Nous nous sommes quittés il y a trois semaines pour marquer une pause estivale bienvenue. Pendant ce temps, les matières premières, elles, n’ont pas chômé. C’est le moins que l’on puisse dire…
Pour vous donner des ordres de grandeur, regardez ce petit tableau. Vous y trouverez les cours de nos matières lors de notre dernier point hebdo fin juillet, et leur cours au vendredi 15 août, c’est-à-dire le creux de la vague, à aujourd’hui. L’amplitude des mouvements va vous surprendre.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation sur 3 semaines |
| Aluminium* | 2 970 | 2 780 | -6,38% |
| Cuivre* | 7 956 | 7 360 | -7,49% |
| Plomb* | 2 115 | 1 670 | -21,04% |
| Nickel* | 18 450 | 18 700 | 1,36% |
| Etain | 22 350 | 18 700 | -16,33% |
| Zinc* | 1 845 | 1 675 | -9,21% |
| Acier (Méditerranéen) | 1 045 | 860 | -17,70% |
| Or (spot) | 927,00 | 784,34 | -15,39% |
| Argent (spot) | 17,37 | 12,87 | -25,91% |
| Platine (spot) | 1 749,00 | 1 376,50 | -21,30% |
Qu’est ce qui a déclenché ce coup de blues ?
Une conjonction de faisceaux de concordants…
Premier facteur clé : le recul du brut entamé mi-juillet, celui-ci revenant de 147 $ à 112 $. D’une façon générale, les matières sont corrélées positivement au cours du brut, à commencer par l’or.
Second facteur : le rebond, au même moment, des marchés actions, qui a drainé une bonne partie des capitaux des matières vers les actions. Effet d’aubaine oblige.
Le déclic ?
Disons que ces deux premiers facteurs ont été à l’origine d’une certaine morosité sur la classe d’actifs des matières. Mais le déclic qui a mis le feu aux poudres est incontestablement le rebond aussi soudain que violent du dollar, suite aux propos de J.C. Trichet qui commence à s’inquiéter pour la croissance européenne — sur ce point, les feux virent au rouge avec une rapidité déconcertante.
Or, vous le savez, les matières sont inversement corrélées au dollar. Elles n’ont pas du tout apprécié ce mouvement brusque du dollar à la hausse.

L’euro/dollar est brusquement sorti de son trading range
Last but nos least…
Tout ceci arrive durant la trêve estivale, comme toujours. Peu d’intervenants, moins de liquidité… forcément, les mouvements sont exacerbés.
Les métaux précieux étant le plus fortement corrélés au dollar et au brut, ils ont logiquement souffert davantage.
Du baume au coeur…
Passons maintenant à la semaine dernière. Elle va vous remettre un peu de baume au cœur. Regardez :
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 780 | 2 807 | 0,97% |
| Cuivre* | 7 360 | 7 659 | 4,06% |
| Plomb* | 1 670 | 1 898 | 13,65% |
| Nickel* | 18 700 | 20 860 | 11,55% |
| Etain | 18 700 | 21 450 | 14,71% |
| Zinc* | 1 675 | 1 821 | 8,72% |
| Acier (Méditerranéen) | 860 | 730 | -15,12% |
| Or (spot) | 784,34 | 822 | 4,80% |
| Argent (spot) | 12,87 | 13,36 | 3,81% |
| Platine (spot) | 1 376,50 | 1 417 | 2,94% |
1. Energie : rebond
Le rebond du baril de brut de 113 $ à plus de 120 $ a redynamisé le secteur des matières premières jeudi. Toutefois, le franchissement de la résistance des 120 $ n’a été que temporaire, le cours revenant vendredi à 118 $ et à 113 $ ce matin.
Jusqu’à présent, le support des 110 $ a tenu et semble solide. Cela ne m’étonnerait pas de voir le brut fluctuer entre ce seuil et les 125 $ pendant quelques temps.
Qu’est ce qui a déclenché ce rebond soudain ? Le dollar encore et toujours…
Le dollar suracheté (de 1,60 à 1,47 !!) avait touché les 1,4675 contre l’euro avant de revenir en un éclair à 1,49 contre l’euro.
Et puis il y a en toile de fond la poudrière géorgienne, la baisse des stocks US de brut et de produits distillés, et enfin (et surtout), l’OPEP qui est en train de se dire que ce serait peut-être une bonne idée de baisser ses quotas de production, la demande fléchissant…
Pour finir, le coup de blues des marchés actions cette semaine (les financières n’en finissent pas de nous couper le souffle !) attise le rebond des matières.
Livraison octobre, le WTI affichait vendredi en fin de journée 118,35 $ sur le Nymex. Et le Brent 117,13 $ sur l’ICE, même échéance.
2. Métaux précieux : l’or résiste
L’or a lui aussi profité de l’affaiblissement du dollar la semaine dernière. Le rachat de positions short venant ajouter à l’ampleur du rebond de l’or.
L’or a touché un point bas le 15 août dernier (786 $), rebondissant sur son support qui s’est avéré pour l’instant solide. Vendredi, en cours de séance, il revenait jusqu’à 838,44 $ l’once.
La demande d’or physique de la part des investisseurs reste forte, beaucoup d’entre eux ayant utilisé le repli de l’or pour se positionner à bon compte ou pour se renforcer.
La demande est si forte que dans certains cas des "goulots d’étranglement" apparaissent ! C’est le cas de l’Institut américain d’émission des pièces d’or. La demande pour les fameux American Eagle (pièce d’or américaine) est telle que l’Institut d’émission n’arrive plus à suivre… Très forte demande également des bijoutiers, notamment en Inde !

Cours de l’or en US$ l’once à trois mois
Nous reviendrons dans le détail sur l’or et ses perspectives cette semaine dans l’Edito.
Livraison octobre, l’or affichait vendredi 828,20 $ sur le Nymex. L’argent 13,38 $.
Métaux de base : spectaculaire
Quelle belle semaine pour les métaux ! Pas de doute, ils ont été tirés par l’affaiblissement du dollar et le rebond du brut. Autres forts facteurs de hausse : les coupes dans la production des minières et le rachat massif de positions short.
Le cuivre a bien rebondi sur la semaine, soutenu par une spéculation autour de la hausse de la demande chinoise de cuivre.
Quant au nickel, le parcours est époustouflant. C’est le grand gagnant. Il a atteint son point bas le 5 août à 17 485 $ la tonne et il est revenu cette semaine jusqu’à 21 500 $. 23% de hausse en 15 jours ! Dommage qu’il n’y ait pas de turbo sur le nickel…
Le nickel avait reculé si fortement ces dernières semaines, que de nombreuses mines, devenues insuffisamment rentables (les coûts de production sont très élevés), ont arrêté leur production. Temporairement du moins.
C’est le cas par exemple du Suisse Xstrata qui a annoncé avoir fermé pour quatre mois sa mine de nickel Falcondo. Le marché du zinc est dans la même situation, si bien que certaines mines sont aussi fermées.
Attention toutefois : il semblerait que la demande d’acier inoxydable s’affaisse. Le Chinois Shanxi Taigang Stainless Steel dit avoir réduit sa production de nickel de 50% face à la morosité de la demande d’acier…
Oui, c’est en contradiction avec la hausse des cours constatée. Manipulation ? Spéculation ? Tout ceci n’est pas bien logique…
Concernant l’étain, le gouvernement indonésien persiste et signe. Il veut limiter sa production d’étain, (mais aussi de cuivre, d’or, de nickel…). Objectif : allonger la durée de vie des mines et soutenir les cours. Concernant l’étain, le quota maximum est fixé à 90 000 tonnes l’an. Ce qui réduit considérablement le potentiel côté offre.
Pendant que j’y suis, il semblerait que la demande chinoise d’étain soit en train de faiblir…
Les céréales se reprennent
Belle semaine aussi pour les céréales, soutenues à la fois par l’essoufflement du dollar et le rebond du brut. N’oubliez pas que les céréales sont corrélées au brut car on en fait de "l’essence verte".
Le cours du maïs (qui avait plongé le 15 août jusque vers les 5 $ le boisseau) a été soutenu par la météo. Il pleut un peu sur la Corn Belt américaine, mais pas suffisamment. Du coup, les rumeurs ressurgissent. Pour certains, le taux de pluviosité ne serait pas suffisant pour assurer une croissance optimale de la plante. Or nous sommes actuellement dans la phase de formation de l’épi de maïs. Plus d’eau permettrait un meilleur développement de l’épi. Ce n’est pas le cas pour l’instant. Ce qui pourrait réduire (un peu) les rendements escomptés.
D’autres spécialistes craignen
t que les racines du maïs soient insuffisamment développées ! L’insuffisance en pluie prenant du coup un caractère d’autant plus ennuyeux… Mais nous entrons là peut-être trop dans le détail…
Pour vous remettre dans un contexte plus large, je vous rappelle qu’aux Etats-Unis (gros exportateur de maïs), on s’attend à une belle récolte de maïs. D’ailleurs, le dernier rapport de l’USDA, le ministère de l’agriculture américain, a revu encore à la hausse la production américaine de 15 millions de tonnes pour la saison en cours. MAIS, en parallèle — et c’est important de ne pas l’oublier –, la demande de maïs est sur une pente ascendante, tendance raide ! Pour 2008/2009, l’USDA s’attend à une demande en hausse de 24 millions de tonnes, principalement tirée par l’activité bioéthanol qui a explosé cette année déjà aux Etats-Unis.
Livraison décembre (le contrat le plus liquide), le maïs s’échangeait vendredi 6,08 $ le boisseau sur le Cbot.
AKPC_IDS += "1043,";


