Les indices continuent de se déliter. De nouveaux points bas sont atteints : 2 608 points sur le CAC au moment où je vous écris… HSBC vient d’annoncer pour 25 milliards de dépréciations d’actifs et prévoit une augmentation de capital de 14 milliards d’euros. De son côté, l’Etat américain vole une troisième fois au secours d’AIG en remettant 30 milliards supplémentaires au pot. Pour information : AIG à quelque 300 milliards de dollars de créances, la plupart entre les mains des banques européennes. Si AIG coule, le système bancaire européen chavire… Donc merci aux Américains.
Les statistiques économiques tombées la semaine dernière étaient couleur charbon noir aux Etats-Unis : confiance des consommateurs toujours en berne, 667 000 nouveaux inscrits aux allocations chômage en février, contraction du PIB bien supérieure aux prévisions (-6,2% au lieu de -3,8% anticipé). La France n’est pas en reste… elle a détruit 90 000 emplois sur janvier, contre 387 000 en Allemagne sur la même période…
Dans une allocution devant la commission des finances, notre ami Ben Bernanke a tenté de rassurer les marchés en expliquant qu’un rebond pourrait voir le jour en fin d’année avec une reprise sur 2010. Mais il a également expliqué que d’autres scénarios moins optimistes n’étaient pas à écarter. A bon entendeur…
Au Japon, le PIB est toujours en repli de 12,7% au quatrième trimestre, l’indice de confiance des consommateurs plonge et la production industrielle se contracte de 10% sur janvier ! Le yen, pourtant recherché quand les marchés actions chutent et l’aversion au risque grimpe, a fait voler en éclats cette corrélation qui lui collait jusqu’ici à la peau. L’économie est tellement plombée que le yen inverse la tendance et perd du terrain malgré le repli des marchés actions.
Cette semaine devrait être nerveuse, beaucoup d’indicateurs économiques importants étant attendus. A commencer par la position de la BCE sur le taux européen. Baissera ? Ne baissera pas ? Un peu ? Beaucoup ? Le consensus s’attend à ce que J.-C. Trichet baisse son taux directeur de 50 points de base, à 1,50%.
Et nos matières premières ? Si le brut et les métaux de base ont repris des couleurs cette semaine, le complexe des métaux précieux, tiré par l’or, consolidait…
1. Energie : le WTI revient en force
Les cours du WTI (contrat avril) ont grimpé fortement jusqu’à jeudi, passant ainsi de 37,60 à 45 $ le baril.
Ce rebond s’explique notamment par la baisse des stocks pétroliers aux Etats-Unis, ce qui a forcé le rachat d’un certain nombre de positions short sur le brut. Certains spéculent également sur une nouvelle baisse des quotas de production de l’OPEP, ce qui a été infirmé par l’organisation. Actuellement, l’OPEP livrerait 22,76 millions de barils par jour. Un point bas de cinq ans.
Depuis vendredi, le cours du pétrole reste sous pression, tant les perspectives économiques sont incertaines. N’oubliez pas : contraction économique américaine rime avec baisse de la demande de brut. Or nous parlons ici du premier importateur de brut de la planète ! Prenez le cas du Japon dont l’économie s’est fortement contractée : ses importations de brut sur janvier se sont repliées de 19% par rapport à la même période l’an passé.
Vendredi en fin de journée, livraison avril, le WTI cotait 44,16 $ le baril sur le NYMEX ; le Brent, même échéance, 45,85 $ sur l’ICE londonien.
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2. Métaux précieux : l’or consolide et reprend son souffle
Après le test des 1 000 $, l’or a marqué cette semaine une pause, revenant jusqu’à 930 $. A l’instant où je vous écris, l’or cote 947 $ alors que le CAC perd presque 3,4% et que le Nikkei a clôturé en baisse ce matin de 3,81%.
Certes, on peut incriminer le dollar qui regagnait globalement du terrain la semaine dernière contre l’euro, le Cable et le yen. Cette semaine, le dollar semble s’imposer comme "valeur refuge" au grand dam de l’or, du yen et du franc suisse. Son statut de monnaie de réserve et de référence joue en sa faveur.
Mais ce n’est pas tout. Comme je l’écrivais la semaine dernière, après la très forte hausse des cours de l’once ces dernières semaines et de façon ininterrompue, une pause s’impose à l’or s’il veut aller tester les 1 000 $ avec vigueur.
Enfin, les propos rassurants de Ben Bernanke ont probablement joué contre l’or. Des prises de profit bien méritées ont été réalisées après la course folle de l’or depuis des semaines. La résistance des 1 000 $ sera difficile à franchir.
Quelles perspectives ?
"Graphiquement, l’or continue d’évoluer au sein d’un canal ascendant dont la borne inférieure passe actuellement par le niveau des 884 dollars", nous dit Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises. "Tant que ce seuil n’est pas franchi, je privilégie une poursuite du mouvement de hausse. La tendance immédiate est, quant à elle, plus mitigée et je ne serais pas étonné de voir l’or poursuivre encore son mouvement correctif dans les tous prochains jours. Mais sauf émergence d’un nouveau signal très clair, je privilégie plutôt désormais comme stratégie une entrée en position à la hausse sur repli."
Vendredi en fin de journée, l’or cotait 941 $ l’once spot sur le NYMEX, et 943 $ livraison avril.
L’argent a suivi l’or, revenant de 14,63 $ l’once, son récent point haut, à 13,20 $ vendredi.
Même scénario sur le platine et le palladium, en repli plus léger — car ils avaient moins grimpé. Le platine réussit à se maintenir au-delà des 1 000 $, mais le palladium repasse sous les 200 $.
Les perspectives du secteur d’activité automobile (principal débouché) restent noires, avec une chute de la production automobile japonaise de 41% sur un an en janvier — après un repli de 59% en Grande-Bretagne.
Vendredi, le platine terminait la journée à 1 058 $ et le palladium à 195 $.
| Cours à 3 mois |
Vendredi 20/02/2009 |
Vendredi 27/02/2009 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 305 | 1 343 | 2,91% |
| Cuivre* | 3 150 | 3 410 | 8,25% |
| Plomb* | 1 030 | 1 030 | 0,00% |
| Nickel* | 9 500 | 10 075 | 6,05% |
| Etain | 10 525 | 10 750 | 2,14% |
| Zinc* | 1 105 | 1 145 | 3,62% |
| Acier (Méditerranéen) | 288 | 288 | 0,00% |
| Or (spot) | 1 004,00 | 937,50 | -6,62% |
| Argent (spot) | 14,60 | 13,05 | -10,62% |
| Platine (spot) | 1 086,00 | 1 068,00 | -1,66% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : enfin un petit rebond — tiré par la Chine
Cette semaine, nos métaux ont repris quelques couleurs, le "la" étant donné par le métal phare, à savoir le cuivre qui a gagné sur la semaine quelque 8,25%. Métal dont les cours ont été soutenus par le rebond des importations chinoises, le plan de relance américain et les propos optimistes de Ben Bernanke.
Les Chinois, fort de leur plan de relance de 586 milliards de dollars destiné aux infrastructures, reconstituent leurs stocks de cuivre. De là à dire que la croissance repart en Chine, il y a un gap que je ne franchirai certainement pas.
Autre facteur qui joue en faveur du cuivre : les baisses de production qui se poursuivent et un léger repli des stocks de cuivre sur le LME, ce qui ne fait pas de mal. Cela dit, les stocks restent globalement très élevés. Le voilà donc qui revient jusqu’à 3 540 $.
L’aluminium, qui avait fortement chuté la semaine précédente — jusqu’à 1 300 $, un point bas depuis 2001 — se reprend un peu, tiré tant bien que mal par le cuivre. Cependant, il reste étouffé par l’immense stock d’aluminium sur le LME qui atteint toujours des records historiques.
Face à la très forte chute de la demande d’aluminium, l’offre s’adapte, mais insuffisamment. La production mondiale sur janvier s’affiche à 3 028 millions de tonnes contre 3 076 le mois précédent selon l’Institut international de l’aluminium (IAI).
Concernant le zinc, il nous a gratifiés d’un petit come back en milieu de semaine, après l’achat par le bureau des réserves chinois de quelque 100 000 tonnes de zinc, soit 159 000 tonnes depuis janvier.
Selon le producteur australien OZ Minerals, la production mondiale de zinc aurait diminué d’un million de tonnes, soit une contraction de l’offre de 10%. Le marché primaire se resserre, l’équilibre se rapproche, ce qui pourrait donner d’ici quelques mois un rebond du marché du zinc.
4. Soft commodities : des cours tiraillés mais en hausse sur la semaine
Les céréales ne sont pas à l’abri des sautes d’humeur sur les marchés actions. Toutefois, elles ont gagné du terrain sur la semaine, malgré un repli en fin de semaine.
Livraison mai, le blé, qui avait pourtant réussi à se hisser jusqu’à 5,43 $ le boisseau sur le CBOT, revenait vendredi à 5,20 $.
Les dernières anticipations de l’USDA faisaient pourtant état d’un repli de 5% des surfaces américaines consacrées au blé. Mais la concurrence sur le marché international semble s’être imposée aux haussiers…
Le maïs revient en force, suivant en cela le cours du brut auquel il est fortement corrélé, éthanol oblige. Jeudi, il atteignait un point haut à 3,80 $ le boisseau sur le CBOT, contrat mai.
L’USDA a annoncé que les surfaces consacrées au maïs étaient stables, ce qui a eu un impact négatif. Ainsi, livraison mai, les cours revenaient à 3,63 $ en fin de semaine.
Jeudi, le soja, après s’être lui aussi hissé jusqu’à 8,90 $, s’est ensuite replié à l’annonce par l’USDA d’une hausse des terres consacrées à la culture du soja — +deux millions d’acres, soit 77 millions au total.
Vendredi, livraison mai, le cours revenait sur le CBOT à 8,72 $ le boisseau.


