L’or s’embrase, les métaux de base agonisent

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Mauvaise semaine pour les indices boursiers. Vendredi, le CAC 40 a perdu 4,25% à 2 755 points, le Dow Jones 1,34% et le DAX allemand 4,76%. Les indices boursiers sont globalement orientés à la baisse. Mais surtout, si l’on entre dans le détail, on s’aperçoit que leur configuration graphique respective est négative. Ce qui n’augure rien de bon.

Les banques sont toujours dans l’oeil du cyclone, les rumeurs allant jusqu’à prévoir les nationalisations probables de Citi et de Bank of America… C’est un peu comme si on nous disait qu’il fallait nationaliser la Société Générale et BNP Paribas pour cause de quasi-faillite !

En Europe, la cacophonie reste de mise. Aucune homogénéité dans les prises de position et les décisions. Chacun y va de ses petites idées. Deux sujets font débat :

Comment les Européens devraient-ils réagir si un Etat de l’Union sombrait faute de pouvoir lever des fonds sur les marchés ? Ce pourrait être le cas de l’Irlande, de l’Autriche ou de la Grèce.

L’autre sujet chaud est l’extrême faiblesse des pays d’Europe de l’Est et les conséquences qui en découlent. Nul doute que ces pays, en n’honorant pas leurs engagements, seraient susceptibles de faire sauter plus d’une banque européenne, et même un pays entier.

Les banques autrichiennes ont avancé quelque 230 milliards d’euros à ces pays. 70% du PIB autrichien ! "Un taux de défaillance de seulement 10% pourrait conduire à l’effondrement du secteur financier autrichien", déclare le quotidien viennois Der Standard. Quand on sait que la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) estime que le volume de créances douteuses devrait atteindre entre 10% et 20%… on a du souci à se faire.

Voyons comment nos matières se comportent…

1. Energie : la surprise est venue des stocks américains
Etant donné l’ambiance morose des marchés et les mauvaises nouvelles macroéconomiques, les prix du pétrole ont suivi les marchés actions à la baisse en début de semaine. Mercredi, le WTI échéance mars touchait ainsi un point bas à 34,10 $ sur le NYMEX.

Jeudi, le baril reprenait toutefois des couleurs, les stocks de brut hebdomadaires américains s’affichant en repli à la grande surprise de tous. C’est le premier repli de l’année ! Il s’explique notamment par une baisse des importations et un accroissement de la capacité de production des raffineries. Du coup, le baril revenait à 39,35 $.

Cela dit, mieux vaut suivre le Brent que le WTI pour se faire une idée juste de la situation du marché et des forces en présence. Il est soumis à une volatilité bien moindre… Livraison avril (le contrat mars est arrivé à échéance vendredi), le Brent Crude se négociait vendredi en fin de journée autour des 41,06 $ le baril sur l’ICE londonien.

Les perspectives ?
Nicolas Rémy écrivait dans Signal Matières & Devises : "le pétrole est sorti de sa phase d’attentisme en reprenant le chemin de la baisse, entraîné dans sa chute par les marchés actions. La cassure des 43 $ a invalidé mon scénario de reprise et les cours tentent désormais de s’affranchir du support à 40 $".

"Grand dilemme que celui du graphique du pétrole !" s’exclamait Marc Dagher dans L’Investisseur Or & Matières. "En effet, la théorie pure voudrait que la sortie d’un triangle à la baisse induise un retour de la tendance baissière. Cependant, il reste une ultime chance de rebond avec le test du support des 40 $. A prendre donc avec grande précaution."

Affaire à suivre…

2. Métaux précieux : l’or franchit les 1 000 $ vendredi
Vendredi en fin de journée, l’once d’or est passée au-dessus des 1 000 $ ! Ambiance économique déprimée, décrochage des marchés actions, rumeurs de nationalisations de grandes banques américaines, panique sur les pays de l’Est qui pourraient venir plomber un peu plus encore nos banques déjà très fragiles… il n’en fallait pas plus à l’or pour se propulser au-delà des 1 000 $.

Il est "la bouée de sauvetage" par excellence, la "valeur refuge" qu’on s’arrache…

La demande d’or de la part des investisseurs ne fait aucun doute. Jeudi, le plus gros fonds d’or de la planète, SPDR Gold Trust, a annoncé une nouvelle hausse de cinq tonnes du stock d’or qu’il gère — ses certificats or sont adossés à de l’or physique comme GBS –, soit 1 029 tonnes au total. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, sachez que la Banque centrale suisse est assise sur un tas de 1 040 tonnes d’or !

Et maintenant ?
Vendredi, Marc Dagher restait haussier dans L’Investisseur Or & Matières : "l’or est en plein test de la borne supérieure de son canal ascendant. Celle-ci pourrait générer un léger repli mais ne remet pas en cause le scénario haussier. En effet, après avoir dépassé la forte oblique de résistance baissière qui contentait les pressions acheteuses depuis juillet 2008, plus rien ne semble venir pouvoir mettre des bâtons dans les roues du métal jaune".

"Les indicateurs techniques s’essoufflent au sein de leur zone de surachat, augmentant le risque de rentrer en position acheteuse maintenant. Je reste vigilant et guette pour vous un nouveau point d’entrée", écrivait Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises.

Il faut s’attendre à une consolidation, avec probablement un retour vers les 930 $. Un repli nécessaire pour revenir en force sur la zone des 1 000 $. La hausse de l’or ces derniers jours a été trop directe et trop rapide pour être solide. Il faut consolider.

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Vendredi, l’argent a suivi l’or comme un seul homme, revenant jusqu’à 14,57 $.

Platine et palladium sont toujours plombés par les perspectives désastreuses du secteur automobile, leur principal débouché. Pensez donc ! La production automobile a chuté de 59% au Royaume-Uni en janvier…

Tirés par l’or, le platine a tout de même réussi à grimper mercredi jusqu’à 1,112 $ l’once et le palladium jusqu’à 222 $ mardi.

Cours à
3 mois
Vendredi
13/02/2009
Vendredi
20/02/2009
Variation / semaine
 Aluminium* 1 377 1 305 -5,23%
 Cuivre* 3 430 3 150 -8,16%
 Plomb* 1 170 1 030 -11,97%
 Nickel* 10 325 9 500 -7,99%
 Etain 11 370 10 525 -7,43%
 Zinc* 1 153 1 105 -4,16%
 Acier (Méditerranéen) 305 288,00 -5,57%
 Or (spot) 938,80 1 004,00 6,95%
 Argent (spot) 13,63 14,60 7,12%
 Platine (spot) 1 061,50 1 086,00 2,31%

* cours en $ sur le LME à trois mois

3. Métaux de base : un vrai massacre
Les métaux industriels restent totalement corrélés aux perspectives économiques et aux marchés actions. Inutile de vous dire que l’ambiance n’y est pas… ils s’enfoncent à nouveau en direction de leurs plus bas.

Le marché semble ne même plus réagir aux baisses massives de production qui sont annoncés de-ci de-là par les producteurs et les mineurs. Selon le président de Norsk Hydro, l’offre devrait encore s’ajuster et baisser de près de 20% pour retrouver un équilibre de marché". 20% !!

Dans le cas du zinc, on pourrait même bientôt aboutir à un déficit sur le marché primaire tant la situation est poussée à l’extrême…

D’un autre côté, les stocks sur les LME sont pleins à craquer. Ce qui reflète la faiblesse de la demande de métaux. Les stocks de cuivre s’élèvent à 538 000 tonnes sur le LME, un point haut depuis 2003. Même chose pour l’aluminium. L’ogre chinois a beau acheter des matières premières en quantités importantes, il ne peut pas à lui seul contrer le mouvement baissier.

L’aluminium croule sous les stocks, et est venu flirter avec les 1 300 $ la tonne vendredi, un point bas de sept ans.

Concernant l’étain, des rumeurs de contrôle plus poussé de la production et des exportations d’étain en Indonésie circulent. Faut-il s’attendre à de nouveaux quotas de production/exportation ? Possible…

4. Soft commodities : la pluie et le beau temps en Argentine font le marché
Le soja s’est fortement replié sur la semaine, les pluies venant enfin généreusement arroser l’Amérique du Sud — surtout l’Argentine — qui n’en finissait plus de s’assécher… Le soja planté en janvier manquait jusqu’ici cruellement d’eau, ce qui avait dopé les cours dernièrement.

Voilà qui améliore les prévisions de rendement de la zone, grande productrice de blé et de soja, et aussi de maïs — n’oubliez pas que l’Argentine est l’un des plus gros exportateurs de soja. Concernant le soja, les prévisions de production du pays viennent d’être revues à la hausse à plus de 40 millions de tonnes. Surtout que les autorités argentines viennent d’annoncer une hausse des surfaces cultivées dédiées au soja, au détriment des autres cultures.

Le blé et le maïs ont suivi la tendance baissière du soja. Aidés en cela par l’ambiance exécrable des marchés… Et puis, il y a eu pas mal de spéculations cette semaine, qui ont plutôt joué à la baisse.

Maintenant, la question centrale est de savoir quel sera l’impact de la crise économique sur la demande de céréales et de softs. Faut-il s’attendre à un repli de la demande ? Dans quelle proportion ? Tout le débat est là.

Le maïs terminait la semaine à 3,47 $ le boisseau sur le CBOT, le blé à 5,12 $ et le soja à 8,59 $, échéance mars bien sûr.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.