Détérioration du marché de l’emploi aux Etats-Unis, chute de l’indice de confiance des ménages, nouvelle hausse de l’inflation, révision à la baisse du taux de croissance annuel par la Banque mondiale… les chiffres en provenance des Etats-Unis ne sont pas très rassurants.
Et pourtant, le dollar a rebondi contre l’euro cette semaine. Il faut dire que MM. Paulson et Bernanke remuent ciel et terre pour convaincre les marchés que le dollar va remonter parce qu’il doit remonter. Une sorte de destin…
Et force est de constater que, cette semaine, la méthode Coué a fait son petit effet. Le dollar se reprend. Les investisseurs anticipent une hausse des taux, ce que n’apprécient pas du tout nos matières.
En Chine, l’inflation reste toujours le problème numéro 1. Le pays est submergé… Du coup, la banque centrale impose un énième tour de vis, obligeant les banques de dépôt à augmenter leurs réserves de 1%, à 17,5%. Conséquence ? Un plongeon impressionnant de la bourse de Shanghai qui perd 14% en une semaine et 54% depuis son pic d’octobre 2007. Reste à savoir si tout cela ne va pas finir par affecter la croissance économique… Nos métaux de base voient rouge !
Allons-y…
1. Energie : extrême volatilité
La volatilité atteint des sommets : depuis le début du mois, les cours ont varié de plus de 2% dans la journée, pour les deux-tiers des jours de cotation. Ce sont des variations incroyables.
Cette semaine, le cours des futures à trois mois cotés à New York est repassé au-dessus des 137 $ le baril à plusieurs reprises avant de revenir sous les 131 $.
Et ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi le cours du brut grimpe alors que le dollar reprend des couleurs. La corrélation négative qui unissait brut et dollar était presque parfaite durant toute la période de baisse du dollar. Elle semble aujourd’hui de moins en moins vérifiée alors que la devise américaine rebondit : la parité euro dollar est revenue de 1,5570 euro mercredi à 1,5350 euro vendredi.
Même les pays producteurs de pétrole commencent à s’inquiéter de la hausse des cours. Elle est tellement intense qu’elle pourrait bien finir par faire fléchir significativement la demande. Cependant, l’OPEP reste de marbre, refusant toujours de relever les quotas.
Le salut viendra-t-il de l’Arabie Saoudite, plus gros producteur mondial ? Le royaume se dit prêt à augmenter significativement sa production dès le prochain mois.
Les bulls ont profité des menaces de grève chez Chevron au Nigeria, d’une baisse des stocks US et d’un appétit chinois pour le brut qui ne se dément pas pour propulser les cours à la hausse.
Le WTI a terminé la semaine autour des 135,42 $ sur le Nymex et le Brent à 134,70 $ sur l’ICE londonien, livraison à trois mois. Le baril WTI vient à l’instant d’atteindre un nouveau record à 139,89 $.

Cours du WTI en US$ le baril sur le Nymex, cours spot
2. Métaux précieux : mauvaise semaine à l’exception du palladium
A l’exception de la journée de mercredi, la semaine fut mauvaise. L’or a souffert du rebond du dollar contre l’euro. Les investisseurs ont tablé sur une hausse des taux aux Etats-Unis afin de contenir l’inflation — en hausse de 0,6% le mois dernier.
Mercredi dernier, le peu de soutien est venu du reflux ponctuel du billet vert et des menaces de grève nationale des syndicats en Afrique du Sud. Ils protestent contre les licenciements consécutifs à la crise électrique.
Autre facteur de soutien : la hausse persistante de l’inflation et l’autorisation des fonds spéculatifs au Japon.
Livraison juillet, l’once a terminé la semaine autour de 868,90 $ sur le Nymex.
L’argent accuse le coup plus sévèrement, perdant 5% sur la semaine, dans le sillage de l’or.
Le palladium a nagé à contre-courant, Norilsk Nickel évoquant une diminution de l’offre russe. Pour mémoire, c’est le plus gros producteur de palladium. Quant aux stocks russes de palladium, ils font la pluie et le beau temps sur le marché du palladium depuis des années.
Selon certains spécialistes, le stock russe pourrait être définitivement vidé d’ici à cinq ans, ce qui rendrait le marché déficitaire. Voilà qui a soutenu les cours du métal, malgré une probable baisse de la demande de véhicules dans les pays occidentaux. Le palladium cotait 456 $ l’once ce midi.
Le platine a résisté, la menace d’une année déficitaire planant sur les investisseurs.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 957 | 2 945 | -0,41% |
| Cuivre* | 8 000 | 7 980 | -0,25% |
| Plomb* | 1 950 | 1 775 | -8,97% |
| Nickel* | 22 000 | 24 000 | 9,09% |
| Etain | 22 100 | 21 000 | -4,98% |
| Zinc* | 1 968 | 1 900 | -3,46% |
| Acier (Méditerranéen) | 1 200 | 1 200 | 0,00% |
| Or (spot) | 895,15 | 869,65 | -2,85% |
| Argent (spot) | 17,40 | 16,55 | -4,89% |
| Platine (spot) | 2 069,00 | 2 033,50 | -1,72% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : accalmie
Après plusieurs semaines de glissade, les choses se calment un peu sur les marchés des métaux de base. Ils souffrent du rebond du dollar, du ralentissement économique américain et ils ont les yeux tournés vers la Chine, seule planche de salut.
A noter, l’impressionnant rebond du nickel et la poursuite de la chute du plomb.
L’étain a toujours de bons fondamentaux devant lui. La demande chinoise reste forte et l’offre est toujours aussi étroite.
D’après notre ami Frédéric Guervala, qui habite en Indonésie, "le ministère de l’énergie limite à 100 000 tonnes/an la production d’étain dans la province de Bangka. Ce qui va donc plutôt dans le sens du gouverneur qui vise à contrôler le rythme d’exploitation".
On peut donc s’attendre à un rétrécissement de l’offre.
Le plomb s’enfonce toujours, assommé par une nouvelle hausse de 2 100 tonnes des stocks sur le LME. Nous en sommes tout de même à un stock cumulé de 74 500 tonnes !

Cours du plomb sur le LME en US$ la tonne
Même constat pour le zinc qui se déprécie au fur et à mesure que son stock croit sur le LME.
Le cuivre est lui aussi touché par une forte volatilité, à l’image du pétrole. Il a souffert d’une baisse des importations chinoises sur mai et du rebond du dollar qui calme les ardeurs des investisseurs.
En fin de semaine, il a toutefois repris quelques couleurs, la baisse des stocks de Shanghai de 12% aidant. Ce chiffre rassure les investisseurs quant à l’appétit de l’ogre chinois pour le cuivre. Il ne souffre pas encore d’indigestion…
Le yoyo continue pour le nickel qui a très fortement rebondi jeudi. BHP Billiton a annoncé la fermeture de l’un de ses hauts fourneaux (dans l’ouest australien) pour une durée de quatre mois, afin de procéder à des réparations.
Voilà qui réduit l’offre disponible de nickel de 100 000 tonnes par mois (2% de l’offre mondiale), ce qui dope les cours. Du coup, les investisseurs ont été contraints de déboucler brutalement leurs positions vendeuses. Débouclage massif qui a conduit à un rebond de 7% dans une seule journée !
4. Soft commodities : la météo fait grimper les cours
Le maïs a gagné 12% sur la semaine, le blé et le soja 7%.
Le maïs a atteint un record à 7,52 $ le boisseau livraison décembre sur le Cbot, gagnant 12% sur la semaine. Les pluies incessantes et les inondations menacent les récoltes. 60% du maïs seulement semble sain, contre 77% l’an dernier à la même époque.
L’USDA attise le feu en annonçant que la production pourrait cette année reculer de 10%, à 11,7 millions de boisseaux. Le rendement des champs américains chutant de 154 à 149 boisseaux l’acre.
Concernant les stocks US, l’USDA prévoit une baisse de 53% ! Le niveau atteindra ainsi un plus bas depuis 13 ans. Quant aux stocks mondiaux, ils atteindraient un point bas depuis 24 ans. Voilà qui va stresser les marchés et les faire sur-réagir au moindre aléa.
Tout ceci a propulsé les cours du maïs à la hausse cette semaine. Vendredi, le boisseau cotait 7,25 $ livraison juillet sur le Cbot.

Cours du maïs en US cents le boisseau sur le Cbot
Si les conditions climatiques américaines sont désastreuses pour le maïs, elles le sont aussi pour le soja. La récolte dans l’Illinois, le Missouri et l’Indiana est sous pression tant les pluies sont incessantes.
D’après l’USDA seulement 57% de la récolte de soja est saine contre 70% l’an passé à la même époque. En outre, l’offre de soja atteindrait cette année un niveau bas record.
Les investisseurs estiment que 25% des récoltes de maïs et de soja sont menacées de mauvais rendements.
Livraison juillet, le soja affichait 15,57 $ le boisseau sur le Cbot vendredi.
Le blé a été tiré à la hausse par le maïs et le soja. Les investisseurs parient sur un basculement d’une partie de la demande de maïs vers le blé (notamment dans le cadre de l’alimentation animale pour les élevages).
Livraison juillet, le boisseau de blé affichait vendredi 8,73 $ sur le Cbot.
Le riz est resté inchangé. Livraison juillet, il cotait 20,29 $ sur le Cbot.
5. Concernant le maïs :
Pour information, je vous fais part d’un commentaire contradictoire de l’un de nos lecteurs à propos de mon article sur le maïs, ceci afin de vous permettre d’aiguiser votre jugement sur la question :
"Vous parlez de l’éthanol comme industrie ‘écologiquement destructrice’. Vous devriez consulter le dernier rapport de l’ADEME qui mentionne le très bon rendement énergétique de l’éthanol fabriqué à partir de céréales. De plus les biocarburants de seconde génération vont encore améliorer ce rendement. Il faut aussi savoir que pour chaque tonne de grain prélevée pour la fabrication d’éthanol, il y a en retour plus de la moitié sous forme de drêches qui sert à l’alimentation animale".


