Nous entrons dans une zone de fortes turbulences.
Nouveaux exécutifs européens, conflit sur la réduction de la dette américaine… nos matières vont encore une fois avoir du mal à s’y retrouver.
J’en veux pour preuve les mouvements hebdomadaires. Alors que les métaux avancent toujours en ordre dispersé, les métaux précieux ont subitement perdu l’ensemble de leurs gains de ces dernières semaines.
Les mouvements sont globalement contradictoires et les quelques tendances qui s’étaient dégagé ont rapidement été effacées la semaine suivante. Même le pétrole temporise.
Mon analyse est simple. Nous allons rentrer dans le “dur” cette semaine. Pourquoi ?
Parce que si les marchés ont poussé nos économies au bord du précipice, seuls les politiques pourront les en sortir. Or nous sommes à présent en face d’un renouvellement de l’exécutif européen, notamment en Europe du Sud.
Nous attendons donc tous de nouvelles mesures, des engagements clairs, des visions. Sans ça, nos matières continueront à piétiner, voire à baisser.
La semaine va être décisive
Cette semaine va être décisive à plus d’un titre. D’abord en Europe.
L’exécutif des pays du Sud a massivement été renouvelé, en une poignée de semaines, avec le remplacement du Premier ministre grec, du Premier ministre italien, et du Premier ministre espagnol.
Je rajouterais également la BCE. Mario Draghi est à la tête de l’institution depuis moins d’un mois. Or on peut encore lire des commentaires variés et contradictoires sur la direction que “devrait” prendre la BCE. C’est un signe que Mario Draghi n’a pas encore imposé sa marque. Je m’attends donc à de nouveaux actes d’autorité du patron de la BCE.
Qu’attendre ?
Si le salut des matières premières ne viendra pas de l’Union européenne, une dégradation de la situation pèserait sur l’Asie et sur les Etats-Unis, donc sur les matières. Son avenir est donc essentiel pour nous.
Comme l’expliquait un haut fonctionnaire français proche de l’exécutif allemand, l’objectif du couple franco-allemand est avant tout de “stabiliser” la zone euro. D’Europe, il faut donc espérer une stabilisation de la situation. Les outils sont divers : meilleure coordination européenne, FESF, taux d’intérêt de la BCE, sur les rachats de dettes…
Si je reste attentiste sur l’Union européenne, c’est désormais les Etats-Unis qui m’inquiètent. Les nuages commencent déjà à s’accumuler.
Le tour des Etats-Unis est venu
Les Etats-Unis concentrent les signaux contradictoires ces derniers temps. Si la croissance dépasse les 2% et l’indice de confiance américain est en hausse, Washington doit cependant affronter un chômage massif (9%) et un marché de l’immobilier toujours atone.
Surtout, rien n’a été fait sur la dette. Elle augmente toujours de 1 000 milliards tous les sept mois et demi en moyenne. En 2012, le FMI pronostique les 105% de PIB d’endettement, contre 99% aujourd’hui.
Or le comité bipartite qui devait donner les grandes lignes d’un plan d’économie de 1 200 milliards le 23 novembre est en train d’échouer.
Les Etats-Unis rentrent dans une phase de perturbation.
La hausse du pétrole enrayée
L’échec annoncé du super comité explique peut-être l’arrêt brusque de la hausse du WTI. Apres une forte hausse, les prix du pétrole, à Londres comme à New York, marquent une pause. Le WTI s’est replié vers les 96 $, et le Brent à 106 $.
La hausse brutale en début de semaine s’explique par un évènement particulier : l’achat du pipeline Seaway par Enbridge.
Le pipeline relie actuellement le golfe du Mexique au centre de Cushing, où est stocké le brut américain. Or la volonté d’Enbridge d’inverser le sens du pipeline, pour acheminer du pétrole vers le golfe du Mexique, a fait monter le WTI, en réduisant l’excédent de pétrole des Etats-Unis. Le WTI devrait ainsi réduire l’écart avec le Brent autour de 7 $, écart qui avait atteint les 24 $ en septembre.
Le WTI pourrait donc dépasser les 100 $ dans les semaines à suivre. Cela dépendra véritablement de comment va évoluer la situation au Congrès américain.
Les métaux en ordre dispersé
Les métaux semblent perplexes devant l’incertitude actuelle sur les marchés. Le cuivre notamment hésite, stabilisé autour des 7 600 $ la tonne en fin de semaine dernière, il vient de passer en dessous des 7 500 $ ce matin.
La Chine, qui “fait” de nombreux cours de métaux, n’est pas très optimiste sur les perspectives de croissance mondiale. Par la voix de Wang Qishan, le vice-Premier ministre en charge de l’analyse financière, elle s’est déclarée particulièrement pessimiste sur l’économie mondiale.
Ainsi, les miniers comme BHP Billiton ou Rio Tinto, qui étaient jusque-là confiants dans la hausse des métaux, deviennent plus prudents. Surtout, c’est les difficultés d’accès au crédit des régions chinoises qui inquiètent les compagnies.
Le blé plonge
L’annonce d’une baisse des exportations américaines a fait plonger le blé de 8%, en dessous des 6 $ le boisseau. Le maïs et le soja ont embrayé, mais dans une moindre mesure.
Les cours du blé ont réagi à la forte baisse des exportations américaines. Pourtant ce n’est pas la demande qui est en cause, mais plutôt la compétition de l’Ukraine et du Brésil. Ces deux pays ont tous les deux connus des récoltes abondantes. Leurs prix sont ainsi très bas.
Le soja et le maïs restent attendus en hausse à moyen terme. Le maïs, qui s’approche désormais des 6 $ le boisseau, pourrait devenir une cible prioritaire de la Chine. C’est peut-être le moment idéal pour se positionner dessus. Le soja, en baisse de 2,5%, pourrait également rebondir, alors que les conditions météorologiques en Amérique du Sud semblent moins bonnes que prévu.
En ce qui concerne les autres matières, il semble que le coton ait atteint un niveau planché. Les cours pourraient alors se stabiliser. Le sucre devrait continuer sur sa tendance baissière.
Les métaux précieux perdent le terrain gagné
L’or enregistre une petite baisse, et se replie vers les 1 720 $. Pour l’instant, le métal jaune est soutenu par les achats des banques centrales, alors que leurs achats d’or au troisième trimestre ont été multipliés par six comparé à la même période de 2010.
Ces achats pourraient continuer pour la fin d’année, car le métal jaune ne représente pour l’instant que 2%, 8% et 7% des réserves des banques centrales respectivement chinoise, indienne et russe. Cependant, il faudra surveiller le renchérissement du dollar, qui pourrait peser sur les cours.
Cette perspective a déjà commencé à peser sur les cours des autres métaux précieux. Ils ont commencé à en souffrir. Le palladium et l’argent notamment ont chuté, avec respectivement -8% et -6%.
En ce qui concerne l’argent, le métal gris a lourdement chuté. Comme l’a expliqué Isabelle Mouilleseaux vendredi soir dans son Edito, les cours sont orientés à la baisse à court terme. Nous pourrions même toucher les 28 $.
Ci-dessous, le tableau des cours des matières premières :
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 11/11/2011 |
Vendredi 18/11/2011 |
Variation hebdomadaire |
| Aluminium* | 2 136 |
2 106 |
-1,40% |
| Cuivre* | 7 475 |
7 605 |
1,74% |
| Plomb* | 1 969 |
2 025,5 |
2,87% |
| Nickel* | 18 150 |
17 920 |
-1,27% |
| Etain | 21 650 |
21 550 |
-0,46% |
| Zinc* | 1880 |
1 936,5 |
3,01% |
| Acier (Méditerranéen) | 525 |
525 |
0,00% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
99,01 |
96,19 |
-2,85% |
| Or (spot Comex) | 1 788,5 |
1724 |
-3,61% |
| Argent spot Comex) | 34,66 |
32,41 |
-6,49% |
| Platine (spot Comex) | 1 639 |
1 592 |
-2,87% |
| Palladium (spot Comex) | 656 |
600 |
-8,54% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,424 |
5,91 |
-8,00% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,206 |
6,046 |
-2,58% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
11,91 |
11,61 |
-2,52% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



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