Les matières premières sont-elles en bout de course ?
C’est la question qui a envahi les rédactions du monde entier, et hante actuellement les conseils d’administration des géants des matières premières. L’idée est partie du responsable chez Citigroup de la recherche sur les matières premières, Edward L. Morse. Il annonçait la fin d’un “super cycle” des matières premières. Le ralentissement de l’économie chinoise et surtout sa transition vers un nouveau modèle de développement mettrait selon lui fin à 10 ans de hausse ininterrompue et spectaculaire des matières.
Et en effet, les matières ont connu un coup de froid depuis leur remontée en début d’année. Ainsi l’indice Thomson Reuters/Jefferies CRB Commodity, après une hausse de 3% depuis janvier, a perdu 9% depuis début mars.
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Après ces 10 années glorieuses, devons-nous nous préparer aux “10 piteuses” ?
Comme en réponse à ces interrogations, plusieurs groupes producteurs de matières sont venus cette semaine afficher leur optimisme sur la croissance des matières. Entre analystes financiers en col blanc et mineurs aux mains calleuses, le débat était lancé.
Toutefois, si la croissance sans interruption des indices des matières devrait effectivement ralentir, certaines invariances des marchés vont nous offrir de nouvelles opportunités.
Pour les découvrir, nous devons comme à chaque fois nous tourner vers notre sémaphore, la Chine.
L’oracle de Zoug a rendu sa première prophétie
Dans l’antiquité grecque, le travail de prospective passait par la consultation d’un oracle. Le plus connu était la pythie de Delphes, par laquelle Apollon faisait entendre sa voix.
Aujourd’hui, le nouveau temple des matières premières s’appelle Zoug, et la pythie Glencore. Le premier négociant en matières premières du monde est installé dans le canton suisse de Zoug. C’est donc de là qu’il rendra désormais ses prophéties. Après 35 ans d’opacité, le groupe doit faire l’apprentissage de la transparence depuis son introduction en bourse.
Et force est de constater que ce premier oracle a fait du bruit. Le groupe a balayé les craintes autour d’un ralentissement des marchés, en assurant que la demande physique en matières premières restait “saine” au niveau mondial. Pour le groupe, c’est la demande chinoise qui reste particulièrement “saine”, bien qu’il constate la faiblesse persistante de la demande européenne.
Les prix devraient en particulier rester soutenus du fait du faible niveau des stocks mondiaux, “généralement bas”. Cette analyse est d’ailleurs partagée par le négociant en métaux Trafigura, qui souligne que malgré le ralentissement de la demande en Chine et en Europe, “il n’y a pas tant de matière disponible”.
Le même jour, c’est un autre leader du négoce qui a confirmé l’analyse du groupe suisse.
Mitsubishi reste optimiste
C’est Mitsubishi, la plus importante maison de négoce du Japon, qui est venu appuyer l’analyse de Glencore. La maison japonaise a prédit cette semaine une “reprise sur le marché des matières premières” qui pourrait s’étaler jusqu’en 2013.
La question ne fait toutefois pas l’unanimité au Japon. Un concurrent de Mitsubishi, Mitsui, est venu contredire cette analyse, en expliquant que la demande “robuste” des pays émergents allait être contrebalancée par la faiblesse de celle des pays développés.
Comme à chaque fois en cas de désaccord, c’est du côté de Pékin qu’il faut se tourner pour anticiper les tendances sur les marchés.
La Chine relance le moteur
Véritable sémaphore des matières, c’est Pékin qui nous avertira si nous approchons trop près des récifs.
Or actuellement, Pékin envoie des signaux plutôt clairs. Après avoir ralenti avec succès son économie, à grands coups de resserrement monétaire, contrôle des prix de l’immobilier, et de resserrement du crédit, la Chine est à nouveau en train d’ouvrir les vannes.
Je précise que vous retrouverez une analyse plus détaillée de la situation de l’immobilier en Chine dans la Quotidienne d’Agora de Cécile Chevré aujourd’hui.
Pékin semble aujourd’hui prêt à relancer son activité. De la meilleure accessibilité des étrangers aux marchés actions chinois (QFII) en passant par le gigantesque plan de construction de logements sociaux, la Chine est en train de recréer de la demande.
Quels seront les secteurs qui en profiteront ?
Hier, Alexandre Benazzouz est revenu sur le cas du cuivre. Aujourd’hui, j’aimerais faire le point sur un autre secteur, l’agriculture.
L’agriculture, un pari d’avenir
Lors de la présentation cette semaine du rapport Cyclope 2012, la bible des matières premières en France, Philippe Chalmin, l’apôtre des commodities, s’est appesanti sur les matières agricoles.
Car ces matières sont peut-être parties pour vivre leur “20 glorieuses”, à la différence des métaux.
La comparaison entre l’indice agriculture PowerShares DB Agriculture et l’indice métaux FTSE All-World mining montre bien qu’il existe une décorrélation entre métaux et agriculture depuis deux ans.
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D’ailleurs, comme Philippe Chalmin le fait remarquer, l’année dernière, l’annonce de récoltes abondantes et de la levée de l’embargo russe sur le blé n’ont pas affecté réellement les cours.
Les marchés savent que la demande est assez forte pour absorber l’offre, même révisée à la hausse.
A l’inverse, les révisions successives à la baisse des récoltes de soja en Argentine depuis quelques mois ont fait décoller les cours. Le soja est ainsi est passé brièvement au-dessus des 15 cents le boisseau le mois dernier, niveau jamais atteint depuis 2008.
Mon conseil
Le secteur de l’agriculture est pour moi le pari de cette année. En particulier, les producteurs d’engrais et de semences seront les deux seuls sous-secteurs de l’agriculture à même de compenser le manque de surface disponibles, notamment en Chine. Comme le souligne Philippe Chalmin, “la Chine représente 21% de la population mondiale, mais ne dispose que de 9% des terres arables”.
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Poursuivre le débat
[...] Après une hausse presque continue des commodities ces dix dernières années, nous serions entrés dans une phase de baisse. Il y a évidemment des arguments pour… et des contre. Je vous renvoie à l’article que Florent Detroy a consacré à ce sujet dans l’Edito Matières Premières & Devises. [...]
22 mai 20123:02