se faire sentir. Quand l’heure des comptes sonnera, que les emprunteurs se verront tenus de racheter 350 milliards de dollars d’or… Il n’est pas fou d’imaginer les cours décupler…

In Gold we trust ! Et c’est le moment pour vous d’en profiter
Assez de théorie : c’est le moment pour moi d’enfiler ma casquette d’analyste technique et de vous montrer comment profiter du trésor de Rama.

Le graphique ci-dessous représente l’évolution des contrats à terme «gold» cotés au Chicago Board Of Trade. On y voit bien la dernière accélération du deuxième semestre 2005, jusqu’à un sommet à 720 $ en mai 2006.

La correction qui suit est due à la baisse des cours pétroliers et au débouclage de positions longues par des fonds spéculatifs. Notez que des rumeurs de vente d’or par certaines banques centrales avaient aussi pesé sur le marché.

Après un point bas marqué vers 550 $ en juin, puis en octobre, le métal jaune apparaît en reprise, évoluant de façon erratique au sein d’un canal ascendant dont la borne inférieure se situe proche des cours actuels, autour de 650 $ (cours à fin mars. L’or cote ces jours ci autour de  680 $ – 690 $ l’once)

On peut aisément tracer une droite de soutien joignant tous les points bas depuis juillet 2005. Cette droite indique une tendance clairement positive sur le long terme, même si de fortes variations peuvent se produire à un horizon plus resserré. Actuellement, cette ligne passe autour de 620 $ : la probabilité pour que les acheteurs l’emportent sur les vendeurs à l’approche de ce support est importante.

En début d’année, l’or a connu une vive accélération, débouchant sur une sortie de congestion. Cette sortie a marqué la capitulation des vendeurs, dont la pression s’est relâchée. La hausse a pu se développer jusqu’au sommet du 27 février. Je considère la baisse qui a suivi comme un pullback (retour passager) contre l’ancienne partie supérieure de la congestion (635/650 $). Le nouveau départ haussier qui se dessine me conforte dans cette idée.

Le Macd, représenté au bas du graphique, revient sur un support autour de zéro et, signal positif, passe au dessus de sa moyenne (en pointillés). Cet indicateur confirme une hausse au minimum jusqu’à 720 $, correspondant au haut de canal moyen terme et quasiment au sommet de mai 2006.

N’attendez pas : Il faut entrer maintenant

Le pullback a déjà eu lieu : cela signifie que le métal jaune est au début d’une nouvelle séquence haussière. Il ne faut donc pas attendre. Je vous enjoins à acheter de l’Or au cours actuel (je vous dirai via quel support dans un instant)

Un retour sur la droite de support autour de 620 $ n’est pas impossible et devrait vous permettre de vous renforcer, le cas échéant, à meilleur prix. Mon inquiétude ne viendrait que de la rupture de la zone des 550 $, ce qui signerait la fin de la tendance haussière.

Mon premier objectif est à 720 $, comme je l’ai déjà signalé. Je m’attends à une vive réaction contre ce niveau… Mais une fois qu’il aura été franchi, le potentiel est considérable : la dynamique initiée par la sortie de la congestion devrait nous emmener à 780 $.

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Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.