Energie : le brut à une encablure des 100 $
Jusqu’où ira-t-il ? Le cours du pétrole poursuit sa hausse, inlassablement.
Franchissant sur le Nymex jeudi la barre des 96 $ le baril pour le WTI : un plus haut depuis 1983. Le Brent touchait sur l’ICE les 91,71 $ le baril ! Un plus haut depuis 1988. Regardez un peu cette échappée !

Beaucoup de causes à ce comportement presque fou du baril ! Causes fondamentales, mais surtout – surtout – causes spéculatives…
Tout d’abord, il y a la faiblesse continue du dollar qui a touché un nouveau record contre l’euro cette semaine à 1,4520 $ ! Voilà qui renforce l’attractivité du brut pour les investisseurs hors zone dollar. Sans compter que le brut est devenu un « anti-dollar » en soi, corrélé négativement à la devise américaine à plus de 80% !
Autre élément qui a dopé le cours du brut : les Etats-Unis ont créé 166 000 nouveaux emplois sur octobre. Tout ne va donc pas si mal que cela, se sont empressés de conclure les investisseurs ! Conclusion trop rapide à mon goût…
Le niveau hebdomadaire des stocks de brut aux Etats-Unis a lui aussi donné un petit coup de pouce au cours du pétrole. Ce stock étant inférieur de 6,4% au niveau constaté il y a un an à la même époque.
Et puis il y a les tensions au Moyen-Orient, entre l’Irak, la Turquie et le PKK.
Et l’accroissement des sanctions que souhaiteraient voir appliquer les Etats-Unis contre l’Iran.
Mais surtout, la folie haussière des spéculateurs…
Enfin, pour conclure ce chapitre, un petit avis personnel : le baril à 96 $ relève d’une spéculation effrénée et non d’une réalité économique et fondamentale. Il n’a rien à faire à ces niveaux ; malheureusement il y restera tant que la spéculation ne se calmera pas.
Et étant donné la situation anxiogène des marchés, je doute que l’accalmie soit pour bientôt.
Côté uranium, rien de nouveau. Le marché est stable avec un U3O8 à 85 $ la livre.
Métaux précieux : l’or, baromètre de l’anxiété des investisseurs
Nous y sommes ! L’or a franchi cette semaine allègrement les 800 $ l’once. Il cotait vendredi 810,20 $ livraison décembre sur le Nymex. La hausse se poursuit sur les chapeaux de roues. Regardez ce graphique. Une pure merveille !

Le stress qui a saisi en fin de semaine les marchés actions a dopé les cours de l’or.
La demande des investisseurs reste très soutenue.
Leur objectif : acheter une assurance « tous risques » pour se protéger de la baisse du dollar et d’une potentielle menace inflationniste (liée à la hausse du cours du brut notamment) – ainsi que de tous les risques géopolitiques ambiants et de la possible récession économique américaine. Bref : il s’agit de se protéger de tout ce qui ne tourne pas rond…
Or force est de constater que tous les repères ont volé en éclats ! L’or n’a pas fini de jouer son rôle de « havre de paix »…
Inutile de vous dire que la baisse des taux d’un quart de point de la Fed (à 4,5%) la semaine dernière, conséquence directe de la crise du subprime, a participé à propulser l’or vers ses records absolus.
Plus les investisseurs sont stressés et anxieux, et plus l’or monte. La corrélation est directe et toujours plus forte ! Or justement, ils sont en train de prendre conscience de ce que je vous dis depuis six mois : les Etats-Unis n’échapperont pas à un fort ralentissement économique !
Bien entendu, la chute du dollar à son record absolu (il a touché les 1,4520 $ pour 1 euro) dope davantage encore l’once d’or.
Tout va bien dans le fabuleux monde de l’or métal…
L’argent a été tiré par l’or et progresse fortement cette semaine encore. Mais le potentiel de rattrapage de l’argent par rapport à l’or reste important. Il cotait vendredi 14,67 $ sur le Nymex.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 538 | 2 622 | 3,31% |
| Cuivre* | 7 870 | 7 435 | -5,53% |
| Plomb* | 3 655 | 3 711 | 1,53% |
| Nickel* | 31 800 | 32 200 | 1,26% |
| Etain | 16 475 | 16 550 | 0,46% |
| Zinc* | 2 900 | 2 769 | -4,52% |
| Or (spot) | 780,25 | 807,60 | 3,51% |
| Argent (spot) | 14,13 | 14,67 | 3,82% |
| Platine (spot) | 1 459,00 | 1 461,00 | 0,14% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Métaux industriels : ambiance morose…
Ambiance morose cette semaine pour les métaux industriels. Les chiffres économiques américains, moins vigoureux que prévus par le consensus des marchés, y est pour beaucoup.
L’indice ISM de l’activité manufacturière est en recul et atteste du ralentissement de l’économie outre-Atlantique. Il fait surtout craindre un recul plus marqué encore dans les mois à venir de la production manufacturière américaine.
Ajoutez à cela des marchés actions qui décrochent et des stocks de métaux en hausse sur le LME et vous comprenez le manque de « peps » sur la plupart des marchés de métaux.
Le zinc n’est pas à la fête, touché pour la troisième fois consécutive par des stocks journaliers en hausse de 5 000 tonnes. Même à Shanghai les stocks sont en hausse.
Le cuivre est lui aussi en recul. Principale cause : les craintes de plus en plus marquées quant à l’évolution à venir de l’économie américaine. La crise du crédit n’est pas finie !
Ajoutez à cela la hausse des stocks de cuivre sur le LME de presque 1% à 168 425 tonnes, et cette fois c’en est de trop pour le cuivre. Les investisseurs ont massivement vendu le cuivre au moment où le dollar reprenait un peu de couleurs. Le cours du cuivre passant sous sa moyenne mobile à 100 jours.
Le nickel se maintient à un prix élevé. Comme pour le brut, le cours est à mon avis déconnecté de la réalité économique et des purs fondamentaux du marché.
Et c’est la spéculation qui pousse le prix à la hausse. Jusqu’où peut-elle aller ? 100 $ pour le brut… plus de 35 000 $ la tonne pour le nickel ? Nous verrons bien. Mais fondamentalement, le nickel devrait valoir autour de 25 000 $ la tonne.
En attendant, les stocks de nickel sur le LME ont atteint leur plus haut depuis février 2000 !
Soft Commodities
Comme anticipé, le blé perd encore de sa superbe. Il cotait vendredi 7,80 $ le boisseau sur le Cbot, livraison décembre.
Les importateurs de blé ont rempli leurs greniers en achetant massivement le blé américain ces dernières semaines. L’effervescence est en train de retomber tranquillement.
Ainsi les exportations de blé US ont chuté la semaine écoulée de 67% par rapport à la semaine précédente.
Le soja reste quant à lui à ses plus hauts niveaux depuis 3 ans. Il cotait vendredi 10,16 $ le boisseau sur le Cbot, livraison janvier.

Cours du soja en cents US
La cause de cette insolente santé ? Les pronostics des professionnels quant aux rendements de la récolte à venir : ils seraient en chute du fait de la sécheresse et des moindres surfaces consacrées à la culture du soja – le maïs lui ayant été préféré en masse.
Perspectives
Il se pourrait bien que le prix du brut souffle un peu dans la semaine qui vient. Des prises de bénéfices devraient intervenir. Les spéculateurs vont-ils enfin se rendre compte qu’ils sur-réagissent ? Nous verrons bien… à vrai dire, j’en doute. L’appât du gain !
Ne rêvons donc pas trop. La pause pourrait fort bien servir de tremplin aux spéculateurs pour pousser le prix du baril encore plus haut dans un second temps !
L’or va sans doute poursuivre sa hausse, insolente et brillante.
Tout comme l’argent, dans son sillage. Il est toujours corrélé à l’or, ne l’oublions pas.
Le cuivre devrait continuer de consolider modérément.
La demande de blé américain n’est actuellement pas suffisamment importante pour maintenir le cours du blé à son niveau actuel. Le cours pourrait donc continuer de refluer tranquillement.
En revanche, je ne vois aucune raison pour que le soja reflue. Il devrait rester à ses plus hauts niveaux cette semaine encore


