Les marchés font l’apprentissage de la lenteur.
C’est la leçon que l’on peut tirer au regard des évolutions de la croissance sur les trois continents, Etats-Unis, Europe et Asie. Et cette lenteur se répercute sur le marché des matières premières.
Aux Etats-Unis d’abord, la croissance, tirée notamment par la bonne tenue des ventes automobiles et la confiance des consommateurs, reste lente et fragile. Comme le résume bien David Rosenberg, chef économiste de la firme d’investissement Gluskin Sheff dans le Wall Street Journal du 19 avril : “c’est la reprise la plus lente de la période post-Seconde Guerre mondiale”.
Du côté des pays émergents, le ralentissement a amené les gouvernements à réviser leurs objectifs de croissance à la baisse. Après que le gouvernement indien ait annoncé une croissance de 6,9% pour l’année 2011-2012, soit la plus faible depuis 2008, c’est la Chine qui a déçu avec une croissance de 8,1% au premier trimestre 2012. Toutefois, ces pays ont commencé à pendre des mesures énergiques, à l’instar de 2009.
Comme il y a trois ans, le Brésil mène la danse. Sa banque centrale vient d’annoncer une sixième baisse consécutive des taux d’intérêt. Ce mouvement pourrait annoncer des mesures similaires dans les autres pays. Selon Linus Yip, analyste à la First Shanghai Securities d’Hong Kong : “les marchés [asiatiques] sont en train de se stabiliser, et l’assouplissement monétaire est déjà sur la voie”. Et de continuer “l’Inde a déjà abaissé ses taux, et la Chine est sur le point d’assouplir sa politique”.
C’est cependant en Europe que la lente glissade est la plus préoccupante.
Une “catastrophe au ralenti” en Europe ?
Selon les propres mots d’Eloi Laurent, économiste à l’OFCE, l’Union européenne serait en train de s’effondrer… “au ralenti”. Car oui, les pays européens sont eux aussi confrontés à une lente mais inquiétante remontée des tensions. Le passage des taux espagnols et italiens au-dessus des 5% n’a rien pour rassurer. Christine Lagarde a posé l’équation en termes clairs cette semaine, en déclarant que “la zone euro est l’épicentre du risque potentiel” pour une reprise économique mondiale.
S’il s’agit de prévenir un accès de fièvre sur le marché de la dette européenne, une aggravation générale, même lente, sera difficilement maîtrisable. La rumeur qui a traumatisé les salles de marché cette semaine – une possible dégradation de la France par Moody’s – est en ça symptomatique. La rémission de la maladie de la dette laisse des moments d’accalmie, mais ne permet pas de guérir en profondeur.
Les métaux chutent au ralenti
Après ses plus haut de février, le LMEX, l’indice des métaux à Londres, poursuit son inexorable baisse. Après une chute de 2,9% en mars, l’indice a déjà perdu 3,7% en avril. C’est le cuivre en particulier qui a accompagné la Chine dans sa lente décélération.
La croissance de 8,1% au premier trimestre 2012 et la hausse des stocks à Shanghai, proche des 1 million de tonnes, ont effectivement fait fléchir les cours du métal rouge. Désormais, le cuivre flirte avec les 8 000 $ la tonne. La prochaine publication d’indicateurs chinois pourrait décider du passage en dessous des 8 000 $.
Encore un fois, c’est l’aluminium qui offre les meilleures perspectives d’avenir. Après un bref passage en dessous des 2 000 $, les cours se sont repris. A l’avenir, c’est la Chine qui pourrait profiter d’une embellie de l’aluminium, puisqu’elle a accru considérablement ses parts de marché en 2011. L’association chinoise des métaux non-ferreux a en effet révélé cette semaine une hausse de 33% en 2011 de ses ventes d’aluminium.
Devant la baisse de la consommation d’acier inoxydable, les cours du nickel sont restés déprimés la semaine dernière, navigants autour des 17 800 $ la tonne. Les perspectives restent négatives à moyen terme.
Le maïs vole la vedette au soja
Malgré de bonnes pluies aux Etats-Unis, les rumeurs d’achats importants de maïs de la part de la Chine ont une nouvelle fois tendu les cours.
Celles-ci font état d’un achat de 500 000, voire d’1 million, de tonnes aux Etats-Unis. Les cours ont ainsi rebondi au-dessus des 6 $ le boisseau. Ce rebond a été accentué par la décision du Japon d’arrêter ses achats de blé à l’Ukraine, pour des raisons de qualité, et de se tourner vers les Etats-Unis. Cependant, le maïs reste en perte sur la semaine dernière.
C’est le soja qui pourrait faire les frais du retour des spéculateurs sur le marché du maïs. Toutefois, l’inquiétude autour de la production européenne de colza pourrait détourner des acheteurs. La compagnie d’analyse des marchés des huiles, Oil World, évoque même la possibilité d’un “désastre” sur ce marché du colza, qui aurait d’importantes conséquences sur les autres oléagineux.
Les prix du blé ne devraient pas quant à eux connaître de hausse subite dans les semaines qui viennent, alors que les conséquences de la sécheresse aux Etats-Unis et en Europe ont été relativisées. Pour Dan Roose de US Commodities, cette sécheresse a déjà été intégrée dans les prix et des mouvements de liquidité commencent même à être observés. Ainsi le boisseau de blé finit en légère hausse, à 6,22 cents $.
Les métaux précieux au plancher
L’argent s’est stabilisé légèrement au-dessus des 30 $ l’once. Habituel seuil psychologique, la demande industrielle forte devrait permettre aux cours de se reprendre.
Le marché de l’or s’est également stabilisé, avec une once toujours autour des 1 650 $. A moyen terme, la demande dans le secteur de la bijouterie en Inde et surtout en Chine, dont la demande s’annonce en hausse de 35% cette année, devrait assurer une remontée des cours. Pour rappel, la production chinoise l’année dernière n’avait augmenté que de 5,6%.
Le Brent flanche… enfin
Les prix du Brent ont enfin commencé à refluer, sous le coup du ralentissement chinois et du désengagement de certains investisseurs du marché du pétrole. Le marché physique donne également des signes de fléchissement. L’écart entre le Brent et le cours d’autres pétroles, notamment en provenance de Russie, s’est rétréci.
Le test du seuil des 116,40 $ le baril, correspondant à la moyenne mobile à 100 jours, sera décisif. En cas de rupture, le cours pourrait tomber vers les 113 $.
Bon investissement.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 13/04/2012 |
Vendredi 20/04/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 088 | 2 076 | -0,57% |
| Cuivre* | 8 120 | 8 082 | -0,47% |
| Plomb* | 2 080 | 2 104 | 1,15% |
| Nickel* | 18 455 | 17 800 | -3,55% |
| Etain | 22 600 | 21 345 | -5,55% |
| Zinc* | 2 012 | 2 012 | 0,00% |
| Acier (Méditerranéen) * | 489 | 472 | -3,48% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
102,05 | 103,2 | 1,13% |
| Or (spot Comex) | 1 646 | 1 632 | -0,85% |
| Argent spot Comex) | 31,5 | 31,27 | -0,73% |
| Platine (spot Comex) | 1 669 | 1 667 | -0,12% |
| Palladium (spot Comex) | 642 | 665 | 3,58% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,17 | 6,22 | 0,81% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,21 | 6,02 | -3,06% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
14,26 | 14,46 | 1,40% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



Laissez un commentaire