L’annonce par la Banque mondiale d’une révision surprise de la croissance mondiale 2009 à -2,9% a fait l’effet d’une bombe et a entraîné tous les marchés lundi en forte baisse.
Les indices sont restés globalement mal orientés les jours suivants, plombés par les mauvais chiffres économiques de la Zone Euro — notamment la baisse des commandes industrielles — et américains. Aux Etats-Unis, les chiffres de l’emploi ont une fois de plus déçu et restent mal orientés, tout comme les ventes de logements.
C’est la Fed et le Trésor américain qui réussiront à sauver la mise et à redonner du peps aux marchés. Les propos rassurants de la Fed, quant à la disparition progressive du risque de déflation, ont soutenu les marchés. Et sa volonté réitérée de maintenir les taux d’intérêt très bas, aussi longtemps qu’il le faudra, a fait le reste. Parallèlement, le gouvernement a émis la semaine dernière pour 104 milliards de dollars de dette ! Il faut bien financer la relance.
Pas de doute, l’économie reste sous perfusion, et le restera quel qu’en soit le coût…
Voilà qui plaît aux investisseurs qui ont fait bondir les marchés actions en toute fin de semaine, en même temps qu’ils lâchaient le dollar. Un deal win-win pour nos matières…
Venons-en à nos matières premières justement…
1. Energie : hésitations sur la direction à prendre…
Les prix du pétrole ont décroché en début de semaine, en même temps que les marchés actions, avant de se reprendre en fin de semaine, soutenus par le repli du dollar. Livraison août, le cours du WTI est ainsi revenu jusqu’à 71,29 $ vendredi, avant de terminer juste au-dessus des 69 $ sur le NYMEX.
Parmi les facteurs haussiers, une nouvelle baisse du stock hebdomadaire américain de pétrole, qui recule de 3,9 millions de barils. Les investisseurs apprécient. Mais je me méfie de ces chiffres. En effet, cette baisse est liée à la hausse de la production des raffineries qui a conduit à une hausse du stock d’essence (+3,9 millions de barils) et des produits distillés (+2,1 millions de barils). Nous assistons à un jeu de vases communicants…
Au chapitre des facteurs haussiers toujours :
- la hausse de 6% de la consommation de brut en Chine ;
- et les anticipations du cabinet Oil Movements — qui tracent des mouvements de production de pétrole. D’ici au 11 juillet, il s’attend à ce que les exportations de l’OPEP diminuent de 290 000 barils par jour. Ce qui veut dire que la production de l’OPEP aura alors reflué à 22,66 millions de barils par jour. L’offre reste donc sous pression.
Les perspectives ?
Voici ce que disait récemment Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises : "Après une grosse frayeur ce vendredi matin, la très bonne réaction des cours sur mon niveau de stop me conforte dans l’idée qu’il reste un potentiel de repli. Techniquement, les cours ont buté sur leur oblique baissière et dessinent désormais une symétrie parfaite avec le pic du 5 juin dernier. Sans pouvoir parler formellement de figure en tête-épaules, l’idée reste la même et plaide dans un premier temps en faveur d’un retour sur la ligne à 65,92 dollars (Brent). Dans l’hypothèse où ce premier objectif serait atteint, le potentiel de baisse supplémentaire ne pourra être validé qu’en cas de retournement clair du marché actions."
Le gaz naturel (Henry Hub) a suivi la même tendance que le brut, terminant la semaine en hausse à 4,11 $ btu.
A noter aussi, le rebond de l’uranium (U3O8) qui revient de 40 $ la livre en avril à 54 $ vendredi.
2. Métaux précieux : l’effet dollar joue à plein
Lundi, l’or a décroché en même temps que les marchés actions, jusqu’à 913 $.
Toute la semaine, le cours de l’or est resté très corrélée au dollar, qui revenait en force en début de semaine avant de déraper à nouveau en fin de semaine (jusqu’à 1,41 $ pour un euro), ce qui a permis à l’once de revenir en force jusqu’à 948 $ l’once.
Toutefois, il termine la semaine à 939,90 $ sur le NYMEX, livraison août.
Les propos rassurants de la Fed quant à la disparition progressive du risque de déflation ont soutenu l’or. Sa volonté de maintenir les taux d’intérêt très bas, aussi longtemps qu’il le faudra, a fait le reste. Cette politique laisse entrevoir un réel risque d’inflation en sortie de crise et une incontournable dépréciation du dollar à terme. Voilà qui profite à l’or, valeur refuge.
Et puis, il y a toujours ces rumeurs récurrentes en provenance de Chine, selon lesquelles la Chine chercherait à diversifier ses réserves en réduisant la part de ses actifs libellés en dollars pour accroître celle de l’or. Depuis avril, les engagements chinois en Treasuries US ont diminué de 4,4 milliards de dollars.
Les perspectives ?
"Concernant les métaux précieux, nous restons dans une phase de transition à court terme", nous dit Nicolas Rémy. "Si la tendance de moyen terme reste haussière tant que 850 $ n’est pas enfoncée, la dynamique immédiate reste peu convaincante. Le rebond cette semaine n’était pas suffisant pour pouvoir initier une position et je ne suis pas convaincu du potentiel de hausse dans l’immédiat. Mon scénario reste pour l’heure à une poursuite de la consolidation en trading range légèrement baissier".
L’argent a suivi l’or dans son rebond et a repris quelques couleurs en fin de semaine.
| Cours à 3 mois |
Vendredi 19/06/2009 |
Vendredi 26/06/2009 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 680 | 1 654 | -1,55% |
| Cuivre* | 5 030 | 5 115 | 1,69% |
| Plomb* | 1 695 | 1 735 | 2,36% |
| Nickel* | 15 200 | 15 902 | 4,62% |
| Etain | 14 825 | 14 850 | 0,17% |
| Zinc* | 1 576 | 1 615 | 2,47% |
| Acier (Méditerranéen) | 380 | 380 | 0,00% |
| Or (spot) | 936,40 | 942,00 | 0,60% |
| Argent (spot) | 14,34 | 14,23 | -0,77% |
| Platine (spot) | 1 213,00 | 1 203,00 | -0,82% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux industriels : les investisseurs voient le verre à moitié plein
Cette semaine, les métaux se sont repris, se raccrochant à toutes les bonnes nouvelles, malgré les mauvaises…
La publication du PIB américain à -5,5% au premier trimestre 2009 au lieu de -5,7% est analysé comme un ralentissement de la contraction économique, donc comme ne bonne nouvelle qui profite aux métaux.
Autre facteur haussier, le gouvernement américain continue à émettre de la dette (104 milliards rien que sur la semaine) pour alimenter ses plans de relance. Les marchés apprécient, le goût du risque revient aux investisseurs, et les métaux en profitent.
Le cuivre, métal phare du complexe, est le premier à en profiter puisqu’il est revenu jusqu’à 5 145 la tonne sur le LME. Pourtant, l’ISCG a annoncé pour le premier trimestre 2009 que le marché du cuivre était excédentaire de 50 000 tonnes.
La Chine reste la clé de l’évolution future des cours. Si elle cesse ses achats (qui ont été impressionnants depuis le début de l’année), nous assisterons certainement à un reflux du cours. Tout dépendra sans doute du succès des plans de relance chinois, très orientés infrastructures. En cas de succès, la demande de métaux pourrait se maintenir. Au moins en partie.
L’aluminium a également rebondi. Je vous rappelle que la production d’aluminium a très fortement diminué depuis l’été dernier, en vue de s’aligner sur la demande qui était en chute libre.
Les effets se feraient-ils enfin sentir ?
Ajoutez à cela un léger repli des stocks mondiaux depuis trois quatre mois (et de 11,9% sur un an)…
Voilà qui peut expliquer le rebond.
Quoi qu’il en soit, la production me paraît toujours très importante. Attendons de voir
Selon l’International Nickel Study Group, la production mondiale de nickel en avril se serait établie à 109 000 tonnes pour une demande de 96 000 tonnes. La demande, même si elle s’éveille lentement, reste insuffisante.
4. Soft commodities : la météo mène la danse, les grains se replient
Globalement, les cours du maïs, blé et soja ont reflué légèrement, étant donné les anticipations météorologiques très favorables, propices à l’amélioration des rendements.
Concernant le blé, la moisson commence aux Etats-Unis ce qui fait habituellement pression à la baisse sur les cours.
Les cours continuent donc de baisser, ceci depuis début juin. Ils reviennent de 6,75 $ le boisseau début juin à 5,61 vendredi.
Les perspectives ?
Voici ce que disait récemment Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises : "graphiquement, les cours se sont violemment retournés, s’extirpant d’un canal ascendant et retraçant la quasi totalité du mouvement de hausse précédent. Les cours restent contenus sous une oblique baissière mais la dynamique pourrait s’essouffler à l’approche du support clé à 545 cents. Ce niveau correspond également à une oblique ascendante sur le RSI journalier. Ainsi, la stratégie consistant à jouer un rebond vers la zone des 545 cents et ainsi tenter de reprendre la tendance haussière de moyen terme me semble intéressante."
Côté soja, la récolte future s’annonce bonne. Le soja se développe bien.
Selon l’USDA, au 21 juin, 67% du soja était dans un excellent état contre 57% l’an passé à la même période.
Ajoutez à cela que la météo attendue devrait être bénéfique au soja et assurer une croissance optimale. Donc de bons rendements
Et enfin, les analystes tablent sur une hausse des terres consacrées au soja par les agriculteurs américains. Pour information, on attend mardi la publication du rapport sur la répartition des surfaces entre maïs, soja et blé.
Dans ce cas, on comprend mieux pourquoi le cours du soja sur les échéances plus lointaines, s’affiche en repli. Livraison novembre, le boisseau cote 9,92 $ sur le CBOT "seulement".
En revanche, l’échéance la plus proche se maintient à des cours élevés. Livraison juillet, le boisseau de soja cote 12,03 $ sur le CBOT. En effet, la demande actuelle de soja reste forte — notamment la demande chinoise — et les niveaux de stock à la fin de la saison 2008/2009 sont attendus en repli et sont très limités.
A noter enfin, l’incroyable envolée du sucre à New York, qui flirte actuellement avec les 18 cents la livre ! Demain, j’essayerai de revenir sur le sucre pour vous.


