Les métaux ont-ils encore besoin de la Chine ?

| |
leadimg

Par Alexandre Benazzouz

La Chine est-elle en train de tomber en panne ?

Longtemps Pékin a été le moteur de la hausse des métaux. Mais depuis quelques temps, l’accumulation de mauvais chiffres économiques a laissé penser que la hausse des métaux pourrait s’arrêter prochainement.

Selon les analystes d’HSBC, l’indice PMI chinois, qui permet de mesurer l’état de l’activité manufacturière, ne devrait atteindre que 48,7 sur le mois de mai, contre 49,3 en avril dernier (un chiffre inférieur à 50 indique une contraction de l’activité). Or c’est le septième mois consécutif en dessous des 50 points.

Pour couronner le tout, la croissance chinoise ralentit. Désormais, les analystes tablent sur une croissance annuelle chinoise de 8,2%, contre une estimation de 8,4% envisagée en mars. Ce serait le plus faible niveau de croissance enregistré depuis 1999.

Devant ce ralentissement, le responsable de la recherche matières premières de Citigroup, Edward. L. Moirse, a émis l’hypothèse que le supercycle des matières premières de la dernière décennie pourrait bien toucher à sa fin.

Les métaux ont-ils une roue de secours ?
Pourtant Edward. L. Moirse semble oublier que si les BRIIC (Brésil, Russie, Inde, Indonésie et Chine) ne représentent encore que 15% du PIB mondial, ils représentent 40% de la population mondiale et surtout 50% de la croissance économique en 2011 !

Le potentiel de croissance est donc énorme, même si l’on ne prend pas en compte la Chine. Rappelez-vous, l’Inde l’Indonésie et le Brésil pris ensemble comptent presque 300 millions d’habitants de plus que la Chine !

Le monde émergent n’en a donc pas fini avec sa boulimie de matières, et notamment de métaux.

Petit tour d’horizon des futurs moteurs des métaux.

La démographie indienne au secours des métaux
L’Inde va devenir le pays le plus peuplé du monde.

En 2050, le pays comptera 1,7 milliard d’habitants, et 25% de la population active mondiale sera indienne. Mais actuellement, 70% de la population vit encore dans les campagnes. Le gouvernement indien va donc devoir gérer sa forte démographie et l’exode rural de sa population. New Delhi aura l’obligation d’investir lourdement dans les infrastructures.

D’ailleurs, le pays a déjà commencé. L’Inde a lancé le programme “Golden Quadrilateral”, qui prévoit d’investir 12 milliards de dollars pour construire 5 800 km de route. Ce programme à lui seul devrait soutenir la consommation indienne de métaux.

Le Brésil prépare ses JO
20 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté ces deux dernières années, 164 deviennent millionnaires chaque jour, et la moitié de la population du pays appartient maintenant à la classe moyenne. Quel dynamisme !

De manière plus globale, le Brésil dispose de nombreux atouts : taille, population, ressources et situation géopolitique, pour figurer parmi les “grands” du monde. Et pour consacrer cette montée en puissance, le pays va organiser deux des évènements sportifs les plus importants du monde :

  • La Coupe du monde de football en 2014
  • Les Jeux olympiques en 2016

Rares sont les pays à avoir organisé les deux plus grands évènements sportifs de la planète en l’espace de seulement deux ans. Le Brésil a relevé le défi. Ces deux plus gros projets internationaux exigent beaucoup d’efforts. Les investissements en infrastructures fortement consommatrices de matières premières sont et seront considérables.

La demande du Brésil en acier a ainsi bondi de 34,6% en 2011. La poursuite des travaux jusqu’à la tenue de ces évènements soutiendra également la consommation brésilienne de métaux.

Un nouveau venu, l’Indonésie
Le pays dispose de deux arguments de poids, sa croissance et sa population.

En 2011, le pays a enregistré une croissance voisine de 6,5%. Avec une population de 300 millions d’habitants, l’Indonésie est un immense marché en devenir. Ce potentiel a même amené plusieurs acteurs économiques, comme la banque Morgan Stanley, l’hebdomadaire BusinessWeek ou encore l’économiste Nouriel Roubini, à vouloir remplacer la Russie par l’Indonésie dans le groupe des BRIC, pour former les BIIC.

Car ici, comme au Brésil ou en Inde, le besoin en infrastructures est criant. C’est le cas dans le transport par exemple.

Jakarta, une ville congestionnée
Jakarta intra-muros compte 9,6 millions d’habitants la nuit mais 12,6 millions le jour. Cette énorme migration quotidienne de trois millions d’individus, dans la seule ville de cette taille dépourvue de métro, entraîne d’immenses embouteillages. En conséquence, on peut mettre de longues heures pour atteindre le centre-ville.

Le besoin d’infrastructures au niveau des transports n’est pas un point isolé mais révèle une tendance générale. L’Archipel va devoir construire, et rapidement. En Indonésie, c’est 140 milliards de dollars qui seront utilisés sur ce secteur jusqu’en 2014. Les perspectives sont donc immenses pour les métaux, notamment en fer et en aluminium.

Qui en profitera ? Les minières !
Pour ma part, j’ai décidé de braquer les projecteurs sur une matière, le fer.

Le fer a toujours résisté, et même pendant la crise. Surtout, les cours ont surperformé les autres métaux de base, comme le cuivre. Ce graphique compare l’évolution du cours du fer à celle du cuivre au cours des cinq dernières années :

Graphique de l'évolution du cours du fer par rapport à celui du cuivre

Conscientes de ce potentiel, les grandes minières du fer sont optimistes à long terme, en dépit de la chute actuelle des prix.

Ainsi les plus grands producteurs investissent pour assurer leur production à long terme. Par exemple, Rio Tinto a annoncé qu’il allait doubler sa production mondiale de minerai de fer à 450 millions de tonnes d’ici 2025.

De manière globale, les trois géants miniers que sont Rio, BHP et Vale croient en une forte croissance dans l’industrie sidérurgique et au potentiel des BIIC.

Pourquoi ne pas suivre la même stratégie ?

Author Image for Les Rédacteurs de l'Edito

Les Rédacteurs de l'Edito

Métaux précieux ou industriels, softs, énergie, euro/dollar ou pays émergents... retrouvez les analyses et les recommandations des rédacteurs de l'Edito Matières Premières et Devises.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.